‹ Éléments de paléographieChapitre 392 sur 492 · L. DE L'ÉCRITURE CAPITALE DES MANUSCRITS ET DES DIPLÔMES · texte numérisé non relu

L. DE L'ÉCRITURE CAPITALE DES MANUSCRITS ET DES DIPLÔMES

1° Déchiffrement.

Le déchiffrement de l'écriture capitale, soit dans les manuscrits, soit dans les diplômes, ne présente en général que peu de difficulté. Quand ce caractère ne servait que pour tracer les titres ou les passages les plus remarquables, l'écrivain devait naturellement s'attacher à le former régulièrement; mais, alors même qu'il était employé dans toute l'étendue d’un manuscrit, il conservait toujours plus de pureté que les autres genres d'écriture.

I n’y a guère que l'indistinction des mots qui puisse arrêter dans la lecture des quatre lignes empruntées au manuscrit de 5. Prudence. (PI. IT, n° 1.) Commé difficultés secondaires, on peut faire remarquer les E, dont les barres sont peu proportionnées, les À sans traverse, la distinction complète des lettres composant la diphthongue Æ, dans les mots aestuantibus et tertiae; enfin, l'aspect singulier de l’'H, qui se confond avec le K : cette forme extraordinaire se retrouve dans toute l'étendue du manuscrit. Ce fac-simile ne renferme pas d’abréviations, et en effet elles sont extrêmement rares dans ce précieux monu-

Rs Écour

ment; il faut même que l'espace manque à l'écrivain pour qu'il emploie des conjonctions de lettres du genre de celle qui termine le quatrième vers. L'écriture du S. Prudence est celle que les auteurs désignent généralement sous le nom de capitale rustique, parce qu'elle s'éloigne de l'élégance à laquelle la belle capitale atteint souvent dans les inscriptions lapidaires et surtout dans les médailles.

La première ligne du fac-simile n° 5 de la même planche est aussi en capitale, sauf l’h du-mot Therasia, qui appartient à l'alphabet oncial, c’est-à-dire à l'écriture qui règne dans le corps du manuscrit. C'est seulement pour les titres que l'écrivain a fait usage de la capitale; mais ce caractère est moins libre et moins hardi que dans le S. Prudence. Le premier À du mot Therasia est d'une forme peu ordinaire; au contraire, on trouvera souvent des G sémblables à celui du mot Augustini, c'est-à-dire dont le crochet inférieur, au lieu d'être tranché, se recourbe intérieurement : tel est, par exemple, dans le fucsimile n° 2 de la planche XI (3° ligne, signature en capitale), le G du mot Ekgs. Si l'on compare d’ailleurs cette écriture avec celle du S. Augustin, on reconnaîtra que les extrémités des lettres affectent les mêmes saillies, quoique les traits en forme de fourche soient moins caractérisés dans la signature de S. Éloi. Ces deux modèles ne présentent que des abréviations consacrées par un usage fort ancien, savoir : dans le S. Augustin, le mot incipit!, et dans la signature de S. Éloi, les mots Christi, episcopus et subscripsi : l'abréviation de ce dernier mot se prolonge pour se réunir aux traits du parafe?.

Le même genre d'écriture se retrouve encore dans le sixième fac-simile de la planche IV (3° ligne). On remarque dans le mot de un E dont la barre moyenne est, contre l'ordinaire, beaucoup plus prolongée que les deux barres extrêmes.

La dernière ligne du fac-simile suivant présente une écriture capitale dont les jambages sont à la fois plus massifs et plus nettement tracés. On peut y

1 Nous ne parlons pas de l’abréviation du mot rafe inférieur, en décrivant une courbe qui, rat- Augustini, qu'il était naturel de reproduire sou- tachée à la boucle supérieure, présente quelque

vent dans un manuscrit renfermant les ouvrages de S. Augustin. Cette abréviation est d’ailleurs très-ancienne , sinon pour le mot Augustinus, du moins pour son radical Augustus.

? Indépendamment des lettres S U B, on pourrait peut-être trouver les trois lettres suivantes du mot subseripsi. Le signe abréviatif qui s'étend au-dessus des trois premières lettres, se boucle un peu à droite du B, et redescend jusqu’au pa-

analogie avec la forme d’une S. À droite de cette S on pourrait voir un c cursif dont la panse est composée de deux arcs de cercle. Si la forme de cette seconde lettre est très-irrégulière, il est impossible de ne pas reconnaître un peu plus loin une R capitale. Dans celte hypothèse, le signe abréviatif qui surmonte les lettres sub, tiendrait lieu seulement des quatre lettres finales du mot subscripsi.

PARTIE IIL — CHAPITRE IV. HI) remarquer les À sans traverse, les traits excédants de VF et de TN, le développement de la haste et de la barre de la lettre T, et surtout l’abréviation du mot Deo, dont la forme est tout à fait extraordinaire; on serait tenté de croire que le copiste n’a pas voulu tracer un simple signe abréviatif, mais qu'il a représenté un E couché au-dessus des lettres DO.

Le même copiste a écrit sur une marge la note reproduite sous le n° 9 de la planche IV. L'espace fort restreint qu'il avait à sa disposition l'a souvent forcé à couper les mots d’une manière bizarre. Dans le mot rex, et surtoutdans le mot Karolus, VR se rapproche de la forme du K, parce que la partie supérieure de la panse se prolonge en trait excédant au lieu de se recourber vers la haste: c'est de la même manière qu'est formée la panse du P, excepté dans le mot baptizatus. Il faut remarquer aussi la direction oblique de la barre supérieure de lF, dans les mots fuit et fus. Enfin, on pourra voir que dans ce dernier mot la barre de la lettre L descend obliquement au-dessous de la ligne.

Dans la planche V, la première ligne du troisième fac-simile appartient encore à l'écriture capitale : on y trouve, indépendamment des formes de lettres qui ont déjà été signalées, un y surmonté d’un point; c’est un signe accessoire qui accompagne ordinairement cette lettre, surtout depuis le vn° siècle, mais dont les premiers exemples remontent peut-être au v°. L'abréviation du mot gloriæ est la seule qui puisse embarrasser: le trait qui surmonte la lettre /, tient lieu des trois lettres suivantes.

La cinquième ligne du premier fac-simile de la planche VI ne présente aucune difficulté.

Dans le fac-simile suivant, la capitale et la minuscule sont employées alternativement. Il faut remarquer dans les passages écrits en capitale, qui sont les seuls dont on ait à s'occuper maintenant, les abréviations RP, pour responsorium, PS pour psalmus, AN et À pour antiphona. Ces abréviations et d’autres du même genre, qui sont très-fréquentes dans les livres de liturgie, présenteraient souvent de grandes difficultés, si l'on ne se familiarisait pas avec les termes qui désignent les différentes parties des offices religieux. Il est inutile de signaler l'abréviation DNI pour Domini, qui est une des plus généralement employées. Le déchiffrement de ce fac-simile est d'ailleurs très-facile.

Il en est de même des deux premières lignes du fac-simile suivant, où lon fera observer seulement l'emploi de la cédille au-dessous de VE capital, pour désigner la diphthongue æ dans le mot que.

La ligne qui sert de titre au quatrième fac-simile de la même planche, se fait remarquer par le mélange de la capitale, de l’onciale et de la minuscule;

ainsi, dans le mot genealogia, le second G est oncial; il en est de même de l’eet de l’m du mot requm; enfin, l'a du mot Francorum est minuscule.

La confusion de ces trois écritures est portée encore plus loin dans le deuxième fac-simile de la planche VII. Les deux V des mots posteriorum et primus sont les seules lettres qui appartiennent exclusivement à la capitale; les m de ces deux mots, et le d d’Abælard, sont de forme onciale; d’autreslettres (B, L,N,R, S) sont communes à ces deux écritures; mais dans certains mots on trouve aussi les lettres {, n, r, s sous la forme minuscule, et c'est à cette dernière écriture qu'appartiennent exclusivement les a et les e. Enfin, il faut rattacher aux deux alphabets oncial et minuscule la lettre #, dont la haste s'arrondit par le bas. Quant aux lettres c, 1, 0, p, « ety, elles sont communes à la majuscule et à la minuscule. Cette confusion des trois alphabets une fois constatée, on remarquera aussi une altération sensible dans la forme de plusieurs lettres : ainsi, dans le mot Palatini, l'extrémité inférieure des deux jambages de FN se recourbe intérieurement par le bas, et la traverse horizontale est placée plus bas qu’à l'ordinaire; les deux montants de la lettre V, dans les mots posteriorum et primus, sont contournés au lieu d'être en ligne droite; dans les mêmes mots, les deux premiers jambages de lm onciale ont pris en se confondant l'aspect de lo, et l'S finale de primus est aplatie et allongée d'une manière bizarre. Malgré ces irrégularités et d’autres qu'il serait trop long de signaler, le déchiffrement de ces deux lignes ne présente pas de difficulté réelle. L'abréviation de la syllabe per est représentée sous sa forme ordinaire; celle de la syllabe rum n'est pas moins facile à reconnaître , quoiqu’elle ne soit pas formée aussi régulièrement dâns la première ligne que dans la seconde.

Les deux premiers mots du quatrième fac-simile de la planche VIT, fournissent un dernier exemple d'écriture capitale, où l’on retrouve, sinon la confusion des différents genres d'écriture, du moins la même irrégularité dans les formes !.

2 Age.

Si l’on est rarement arrêté dans le déchiffrement de la capitale des manuscrits ou des diplômes, rien en revanche de plus difficile que de fixer l'âge de cette écriture. Après y avoir longuement réfléchi, nous avons pensé qu'il nous était impossible de profiter des savantes recherches entreprises par les Bénédictins sur les transformations successives de chacune des lettres de l'alphabet. À l'appui des observations qu'ils ont recueillies, il aurait fallu joindre des fac-

1 On a signalé dans la notice du manuscritau- D initial dont la place est restée en blanc, parce quel est emprunté ce fac-simile, Vomission du qu'il devait être enluminé.

Page 1