PARTIE III — CHAPITRE V
fait un fréquent usage; soit pour l'écriture mixte, dans laquelle on remarque quelquefois des lettres anglo-saxonnes. Il résulte même d'un fac-sinile du Nouveau Traité de Diplomatique que, dans les manuscrits en langue vulgaire, les Germains ont employé les signes spéciaux du dh! et du w. Toutefois, en citant cet exemple, les Bénédictins font remarquer que le monument auquel ils l'empruntent est antérieur au temps où les Français établirent leur domination dans la Saxe. Les mêmes auteurs donnent quelques modèles de manuscrits germaniques, dans lesquels on reconnaît des formes de lettres anglosaxonnes; mais comme ces manuscrits sont en latin, on n'y retrouve plus les caractères spécialement destinés à reproduire certaines articulations de la langue vulgaire. Il est bien reconnu d'ailleurs qu'à partir de la fin du vin‘ siècle, l'écriture française a été d’un usage pour ainsi dire universel dans un pays où Charlemagne avait exercé, comme en France, une autorité souveraine. Si la minuscule d'Allemagne n'offre pas toujours le même aspect que la nôtre, c'est qu'elle a des formes plus roides et plus anguleuses; mais il serait difficile d'indiquer les signes particuliers qui peuvent servir à la distinguer; ou du moins, chaque lettre envisagée isolément ne présente pas des différences qui soient assez caractérisées pour qu'un alphabet les rende sensibles. Quoique le gothique moderne se soit conservé en Allemagne jusqu à nos jours, son apparition dans ce pays n'a pas eu lieu plus tôt que dans le reste de l'Europe : on ne doit donc pas attribuer aux Allemands l'invention de ce caractère, ni surtout Y voir, comme certains auteurs, une écriture diflérente de celle des Latins.
Bien que les Allemands aient employé dans leurs chartes une écriture à peu près conforme à la nôtre, cependant leurs actes présentent quelques différences qui ont été signalées par les Bénédictins dans le passage suivant : « Les mêmes «écritures diplomatiques usitées en France sous la seconde race de nos rois, «et dans les temps postérieurs jusqu'au x siècle, eurent cours en Alle- «magne; mais elles y prirent toujours plutôt la forme de la minuscule que «de la cursive. Quoique le commencement des diplômes impériaux fût ordi- «nairement en lettres non majuscules, mais allongées ou fort serrées, minces «et en pointes sous les Carlovingiens, un peu plus recourbées sous les rois et
1 Les Bénédictins donnent le nom de th à ce que celle du tk proprement dit. Le dh des Allecaractère, qui est un d minuscule dont la haste mands serait extrémement facile à distinguer de est tranchée par un trait horizontal, c'est donc celui des Anglo-Saxons, s'il pouvait être démon-
la lettre double qui, dans l'alphabet anglosaxon, tré que dans les manuscrits germaniques on n’a est désignée sous le nom de dh, et dont la pro- jamais fait usage du d oncial pour représenter
nonciation était probablement un peu plus douce cette lettre double.
cempereurs allemands; cependant, à peine le 1x° siècle était-il fini, qu'on fit «en Allemagne quelques diplômes dont la première ligne était en petits caracctères ronds, tel qu'était alors le corps de la pièce. Dès le temps de Conrad I* «et d'Otton IIT, l'écriture allongée de cette ligne initiale devint tremblante. «Cette écriture tremblante n’était pas constante ni au x° ni au xr° siècle, où «elle parut souvent dans les chartes, surtout dans les caractères allongés. Dans «la ligne initiale, ces caractères se terminaient au mot rex ou auqustus ; mais «Jusqu'au milieu du xr' siècle, pour l'ordinaire on y faisait entrer le commence- «ment du texte. De là en avant, pendant la durée d’un siècle, l'usage de finir l’é- «criture allongée au mot rex ou augustus, ou par le nombre qui marquait le rang Uque tenait un empereur ou un roi d'A lemagne parmi ses prédécesseurs, devint «pour ainsi direinvariable, Mais les exceptions recommencèrent sous Frédéric I°. «On vit alors le commencement du corps du diplôme renfermé dans la pre- «mière ligne en écriture allongée. L'écriture des signatures impériales est pres- “que toujours en caractères allongés, jusque vers le xiv° siècle. Mais, dès le «milieu du xn*, on commença à supprimer de temps en temps ces signatures. «Il y en eut même quelques exemples dès le x‘. Au commencement du xr' siècle, «sous Henri Il, on voit des signatures en peuts caractères. On en remarque de «nouveaux depuis environ le milieu du xn°. L'écriture des signatures des chan- «celiers fut toujours en caractères allongés, comme les signatures des empe- «reurs le furent ordinairement, jusqu'au xu siècle, où l’on employa l'écriture «ronde; mais au xur° siècle, ces signatures disparurent. Celle du chancelier «est, pour l'ordinaire, placée immédiatement au-dessous de la souscription «royale ou impériale, de sorte néanmoins qu'elle commence de même à la «ligne, si ce n'estsous Conrad l° et Henri I®, où elle est tant soit peu à gauche. «Sous Otton IV, vers la fin du xn° siècle, les r des lignes initiales ou de la «signature des empereurs devinrent conformes aux romaines majuscules. L’é- «criture diplomatique d'Allemagne, au xn° siècle, l'emporte sur les autres par «la beauté et la netteté des caractères minuscules. L'écriture cursive ne fut «point admise dans les chartes du pays avant le milieu du xm° siècle ; mais, « depuis l'an 1260 et 1 270, une multitude d’actes furent écrits en ce nouveau «caractère vraiment barbare, qu'on s'est avisé d'appeler gothique. Peu après le «commencement du xrsiècle,on chargea les lettres qui s'élèvent au-dessus des «autres, et surtout les /, de plusieurs contours qui d’un seultrait étaient formés «au haut de ces lettres : ce qui dura jusque dans le xnr' siècle. Dans les di plômes, tantôt ly est marqué d’un point et tantôt ne l'est pas. Les e, vers le milieu
«du x‘ siècle, commencèrent à porter une queue supérieure, qui sur la fin devint quelquefois fort élevée en haut et très-fréquente. Elle ne dura que
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«Jours minuscule ou cursive, surtout au moyen âge.» (Nouv. Tr. de Diplom.
tom. IT, p. 678-680.) XÉSUMÉ.
Il résulte des courtes observations qui viennent d’être présentées que les écritures nationales des différents peuples de l’Europe ont été en quelque sorte régies par les mêmes lois. Nées de l'écriture latine, elles ont peu à peu adopté quelques habitudes particulières qui constatent leur individualité sans effacer les traces de leur filiation commune. Bientôt l'influence de Charlemagne s'étendit sur toute l'Europe, et l'écriture française pénétra chez les peuples du Nordet du Midi, en Allemagne, en Angleterre, en ltalie et en Espagne. À partir de ce moment, les différences tendent à s'effacer. Guillaume le Conquérant, en Angleterre, et les évêques du concile de Léon, en Espagne, interdirent expressément l'emploi de l'écriture anglo-saxonne et wisigothique. Ferreras dit positivement dans son histoire que le concile de Léon, en prescrivant l'adoption de notre alphabet, avait pour but de faciliter les relations des Espagnols avec les étrangers. L'écriture française était donc alors un des liens qui unissaient entre eux les peuples de la chrétienté, et cette influence semble avoir préparé celle que notre langue a exercée dans la suite sur l'Europe moderne. Depuis le x siècle, les caractères gothiques furent adoptés partout comme d’un commun accord, jusqu'au moment où la découverte de l'imprimerie vint resserrer plus étroitement encore les relations européennes qui semblaient devoir être brisées par la diversité des langues et des intérêts. Mais s'il est vrai de dire en thèse générale que les dernières traces de la diversité des écritures nationales ont disparu au x siècle, on ne doit pas douter qu'il ny ait eu quelques faits exceptionnels. Pour les reconnaître , il faut étudier l’histoire de la paléographie
dans chaque pays, comparer les monuments originaux, et discuter les opinions des différents écrivains. En indiquant dans ce chapitre quelques résultats généraux, nous n'avons pas eu la prétention de résoudre toutes ces difficultés. Quoique le Nouveau Traité de Diplomatique renferme à cet égard un grand nombre de faits recueillis avec cette érudition patiente et consciencieuse qui distingue l'ordre des Bénédictins, il ne faudrait pas se borner à consulter ce recueil précieux pour étudier complétement une question aussi vaste. Les Bénédictins donnent, au commencement de leur sixième volume, un catalogue des auteurs qui ont traité de la Diplomatique !, et dans lequel on trouvera tousles renseignements nécessaires sur les ouvrages publiés avant la seconde moitié du xvin° siècle. Nous avons pensé qu'il serait utile d'indiquer ici quelques-uns des livres qui ont paru depuis cette époque. Nous devons à l’obligeance de M. Guérard celles de ces indications qui sont marquées d'un astérisque.
* Tromsezu. Arte di conoscere l'età de’ codici latini ed italiani. Bononia, 1757, in- 4°. (Le catalogue de la Bibliotheca van Hulthemania indique aussi une édition de 1778.)
* Paleografia Española, por el P. Esrevan DE Terreros y Paxpo. En Madrid, Joachim Ibarra, 1758, petit in-4°.
Dictionnaire raisonné de Diplomatique, par Do pe Vanss, religieux bénédictin de la congrégation de.S. Maur. Paris, 1774, 2 vol. in-8°. (34 planches.)
Barraexey. L'Archiviste français, ou Méthode sûre pour apprendre à arranger les archives et à déchiffrer les anciennes écritures; orné de 52 planches gravées. 2° édition. Paris, 1775, in-4°.
Escuela de leer letras cursivas antiguas y modernas, desde la entrada de los Godos en España hasta nuestros tiempos, su autor el P. Axores Merno. En Madrid, 1780, in-fol. (59 planches.)
* G. J. Tuorkeuw. Diplomatarium Arna-magnæanum exhibens monumenta diplomatica quæ collegit, etc. Arnas Magnæus , historiam atque jura Daniæ, Norvegiæ et vicinarum regionum illustrantia. Hauniæ et Lipsiæ, 1786, 2 vol. in-4°. (Cet ouvrage est un recueil de chartes, dont la plus ancienne est du roi Canut IV, et remonte à Jan 1085. Il contient beaucoup de sceaux et des textes en langues du Nord.)
Jer. Jacos. Orrrcnus. Artis diplomaticæ primæ lineæ in usum auditorum. Argentorati, 1788.
1 Nous avons entre les mains le prospectus d'un’ «toire de l'imprimerie et de la librairie, à la
catalogue qui paraît devoir être rédigé sur un «bibliographie, aux bio-bibliographies et à l'hisplan beaucoup plus vaste. Cet ouvrage est annon- «toire des bibliothèques; 2° la notice des recueils cé comme devant paraitre en 1838, sous le titre « périodiques, littéraires et critiques des différents suivant : « Bibliographie paléographico-diploma- «pays; suivi d'un répertoire alphabétique géné- « tico-bibliologique générale, ou Répertoire sys- «ral, par P. Namur, docteur en philosophie et « tématique indiquant : 1° tous les ouvrages rela- «lettres, et second bibliothécaire à l'Université
«tifs à la paléographie, à la diplomatique, à l'his- «de Liége. »