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IV. DE L'ÉCRITURE GERMANIQUE

Plusieurs savants ont affirmé que les Germains n'avaient fait aucun usage de l'écriture avant le règne de Charlemagne. Les Bénédictins, au contraire, ne doutent pas que l'écriture runique d’une part, l'alphabet ulphilan de l'autre, n'aient été quelquefois employés par les Germains; ils leur attribuent en outre l'usage des caractères anglo-saxons. Mais ils reconnaissent en même temps que l'écriture française fut adoptée en Germanie à partir du règne de Charlemagne, et que d’ailleurs il existe seulement un très-petit nombre de diplômes ou de manuscrits allemands qui soient antérieurs au vue siècle. Un autre système a été soutenu par Godefroy Henselius : il a prétendu que les Germains avaient eu, indépendamment des runes et de l'écriture ulphilane, des caractères qui se rapprochaïent beaucoup de ceux des Grecs, et dont ils avaient fait usage à l'exclusion des lettres romaines jusqu'au temps de Charlemagne. Cette opinion est contredite par plusieurs manuscrits de la cathédrale de Wirtzbourg, que les Bénédictins jugent antérieurs au règne de Pepin le Bref, et dont les caractères appartiennent évidemment à l'alphabet latin. Quant aux diplômes donnés par Pepin le Bref aux églises d'Allemagne, ils ne différent

1 Ce passage serait mal compris si l'on supposait que la réforme prescrite par Guillaume le Conquérant ne fut pas adoptée dès les premières années de son règne. Les Bénédictins s'expliquent ailleurs plus clairement : « Guillaume le Con- « quérant, disent-ils, ne pouvant souffrir les len- «teurs d’un changement insensible, obligea tout «d'un coup les Anglais à renoncer à leur carac- « tère anglo-saxon, pour prendre le français, ap- « porté de nouveau par les Normands. L'on peut

«assurer que la volonté de leur chef devint pour «ses nouveaux sujets une loi dont ils s'écartèrent «rarement. »

? Thomas Ruddiman croit que cette minuscule a été employée dans les manuscrits écossais dès le temps de Charlemagne, qui avait de fréquentes relations avec les rois d'Écosse. (Voyez Selectus numism. ac diplom. Scotie thesaur. præfat. p- xxn, et Nouv. Traité de Diplomatique, tome HI, page 334.)

en rien, sous le rapport de l'écriture, de ceux qui étaient relatifs à la France proprement dite. Au reste, s'il existe quelques dissentiments parmi les auteurs qui ont parlé des premiers essais de l'écriture germanique, les plus savants antiquaires d'Allemagne s'accordent à reconnaître que l'écriture française a été adoptée dans leur patrie, à compter du règne de Charlemagne.

On rencontre dans les ornements et dans les titres de quelques manuscrits des lettres capitales d'une forme carrée et d’un aspect singulier. « Telles sont, «disent les Bénédictins, la plupart de celles dont on s'est servi pour écrire les upremiers mots du célèbre manuscrit de la cathédrale de Wirtzhourg, lequel «renferme les épîtres de S. Paul, avec des préfaces. » Ces lettres ont fourni un alphabet qui a été publié par Schannat et par d'autres savants : les Bénédictins l'ont aussi reproduit à la page 117 de leur troisième volume. Nous essayerons d'en décrire les caractères les plus remarquables. Le b est à peu près semblable à celui de notre alphabet anglo-saxon, mais l'extrémité supérieure de la panse se roule en spirale : la même lettre, vue dans un miroir, représenterait une des formes du d. Ce dernier caractère est aussi figuré par un carré surmonté d’un ornement en forme de trèfle!, ou encore par un croissant au-dessus duquel s'élève une ligne ondulée. Le c est carré, c'est-à-dire, semblable à un £ dont la barre moyenne serait supprimée. L'e est représenté par TH grec. Le q est tantôt de forme ordinaire, tantôt semblable au g saxon. Trois traits verticaux coupés en deux parties égales par une barre horizontale forment une des figures de lm : cette lettre se présente aussi sous l'aspect de deux arceaux soutenus par deux colonnes. L'o est composé de quatre lignes droites qui forment soit un carré, soit une H capitale à double traverse, soit une losange dont tous les côtés seraient prolongés au delà de leurs points de rencontre. Le p ressemble au IT grec; Fr à un K dont la branche supérieure tendrait à se réunir avec la haste; ls à un Z vu dans une glace, et quelquefois à un X que deux lignes horizontales fermeraient, l’une par le haut, l'autre par le bas. Lu a la formed’un X dont la partie inférieure serait un peu raccourcie ?; enfin, lx de cet alphabet tient plutôt de la minuscule, parce que ses deux traverses sont formées par des lignes un peu recourbées. Indépendamment de ces lettres, que l'on peut considérer comme exception nelles , les Germains ont employé une écriture capitale qui ne diffère en rien de celle que l'on rencontre dans les manuscrits français. La même analogie existe, soit pour l'écriture onciale, dont ils ne paraissent pas d’ailleurs avoir

1 Cette figure renversée sert à représenter la lettre est représentée par un V dont les deux mon-

lettre q. tants se prolongent un peu au-dessous de leur

2 En d’autres termes, on peut dire que cette point de rencontre.

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