‹ Éléments de paléographieChapitre 467 sur 492 · PARTIE III — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE III — CHAPITRE V

nière ligne la forme du signe &, qui diffère peu dela liaison des lettres ec : pour ne pas confondre ces deux caractères, il faut se rappeler que le trait correspondant au crochet supérieur du c doit conserver en général la courbure que présenterait le haut de cette lettre si elle était isolée de celle qui la précède.

La cursive anglo-saxonne est fort rare, et ne parait pas avoir été fréquemment employée. «Les plus anciennes chartes d'Angleterre, disent les Béné- «dictins, sont en écriture majuscule onciale, semblable à celle des plus beaux «manuscrits. » Les mêmes auteurs font remarquer que la cursive des Anglo- Saxons est en général beaucoup moins compliquée que la nôtre. Ce fait suffit pour expliquer les formes roides et compassées de leur écriture mixte : on ne devra pas s'étonner non plus que cette cursive distincte se soit promptement transformée en minuscule diplomatique. Ce qui la distingue principalement, c'est l'emploi fréquent du d arrondi ou de forme onciale, et l'exclusion constante du c à double panse. Elle se sert aussi très-fréquemment de l'e oncial allongé, tel qu'il est représenté dans le premier modèle de la syllabe es. L's de cette syllabe est tout à fait conforme à celles que l’on rencontre ordinairement dans la cursive anglo-saxonne, c'est-à-dire que la haste est indépendante du crochet, et qu’elle se recourbe vers la gauche dans sa partie supérieure, tandis que dans ls mixte ou minuscule (voyez la dix-septième ligne) il n'existe à gauche de la lettre qu'une simple saillie.

La minuscule diplomatique des Anglo-Saxons ne diffère pas de la minuscule qu'ils employaient dans les manuscrits, et l'on y retrouve d'ailleurs les formes de lettres les plus remarquables de leur écriture mixte, c’est-à-dire le d rond, l'F de forme capitale, le g à traverse et lr à jambage; mais la haste de lr descend en général aussi bas que la haste du p, en sorte que, dans la minuscule diplomatique, Îr présente l'aspect d'un p dont la panse serait ouverte par le bas. Indépendamment des lettres de l'alphabet ordinaire, les Anglo-Saxons avaient des caractères spéciaux pour représenter le dh, le th et le w. Ces caractères, qui se rencontrent fréquemment dans les titres rédigés en langue anglo-saxonne, se retrouvent quelquefois, sinon dans le texte même des chartes en langue latine, du moins dans l'énumération des témoins dont les noms renfermaient des sons particuliers qui ne pouvaient être représentés par les lettres latines. Il existe aux Archives du Royaume (K 19, olim 36) un diplôme d'Édouard le Confesseur, par lequel ce roi fait donation à l'abbaye de Saint-Denys du territoire de Tengctune où Tængtune (en latin Teintuna). Get acte renferme d’abord seize lignes en latin, puis dix lignes en anglo-saxon, et enfin dix-sept autres lignes en latin. Dans la première partie on trouve linvocation, le préambule, la suscription, l'annonce de la donation, et les

imprécations finales. La seconde partie est consacrée tout entière à indiquer les limites du territoire de Tængtune”. La troisième partie renferme la date, l'annonce des témoins, les formules de souscription, et enfin l'acceptation de Baudoin, moine de Saint-Denys, et alors médecin du roi. En parcourant l'énumération des noms des témoins, on rencontre plusieurs fois le signe du dh et celui du w, quoique plusieurs de ces noms soient latinisés. Il est inutile d'avertir que ces caractères spéciaux sont les signes les plus certains auxquels on puisse reconnaître l'écriture anglo-saxonne. Comme l’Imprimerie royale possède un corps d'alphabet qui a été gravé avec le plus grand soin et qui peut donner un idée suffisamment exacte de la minuscule anglo-saxonne, nos lecteurs nous sauront gré de le reproduire ici.

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Parmi les caractères de cet alphabet, il n'y a que le w qui puisse donner lieu à quelque difficulté, parce qu'il ressemble beaucoup au p : on peut voir toutefois que la panse de cette dernière lettre a plus d'ampleur. Le signe de la conjonction and est un de ceux dont on se servait chez les autres peuples pour représenter la conjonction et : nous avons déjà dit que ce caractère était une ancienne note tironienne. Quant à l’abréviation du mot thœt (en anglais that), elle est formée au moyen du th tranché par un trait accessoire dans sa partie supérieure.

Avant de faire rédiger la donation dont il a été question tout à l'heure, Édouard le Confesseur avait annoncé à l'évêque Wulfwig, au comte Raulf et à tous ses barons? du comté d'Oxford, l'intention où il était de concéder le territoire de Tængtune à l'abbaye de Saint-Denys. Cette notice, qui ne porte ni date, ni sceau, ni signature, est entièrement rédigée en anglo-saxon. Comme elle n'a que peu d'étendue, nous allons la reproduire avec les caractères dont on vient de voir le modèle. Doublet, dans son Histoire de l'abbaye de Saint-

1 Jeütété à peu près impossible de ne pas em- 2? Le mot baron ne répond pas d’une manière ployer la langue vulgaire pour rédiger cette por-

tion de l'acte où l'on ne trouve guère que des noms

exacteau mot anglo-saxon thegen, en anglais thane. La dignité de thane venait après celle de comte;

de lieux qu'une traduction latine aurait altérés. voyez du Cange au mot Thannus.

PARTIE III — CHAPITRE V. 671 Denys, s'est borné à donner la substance de cet acte dans une traduction latine qui n’est pas toujours exacte. En transcrivant ce texte dont l'interprétation présente, du moins dans certains passages, de grandes difficultés, nous nous sommes attachés à suivre le plus exactement possible la charte originale. On rencontrera, par exemple, deux formes d's, parce que l'écrivain se sert tour à tour de ls saxonne et de celle de notre minuscule carlovingienne. Quant à l'a, il eût été impossible de le reproduire sous ses différents aspects, parce qu'il tient souvent le milieu entre la cursive et la minuscule; on a donc employé constamment une des formes sous lesquelles il se présente dans l'acte original.

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