PARTIE IIL — CHAPITRE III. A
Rome les mots Carolus rex; les autres lettres lui ont paru inintelligibles. Eckhart a proposé l'interprétation suivante : Carolomannus rex Bajoarie. Un anonyme croit qu'il faut lire : Carolum regem nostrum, Ludovicum, Hlotarium fratres (ou ejus, s'il y a un E au lieu d'une F) Christus servet mundo. Les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique rejettent ces différentes versions et disent qu'il faut y substituer : Carolus nostri mundi Christianus rex Hildeqardis. Ce qu'il y a de difficile dans ce monogramme, ce n’est pas de reconnaître les lettres qui le composent; on y trouve de suite les caractères suivants : CRSNM X R LE H I auxquels on peut ajouter un O formé par une losange placée au centre du monogramme. Cette losange peut aussi fournir, comme dans le Jacsimile n° 3 de la planche XII, les lettres À et V; enfin comme une des deux R peut servir à représenter un P, et que les lettres H et I sont conjointes de manière à fournir aussi les éléments d'un T, on trouverait dans ces différents caractères de quoi former : Carolus in Xpistr (Christ) nomine hic imperat. I serait d'ailleurs possible de composer avec les mêmes éléments plusieurs autres combinaisons. La planche XI renferme un monogramme qui a soulevé aussi de longues discussions; mais il sera plus facile d'en faire comprendre l’explication quand on traitera du déchiffrement des écritures cursives!.
Les lettres conjointes que l’on rencontre dans les plus anciens manuscrits ne se trouvent ordinairement qu'à la fin des lignes. Les écrivains ne les employaient guère que pour ne pas être obligés de reporter la fin d’un mot au commencement de la ligne suivante. Aussi étaient-elles d’un usage plus ordinaire dans la transcription des ouvrages de poésie où chaque vers ne devait occuper qu'une ligne. On atteignait le même résultat au moyen des lettres enclavées. Ces lettres, comme l'indique leur nom, étaient renfermées dans d’autres lettres d'une plus grande dimension. Elles étaient employées surtout dans les inscriptions et dans les titres de certains manuscrits. On rencontre fréquemment, par exemple, le mot inapit écrit de manière à n'occuper que la place des lettres INCPT, parce que 11 de la seconde syllabe est placé dans l'intérieur du G, et li de la troisième au-dessous ou dans l'intérieur de la panse du P. Les lettres à panse, telles que le C, le D, l'O, etc., devaient naturellement être préférées pour ces sortes de combinaisons. Aux lettres conjointes et enclavées se rattachent naturellement les lettres superpostes, dont les abréviations ordinaires ont fourni quelques exemples, et les lettres entrelacées à peu près
! Nous avons cru pouvoir nous dispenser de gramumnes est fixée par le texte même des actes faire représenter la série des monogrammes que qui les renferment, et que d’ailleurs ils se troulon rencontre dans les diplômes des rois de vent reproduits dans le Glossaire de du Cange France, parce que l'interprétation de ces mono- au mot Monogramma.
de la même manière que dans les chiffres modernes. Ces lettres peuvent se distinguer des lettres conjointes, parce qu'on n’y trouve aucun trait qui soit
employé à un double usage, et qu'elles servent seulement à diminuer l'espace
que devrait occuper un mot.
Nous avons cru devoir nous borner à ces courtes indications en ce qui concerne les lettres conjointes et enclavées : les difficultés qui s'y rattachent ne se rencontrent point assez fréquemment pour qu'il soit nécessaire d'en présenter la solution complète dans un ouvrage élémentaire.