PARTIE III. — CHAPITRE V
quelques-uns de ceux qui ont été copiés, soit en France, soit dans les autres pays, on doit reconnaître, comme nous l'avons déjà dit, que les règles d'appréciation les plus certaines ne sont pas celles qui sont fournies par les titres d'un manuscrit, mais par le corps même du texte. Toutefois, les observations présentées par les Bénédictins n’en sont pas moins utiles à connaître; mais il ne faut pas oublier, comme ils le disent eux-mêmes, qu'elles n'ont rien d'absolu. Nous avons déjà eu occasion de transcrire le passage dans lequel ils décrivent la capitale ornée des manuscrits anglo-saxons {voyez p.376); ce qui caractériserait plus particulièrement cette écriture, ce seraient peut-être les points rouges servant d’entourage aux lettres initiales; cependant les Bénédictins avertissent que les mêmes ornements se retrouvent, quoique moins fréquemment, dans les manuscrits des autres peuples. Les Saxons les prodiguaient tellement qu'ils les employaient même pour les signatures marquées au bas des cahiers, et pour entourer les trous qui se rencontraient dans le parchemin. (Voyez la Notice du manuscrit qui a fourni le fac-simile n° 3 de la première planche.) Les points noirs sont quelquefois substitués aux points rouges, et l'on trouve aussi des lettres accompagnées de points verts argentés dans les manuscrits en vélin pourpré.
Le troisième fac-simile de la première planche est tiré d’un manuscrit en écriture mixte anglo-saxonne. Il suffit de jeter un coup d'œil sur ce modèle pour reconnaître que cette écriture offre un aspect tout particulier par ses traits durs, fortement marqués, et dont l'extrême régularité semble annoncer un travail lent et pénible. Cependant il règne une grande variété dans les différentes formes de lettres dont se compose ce fac-simile. — L'a est tantôt minuscule, tantôt cursif; tantôt il affecte une forme intermédiaire entre ces deux genres d'écritures. Les six premiers modèles de cette lettre sont suivis de l’abréviation de la syllabe am, dans laquelle 'm ést remplacée par le trait qui se rattache à l'extrémité supérieure du montant de l'a : la ligne horizontale qui tient au bas de la lettre n’a aucune valeur. Dans la désinence avit, le prolongement du second jambage de lu tient lieu de 1; le trait qui se rattache à l'extrémité supérieure de ce jambage forme la barre du t, dont la haste est conjointe avec l'u et li. La syllabe at ne présente pas de difficulté. — Ce qu'il y a de plus remarquable dans le b, ce sont les formes larges et anguleuses de l'extrémité supérieure de la haste : ces formes se retrouvent dans la plupart des hastes ou des jambages. (Voyez le d et Im minuscules, ainsi que les lettres f,hi,ln,p,ret u.) La syllabe bus est abrégée régulièrement. — Le c à double panse ne paraît pas avoir été employé dans l'écriture anglo-saxonne. Dans la syllabe cet on remarque un e oncial dont le crochèt supérieur s'abaisse
pour s'unir à la haste du t; la syllabe ci pourrait se confondre avec un a dans une écriture moins régulière; mais le crochet supérieur du c est distinct, quoiqu'il soit en contact avec le haut de li. La de la syllabe cat est ouvert par le haut : son premier jambage est formé par le prolongement du crochet supérieur du c; le haut du second jambage est en contact avec la barre du t, mais ces deux traits sont liés sans être conjoints, parce que la barre du t anglosaxon ne se replie pas vers le bas de la haste comme dans les écritures lombardique et wisigothique. — Le d minuscule a été en général! moins employé
par les Anglo-Saxons , que le d de forme onciale : cela tient peut-être à ce que ce dernier caractère, combiné avec un signe abréviatif, servait, comme on le verra bientôt, à représenter une des lettres doubles qui sont propres à l'alphabet anglo-saxon. —Indépendamment de le oncial , on trouve dans les manuscrits anglo-saxons l’e minuscule et l’e cursif ou à double panse. Quand le minuscule est à la fin d’un mot, sa barre est souvent fort prolongée. (Voyez le second e et les deux æ.) L'e oncial et l'e cursif étaient employés de préférence dans certaines liaisons de lettres. (Voyez les syllabes es, ec et ex.) L'1 du mot a, qui termine cette ligne, est représenté par le prolongement de la barre de l'e qui se rapproche de la forme minuscule, mais qui est dans la réalité un e cursif bouclé dans sa partie supérieure. — La forme de Tf tient de l'écriture capitale. Selon les Bénédictins, cette lettre resta toujours à peu près la même depuis le vn° siècle jusqu'au x°; quoique lf commune se rencontre dès le x° siècle dans les manuscrits et dans les diplômes anglo-saxons, cependant VF capitale était plus généralement employée. — Le q qui se trouve en tête de la septième ligne du fac-simile n° 3 à été d’un usage beaucoup plus fréquent chez les Anglo-Saxons que chez les autres peuples, mais il n’est pas douteux
qu'il tire son origine de l'ancienne cursive romaine”. En général sa forme a ! Cette règle n’est pas sans exception : «Malgré «tenaient encore avec avantage au-delà de Yan «la prédilection des Anglais pour le d rond, disent «1160. Au surplus, les pièces de cette nature
« les Bénédictins, leurs diplômes et leurs manus- «étaient rares. Quoiqu'en Écosse les d droits do-
«crits en écriture saxonne ou commune ne lais- “sèrent pas d'accueillir quelquefois assez favora- « blement le d droit, et même jusqu’à lui donner «la préférence. À compter du milieu du xr° siècle «jusqu'au milieu du suivant, les deux d se trou- «vèrent plus ou moins souvent mêlés ou confon- « dus. Mais, depuis la seconde époque, le premier «se répandit sans aucun obstacle dans les chartes « d'Angleterre et d'Écosse. Il en faut pourtant «“excepter celles où l’on se servait des lettres de « forme presque carrée. Là les d droits se main-
« minassent vers la fin du xx siècle, dès le com- «mencement du suivant la cursive ne donna « presque plus entrée qu’à son rival, ou du moins, «n’accorda pas au d droit d'y figurer également. » (Nouv. Tr. de Dipl. t. I, p. 670, note 2.)
? «Le g saxon, disent les Bénédictins, a des «rapports si marqués avec le r grec, qu’il parai- «trait plus simple de ne pas chercher ailleurs son «origine immédiate, si elle ne se présentait « d'elle-même dans le cursif romain. La traverse «duT,un peu prolongée vers la gauche, avec une