III. DE L'ÉCRITURE ANGLO-SAXONNE
L'écriture anglo-saxonne est dérivée de l'écriture romaine, comme les autres écritures nationales; mais les Bénédictins supposent que les nuances qui la caractérisent n’ont pas été introduites par les Anglo-Saxons. « Ces
«peuples, disent-ils, devenus maîtres de toute l'ile jusqu’à l'Écosse vers le “milieu du vi siècle, auront pris les caractères des Bretons, que ceux-ci «avaient empruntés des Romains ou des Gaulois. Il suffit de comparer l'écri-
«ture minuscule saxonne avec la romaine, pour conclure avec certitude que «celle-là tire son origine de celle-ci. Les lettres 9 et r de la minuscule saxonne, «par exemple, paraissent d'abord s'éloigner de la forme romaine. Elles se trou- «vent cependant et dans les Pandectes de Florence et dans le Sulpice Sévère «de Vérone, écrit un peu après le commencement du vr siècle. D'ailleurs, «peut-on douter que S. Augustin, et les autres moines envoyés en Angleterre «par S. Grégoire le Grand pour étendre le royaume de J.-C., ny aient apporté «les caractères romains avec la lumière de l'évangile? En vain George Hickes « donne-t-il une autre origine à l'écriture saxonne; en vain en fait-il remonter «l'antiquité à des temps inconnus, son système n'est fondé que sur l'autorité «de Hunibalde, écrivain fabuleux, dont le seul Tritème a vu le manuscrit. «On se tromperait si l'on croyait que l'écriture saxonne a été propre aux An- «glo-Saxons. Elle a eu cours en Irlande ! et en France. Les Bénédictins anglo- «saxons la répandirent en Allemagne et en Danemarck, lorsqu'ils ÿ annon- «cèrent la religion chrétienne. L'église cathédrale de Virtzhourg a conservé «jusqu'à présent plusieurs manuscrits en minuscule saxonne de la main de «ces hommes apostoliques et de leurs disciples. Mais on n’en a point ailleurs «de monuments plus anciens et plus nombreux que dans les bibliothèques «d'Angleterre. Aussi est-elle appelée anglaise dans une note du psautier de « l’abbaye de S. Ouen de Rouen, écrit en ce caractère au vur° siècle. »
Dans le passage qui vient d’être cité, les Bénédictins disent que l'écriture anglo-saxonne a eu cours en France; ils ont voulu parler surtout d’une capitale de forme carrée que l’on remarque dans les titres de certains manuscrits, et notamment dans une des bibles de Charles le Chauve. Que ces lettres carrées se rencontrent plus fréquemment dans les manuscrits anglo-saxons, c'est un fait généralement reconnu; mais, puisqu'on les retrouve aussi dans
1 C’est ce que les Bénédictins prouvent dans mettre avec la tradition que cette écriture avait été donnée à l'Irlande par S. Patrice. De là, les
auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique con-
un autre passage en citant un manuscrit irlandais de la fin du xn° siècle. Les Normands n’a-
vaient pu importer en Irlande l'écriture anglosaxonne qu'ils n'avaient pas adoptée : or, comme ils la trouvèrent établie en Irlande lorsqu'ils s’emparèrent de cette île au x1r siècle, et que,
d’un autre côté, les Irlandais n’avaient pu emprunter les caractères des Anglo-Saxons, auxquels ils ne furent jamais assujettis, il faut bien ad-
cluent avec raison qu'on ne peut expliquer la conformité qui existe entre l'écriture des Jrlandais et celle des Anglo-Saxons, si l’on ne suppose pas que cette écriture avait été employée par les Bretons, qui lavaient eux-mêmes reçue des Romains.
(Voyez aussi THomas AsTLE, Origin and progress of wriling, pag. 96, 115, etc.)