‹ Éléments de paléographieChapitre 425 sur 492 · DE L'ÉCRITURE ALLONGÉE · texte numérisé non relu

DE L'ÉCRITURE ALLONGÉE

1° Déchiffrement.

La première ligne du fac-simile n° 2 de la planche XI commence par un c de forme irrégulière, mais qui offre dans sa partie supérieure quelque analogie avec le c initial du mot congruencia ( voyez la ligne suivante); en effet la courbe qui complète le haut de la panse est beaucoup moins développée que celle qui se rattache au bas de la lettre, elle est d’ailleurs placée beaucoup plus à droite; il en est de même dans les mots adscribetur et perducere. Dans le mot Chlodovius, la courbe supérieure, au lieu de se terminer à droite par un crochet recourbé vers le bas de la ligne, se relève un peu avant de rencontrer la haste de l'A; la courbe inférieure descend plus bas que le pied de cette haste, et se brise ensuite pour remonter vers la droite. La forme des lettres À et { n’a rien d'irrégulier; le haut des hastes de ces deux lettres n'a pu être indiqué que par des points, parce qu'il est recouvert par le repli du parchemin sur lequel on a collé le papyrus. Vient ensuite un o allongé dont les contours sont irréguliers, et qui se termine par deux traits excédants. La seconde syllabe et la troisième ne présentent pas de difficulté. Lx de la syllabe finale est d’une forme très-étroite; il est suivi d’une s sans crochet”, qui diflère à peine de F1 de la syllabe précédente. Le crochet de lr du mot rex, formé par le prolongement de la haste, se termine par un angle aigu peu élevé, et dont le côté droit s’'unit à la panse de l'e. La boucle de le donne naissance à la barre qui va rejoindre le bas d’une des traverses de l'x. La haste de l’fdu mot Francorum est très-allongée et descend jusqu'à la ligne inférieure; elle se termine dans le haut par une boucle de petite dimension, à laquelle se rattache la barre qui rejoint la haste de l’r: cette haste est dans toute sa longueur parallèle à celle de lf et descend aussi jusqu'à la ligne inférieure. Le crochet de lr, en se prolongeant obliquement vers la droite, s'unit au premier jambage d'un «a ouvert et incliné, dont le second côté descend jusqu'au bas de la ligne, et rejoint le premier jambage de ln en donnant à cette lettre l'aspect d'une k. Le second jambage de l’n se prolonge horizontalement vers la droite, et rencontre

1 Il est possible que ce crochet n'ait pas été cune dans cette partie du diplôme, nous n'avons pas cru devoir figurer par des points un trait accessoire qui donnerait sans doute à la lettre une forme plus régulière, mais qui peut-être n’a jamais

omis par l'écrivain; dans ce cas il aurait été indiqué par une courbe d’une petite dimension, dont il ne reste aujourd'hui aucune trace; toutefois, comme il y a plutôt une altération qu'une la- existé dans l'original.

- © aient rsmase samèees mn A om A = mie. = z armee pr cn a

PARTIE III — CHAPITRE IV. 579 le bas de la panse d'un c dont le crochet supérieur se termine par une boucle. Les deux signes abréviatifs placés au-dessus du c indiquent la suppression des quatre dernières lettres du mot. Entre les deux jambages, et dans le haut de la lettre initiale du mot wir, on remarque un signe abréviatif qui tient lieu

de l'iet de Vr. Li du mot inluster est parallèle au second jambage de la lettre initiale du mot wir, mais il descend jusqu'à la ligne inférieure et sépare les deux syllabes du mot fat. La lettre n, quine présente pas de difficulté, est suivie de traits compliqués dans lesquels on peut tout au plus distinguer une / de

forme irrégulière, qui se boucle un peu au-dessous du bas de la ligne pour remonter ensuite à la hauteur de ln, et se rattacher à une espèce d'invocation

monogrammatique ! dont le prolongement, après avoir traversé trois fois le | bas de Ti du mot imluster, rencontre la boucle de Ff du mot fiat, la haste du { du mot ut, et s'arrête au bas du second jambage de lu.

La première ligne du second fac-simile de la planche XI commence par un r, auquel se rattache le prolongement du premier jambage d'une N capitale, | dont la traverse se rapproche de la direction horizontale. L'h initiale du mot | nomine appartient à l'alphabet minuscule ou cursif. La panse de lo est oblongue, inclinée vers la gauche, et n'atteint que le milieu de la ligne; mais le prolongement de son côté gauche va s'unir au premier jambage de l'm. Cette m et les deux lettres suivantes ne présentent pas d'autre difficulté que l'extrême de l'écriture allongée. En effet, la plupart des lettres reprendraient leur aspect ordinaire si elles étaient raccourcies de moitié; 1l y en a même quelques-unes que l’on déchiffre sans difficulté lorsque l'on en cache la moitié où même les trois quarts. Le second jambage de Tn de la dernière syllabe du mot nomine s'étend un peu vers la droite pour rejoindre le bas de le, dont la panse allongée, sous la forme d’un jambage, se termine dans sa partie supérieure par une

longueur des jambages; c'est en général ce qui arrête dans le déchiffrement petite boucle à laquelle se rattache la barre. Il n'ÿ a que la première et les

remplacées par le signe abréviatif qui est au-dessus de la ligne. L’e du mot Dei est aussi remplacé par le trait qui tranche la haste du d. La panse de le du mot et se compose de deux courbes inégales; la courbe supérieure se termine

deux dernières lettres du mot Domini qui soient exprimées; les trois autres sont | par une boucle étroite au-dessous de laquelle se trouve la barre qui s'arrondit

PME A AE

! L'ensemble de ces traits pourrait être pris la suite de la signature d’Aectherius et de celle de sans doute pour un signe abréviatif qui représen- Ragenobertus, on est amené naturellement à supterait les deux dernières syllabes du mot inluster, poser que l'invocation monogrammatique, après

naire des invocations monogrammatiques, etque’ tures et des suscriptions, pouvait encore se ré-

| mais comme on y retrouve aussi la forme ordi- avoir été tracée au commencement des signa- | d’ailleurs ces invocations semblent étreajoutéesà péter à la fin. |

et va rejoindre la haste du #. Les deux s du mot salvatoris paraïtront régulièrement formées, si l'on fait abstraction de la longueur de la haste. Les deux a se composent de deux courbes très-rapprochées; tous deux sont ouverts par le haut, et le sommet du second côté se brise pour former un crochet semblable à ceux que l'on remarque dans le bas de la lettre. La lettre / ne diffère de li du mot ër que par la courbure du pied de la haste; il faut s'attacher à ce caractère pour distinguer les l des 1 placés au commencement des mots. Le t et lo ont la même forme que dans les mots et et nomine. L'r se distingue de ls par la double courbure de son crochet, dont l'extrémité se relève vers le haut de la ligne. Le mot nostri commence par une N capitale; Fr et li sont formés et réunis comme dans le mot précédent; les lettres ost sont remplacées par le signe abréviatif qui est au-dessus de la ligne. Un signe de même nature tient lieu de ls du mot Jesu dans lequel la lettre h est employée, selon l'usage, pour représenter ln grec. Les caractères grecs X et P suivis d'un t et surmontés d'un signe abréviatif expriment le mot Christ; les deux traverses de la lettre X, au lieu de s'écarter dans leur partie inférieure, se réunissent sous la forme d'un o, dont le côté gauche s’'unit au prolongement de la panse de la lettre P; cette panse, ouverte par le haut, dépasse le sommet de la haste, qui s'arrête vers le milieu de la ligne. Il faut remarquer dans le mot Hludovvicus la forme étroite de lo, qui est réduit à des proportions encore plus petites que dans le mot salvatoris ; le trait excédant de cette lettre s'arrête près de l'extrémité supérieure du premier jambage du v, qui a la forme d’un #. Le c, dont la panse est composée de deux courbes, se termine dans sa partie supéricure par une boucle. L's finale est la même que dans le mot salvatoris. Le mot divina ne présente pas de difficulté. Le crochet de Ir initiale du mot repropitiante forme un angle aigu dont le second côté descend jusqu'au bas de Ia ligne, et rejoint un e qui se recourbe vers la gauche dans sa partie inférieure : on a déjà rencontré cette liaison de Fr et de Te dans le premier mot du Jfac-simile n° 1 de la planche XI. La barre de cet e est indiquée par un trait fin qui part de la boucle etrencontre le haut de la haste du p. La panse de cette dernière lettre se termine dans sa partie supérieure par un angle aigu. semblable à celui que forme le crochet de lr qui la suit; le second côté de cet angle s'unit avec lo, dont la partie gauche se prolonge et rejoint le haut de la panse du p suivant, qui a la même forme que dans le mot Christi. Le t de la quatrième syllabe du mot repropitiante unit l'extrémité droite de sa barre avec le haut de li suivant. Le second côté de l'a ouvert rejoint le premier jambage de VPN, qui est de forme capitale. Après cette N se trouve un t qui présente l'aspect d'un o dont le côté droit se prolongerait jusqu'au niveau supérieur de

la ligne, et se replierait ensuite de gauche à droite pour rejoindre au bas de la ligne un e qui se recourbe vers la gauche dans sa partie inférieure: la courbe qui correspond au côté gauche de lo forme la haste du t; le trait qui se rattache immédiatement au bas de cette haste n’est pas celui qui en rencontre l’extrémité supérieure, mais celui qui dans toute sa longueur est le plus rapproché du corps de l'e; arrivé dans le haut de la ligne, il se replie vers la gauche et sunit dès ce moment à la barre du t; cette barre, après avoir rencontré la tête de la haste, va rejoindre le bas de l'e final. Le mot clementia ne présente pas de difficulté. L'1 du mot imperator se distingue d’une l'en ce qu'il ne se recourbe pas dans sa partie inférieure. Le premier jambage de l'a ouvert qui appartient à la troisième syllabe du même mot, au lieu de se courber vers la droite dans sa partie supérieure, se dirige vers la gauche pour s'unir au second côté de l'angle formé par le crochet de Fr. La barre du t se lie au prolongement du côté droit de lo, dont le côté gauche va rejoindre la haste de Tr finale. Le côté droit de l'a du mot augustus s'unit avec le haut du premier jambage de Tu; la première s s'élève au-dessus de la ligne, parce qu'elle doit s'unir avec la haste du t par le prolongement de son crochet. L’s initiale du mot s offre, dans sa partie supérieure, une courbe largement développée. Les deux mots suivants ne présentent pas de difficulté ; mais il faut remarquer le trait fin qui unit la tête de l’e avec le haut de l’n dans le mot enim, et le haut de l’a dans le motea; ces deux traits forment la barre de l’e, et servent à distinguer cette lettre d'un e semblable à celui du mot Hludovvicus. Le second jambage de l’a ouvert du mot quae s'unit avec l'e dont la partie inférieure se recourbe vers la gauche. L'fdu mot fideles se boucle dans sa partie supérieure; le prolongement de cette boucle, après avoir traversé la haste, sert à former la barre qui s'unit à l'i suivant. Le mot imperü ne présente pas de difficulté, et le mot nosini est abrégé comme le commencement de la ligne. Le p du mot pro est remarquable par le développement de la panse, qui dépasse le haut de la ligne en formant un angle aigu, tandis que la partie inférieure de la haste excède à peine le bas de la panse. Le crochet de Fr s'unit avec le prolongement du côté gauche de l'o. La barre de le du mot eorum rencontre le prolongement du côté gauche de To au point où il se courbe pour s'unir à la haste de l'r; le crochet de cette r forme un angle dont le second côté se confond avec le premier jambage de l’a. La forme et la liaison des lettres op, dans le mot oportunitatibus, sont les mêmes que dans le mot repropitiante; le second o s'unit à lr, comme dans le mot eorum, et le second côté de l'angle formé par le crochet de Tr se confond avec la haste du t, dont la barre rencontre le premier jambage de lu.

La syllabe ni ne présente pas de difficulté. L'extrémité droite.de la barre des

deux t suivants sunit, savoir : dans la syllabe ta avec le haut du premier jambage de l'a ouvert, et dans la syllabe # avec la tête de l'i. La panse du b de la syllabe bus forme dans le bas de la ligne une boucle très-étroite; de la haste de cette lettre part, à la hauteur du niveau supérieur de la ligne, un trait qui rejoint le haut du premier jambage de la. Les trois derniers mots ne présentent pas de difficulté.

La dernière ligne du fac-simile n° 4 de la planche XIT renferme une écriture plus étroite et plus élevée que celle qui vient d'être examinée. La panse du g du mot signum est à peine indiquée, tandis que la queue est développée outre mesure. Pour lire sans difficulté la seconde syllabe de ce mot, il suffit de ne laisser paraître qu'une petite portion du haut des lettres. Un trait oblique ferme l'ouverture de l'a du mot Karok, et ne permet pas de le confondre avec un u ; le crochet de l’r s'unit avec le prolongement du côté gauche de lo. Le monogramme est suivi du mot glortosissimi, dont les deux o prolongent leur côté gauche pour s'unir l'un à la haste de lr, l'autre à la saïllie de ls. Le p du mot imperatoris est remarquable par le développement de la panse dont le sommet forme un angle aigu, et par le raccourcissement de la haste, qui n'excède point le bas de la ligne. Le côté gauche de la barre du t du mot augusti traverse la haste comme dans le fac-simile précédent, mais il se prolonge beaucoup plus bas.

2° Age.

«Le P. Papebroc, jésuite, a prétendu, disent les Bénédictins, que la pre- «mière ligne des chartes de nos rois Mérovingiens ne fut jamais écrite en lettres «hautes et allongées qu'il décore des noms de mayuscules et d’onciales. S'il faut «J'en croire, ces fausses majuscules caractérisent uniquement les diplômes de «la seconde race. Dom Mabillon n’a pas eu de peine à faire voir la fausseté de «cette règle. En effet il est peu de diplômes mérovingiens dont la première «ligne et la souscription royale ne soient en grandes lettres. Les référendaires «et les notaires imitaient en cela les Romains, dont les actes commencçaient «et finissaient par des écritures gigantesques. La charte de Pleine sécurité et «les actes de Ravenne des v° et vi° siècles constatent cet usage. Dans quelques «diplômes de Dagobert, on voit seulement le nom de ce prince et sa signature en lettres allongées. Celles de la signature de Clotaire IT sont pareille- «ment plus grandes que le texte. Sous la première race de nos rois, la ligne «en lettres allongées n’est pas à beaucoup près aussi serrée que sous la seconde. «L'écriture des plaids est un peu différente de celle des préceptes. Les lettres «diminuent insensiblement dans la première ligne des chartes d'échange

«et des plaids mérovingiens. Ordinairement elles ne sont pas plus grandes «que celles du texte dans les diplômes de Pepin et de Carloman. Tantôt la «première ligne allongée des diplômes mérovingiens n’est pas portée jusqu’au «bout du parchemin, et alors elle ne contient presque que le nom du roi et | «son éloge ainsi exprimés : Chlodovicus rex Francorum vir inluster. Dans ces titres «on sépare non-seulement les mots, mais encore les syllabes. Tantôt la pre- «mière ligne est portée jusqu'au bout du parchemin. En ce cas elle ajoute au

«nom du roi ceux des personnes à qui la pièce est adressée, par exemple: « Theudericus rex Francorum viris inlustribus Audoberchto et Roccon. patricus et omnt- «bus ducis seu comitibus vel actorebus publicis. lei, dans l'original, nulle distinc- «tion de mots. On trouve quelquefois la première ligne jointe au texte, mais

«le plus souvent elle en est séparée depuis Dagobert jusqu'à Charlemagne. « En un mot les écritures allongées ne remplissaient pas sous les Mérovingiens «toute la première ligne, et le reste demeurait en blanc. Il y a pourtant des «chartes, comme quelques-unes de Thierri, de Childebert III, etc., où elles «occupent toute l'étendue de cette première ligne. (Nouv. Tr. de Dipl. t. IT, «p. 644 et 645.) La première ligne des diplômes carlovingiens, surtout depuis | « Louis le Débonnaire, remplit toute l'étendue du parchemin. Ses lettres allon- | «gées deviennent plus hautes et plus serrées après Charlemagne. Les noms du 18h «roi et du chancelier sont en caractères un peu moins grands. Dans une charte ni «de Louis le Débonnaire, datée de la xix° année de son empire, et gardée à la | | | «Bibliothèque du Roi, nous avons remarqué que l'écriture allongée de la si- | | «gnature de l'empereur a près d'un pouce de haut, sans parler des lettres Il «excédantes, qui sont beaucoup plus longues. La première ligne est un peu AE «moins haute, et celle du notaire, la plus petite, n'a qu'un demi-pouce d’é- IR «lévation. Dom Mabïllon, dans la xxrm° planche de sa Diplomatique, donne | «un modèle d'une charte totalement écrite en lettres allongées, à l'exception |

« dans l'écriture oblongue de la première ligne et des signatures du roi et des

«de la date. Il est à observer que la caroline s'est conservée plus longtemps L, | li > ne : tn ‘2 « chanceliers que dans le texte des diplômes. (Ibid. pag. 665.)» |

nt

Bien que l'écriture allongée ne soit employée la plupart du temps que dans les suscriplions et les signatures des diplômes royaux, cependant il existe des { 13

Hs

chartes particulières où elle a été adoptée pour tracer linvocation. On serait

rar

tenté de croire que cette espèce d'écriture a dû moins varier que les autres; ll mais si l'on voulait en décrire toutes les transformations, il faudrait l’envi- | sager successivement comme cursive, comme minuscule et comme capitale. En eflet elle se présente sous ces différents aspects depuis le v° siècle jus- (l

qu'au x. Mais comme ces caractères bizarres n'occupent presque jamais

qu’une ou deux lignes dans un diplôme, nous nous bornerons à indiquer quelques-uns des traits qui peuvent servir à en fixer l'âge.

Les trois modèles reproduits dans les planches XI et XIT doivent être considérés comme se rattachant à l'écriture cursive, quoique les liaisons y soient beaucoup moins fréquentes et beaucoup moins compliquées que dans la cursive allongée des diplômes du v°et du vi‘ siècle. Le caractère le plus saillant qui distingue cette écriture dans les-diplômes mérovingiens est la séparation des syllabes et la largeur du corps des lettres. Les Bénédictins font observer en outre que la tête de lf dépasse rarement le haut de la ligne. On voit aussi que les o se terminent par deux traits excédants, et que le sommet de la panse atteint le niveau supérieur de la ligne. La forme de l'a n'est pas moins caractéristique par le crochet qui se rattache à l'extrémité supérieure du premier jambage, et la forme évasée de la lettre, qui se rétrécit à sa base d'une manière sensible. Des abréviations analogues à celles des mots Francorum et inluster ne se rencontreraient pas non plus dans les diplômes carlovingiens.

Dans le fac-simile n° 2 de la planche XII, les lettres e, c, s et p ne dépassent le haut de la ligne que lorsqu'elles sont employées comme initiales; c’est un des caractères que les Bénédictins regardent comme appartenant plus particulièrement à l'écriture allongée de la première moitié du 1x° siècle. On voit que la panse des o n’occupe souvent que le tiers de la hauteur de la ligne, et que cette lettre se termine par un seul trait excédant toutes les fois qu'elle ne s'unit pas en même temps à la lettre qui la précède et à celle qui la suit. Les trois jambages de lm sont égaux en longueur; au vin siècle, celui du milieu était ordinairement plus court que les deux autres. La lettre N est la seule qui prenne la forme capitale, ïl en est de même dans le corps du diplôme; on peut donc regarder comme exact ce principe des Bénédictins, qui font remarquer que l'écriture allongée est presque toujours semblable pour la forme à celle du corps de la pièce. Toutefois, pour que cette remarque ne soit pas trop absolue, il convient de ne pas l’étendre au delà du x° siècle. En effet, lorsque les lettres capitales viennent se mêler aux lettres cursives et minuscules, on ne trouverait pas toujours dans un diplôme toutes les formes que l'écriture allongée emprunte à l'alphabet capital, ou du moins il faudrait les chercher dans les grandes lettres initiales et non dans le corps des mots.

Le fac-simile n° 3 de la planche XII présente, dans la ligne de la souscription, des lettres à peu près semblables à celles du modèle précédent. Cependant les a diffèrent par le trait oblique qui ferme leur ouverture; et ce trait, suivant les Bénédictins, n'a commencé à paraître que vers la fin du rx°siècle. On peut aussi remarquer que la tête des s dépasse un peu le haut de la ligne. Mais ce qui

PARTIE III — CHAPITRE IV. 585 distingue surtout cette écriture, ce sont les hastes des lettres X et qui se terminent par un délié fin et hardi; les deux premières lettres du mot Jesu (Thu), dans le fac-simile précédent, sont les seules qui offrent à peu près le même caractère ; les hastes des autres lettres sont évidemment formées par un double trait; et l'écrivain, au lieu de les tracer d’un seul jet, avait soin, lorsqu'il en avait atteint l'extrémité supérieure, de ramener sa plume jusqu'au corps de la lettre en lui faisant suivre la même direction.

Quoique nous n'ayons pas reproduit des modèles d'écriture allongée postérieurs au 1x° siècle, nous essayerons en peu de mots d'indiquer les caractères les plus saillants qui peuvent servir à en fixer l'âge. Au commencement du x° siècle, le crochet de l’r forme habituellement un angle aigu qui s’élève considérablement au-dessus de la ligne, et dont le second côté va rejoindre la lettre suivante. On rencontre aussi des p dont la panse se recourbe intérieurement dans sa partie moyenne, et présente à peu près l'aspect d’un 3. Ces lignes brisées ou tremblées deviennent de plus en plus fréquentes dans le cours du x° siècle, et finissent par former plusieurs zigzags. À la fin du x° siècle, on trouve encore des a ouverts; mais le haut de leurs jambages est beaucoup plus courbé vers la gauche, et se termine par des traits efhlés. La barre de Vf commence alors à partir du corps de la lettre et non de la boucle supérieure. La haste du d devient perpendiculaire, et son sommet incline même vers la gauche. Le diplôme de Hugues Capet dont nous avons reproduit un fragment dans le Jac-simile n° 2 de la planche XIIT, commence par une écriture allongée qui ne pourrait être considérée comme cursive. Les a sont minuscules, et leur panse embrasse à peine la dixième partie du montant. Le c ne se compose plus que d’une seule courbe très-allongée; le D est capital, mais sa panse est étroite et aplatie contre la haste ; l'e est tantôt capital, tantôt minuscule : quand il est minuscule, sa boucle n’a pas plus de développement que la panse de l’a. Les lettres F, G, R!, T, U appartiennent à l'alphabet capital, mais leur forme est très-étroite; le crochet inférieur du G se replie dans l'intérieur de la panse; la panse de TR est quelquefois ouverte par le haut, et alors elle se prolonge au-dessus de la ligne. L’s est tantôt cursive, tantôt capitale : dans le premier cas elle dépasse le haut de la ligne, et se termine par une boucle à trait excédant ; dans le second, ses courbes sont tellement aplaties, qu'on les distingue à peine d'un t dont la haste serait un peu ondulée. La double panse de lo occupe toute la hauteur de la ligne; celle du P au contraire n'embrasse plus qu'une faible partie de la haste. Ce changement

1 Dans la souscription d’un diplôme de Louis V, l'R capitale se trouve déjà substituée une fois à lr cursive.

Page 1