SI. DES SIGNES DE CORRECTION
Les copistes les plus attentifs pouvaient commettre des erreurs qui les obli- L geaient à faire des suppressions, des additions et des transpositions de lettres ou de mots. De là différents signes de correction que nous allons indiquer rapidement.
On a déjà dit que les anciens copistes indiquaient les suppressions en marquant un point au-dessous des lettres inutiles: c'est ainsi que la première syllabe du mot dissentiunt se trouve annulée à la fin du quatrième fac-simile de la planche VIL. Quelquefois les points sont plus nombreux que les lettres à retrancher; quelquefois au contraire il y en a moins. Quoique l'usage le plus ordinaire fût
de les placer au-dessous de la ligne, on en rencontre qui se trouvent marqués en dessus. La suppression d’un mot s'indiquait encore par deux points dessus et dessous, ou par un point sous la première lettre et un autre sous la dernière, ou enfin en entourant de points tout ce qu'il fallait effacer. Les Bénédictins citent un manuscrit où la suppression de l’osindiquait par trois points disposés en forme de triangle au-dessus, à droite et à gauche de la lettre : les autres caractères étaient annulés au moyen de trois petits traits semblables à nos traits d'union. « Dans le manuscrit du Roi 152, disent les mêmes auteurs, on tire «de petites lignes sous les mots qu’on veut effacer. Le correcteur du manuscrit «1820 de la même bibliothèque ne se contente pas de tirer une ligne sous les «mots inutiles, il marque encore deux accents sur les polysyllabes et un sur les «monosyllabes. Les exponctions du manuscrit royal 107, du v° au vi° siècle, «consistent à barrer les lettres et à mettre en même temps un point sur cha- «cune. Dans plusieurs autres manuscrits fort anciens et dans quelques diplômes «de la seconde race de nos rois, on se contente de trancher les mauvaises «lettres par des lignes ou transversales ou perpendiculaires. » Ces deux signes de correction sont employés, l'un dans le mot singultibus (PI. IT, n° 1, quatrième ligne); l’autre dans le mot neptis (PL IV, n° 6, quatrième ligne). Enfin il existe des manuscrits où les lettres, les mots et même les passages que l'on doit supprimer, sont surmontés de deux petits crochets qui les enferment et qui ressemblent assez pour la forme et pour la position à l'esprit rude et à l'esprit doux des Grecs, mis en regard l'un de l'autre:
«Les deux points perpendiculaires, disent les Bénédictins, sont la marque «ordinaire d’un mot omis renvoyé à la marge ou en interligne. C'est ainsi que
«dans les Heures dé Charles le Chauve, quand un motest oublié, on le meten «marge avec deux points pour marque de renvoi. » Dans la quatrième ligne du fac-simile n° 6 de la planche IV, le mot est, qui avait été oublié, est suivi d'un seul pointet précédé d'un petit trait assez semblable au signe appelé obèle, c'est-àdire broche ou flèche. Le mot basilecae (PI. XI, n° 3, première ligne) est suivi d’un point qui annonce omission du mot sancti ajouté aussi en interligne. Les Bénédictins ont remarqué que les mots omis, au lieu d’être placés en interligne ou en marge, étaient rejetés au bout de la ligne avec deux points dans un manuscrit grec et latin des épitres de S. Paul, appartenant autrefois à l’abbaye Saint-Germain des Prés. Les deux points, au lieu d’être perpendiculaires, sont quelquefois placés horizontalement. On trouve aussi trois points en forme de triangle ou quatre points disposés en carré. Enfin on a employé, pour indiquer les omissions, quelques autres figures telles que l'astérisque , la croix, l'X avec un point marqué dans l'ouverture de chacun de ses angles, un signe semblable au chiffre 9 et placé entre deux points, l'accent aigu et la parenthèse également placés entre deux points, ou l'accent circonflexe renversé de droite à gauche ! et précédé d'un point unique.
L’astérisque et l’X cantonné de quatre points, qui servaient à indiquer les omissions, étaient aussi employés comme marques de transposition. Ces figures étaient quelquefois suivies de l'obèle. En tête des vers dont l’ordre doit être changé, on trouve souvent l'anti-sigma ou D renversé. Quelquefois les transpositions s'indiquent par un tiret (—) surmonté de deux points horizontaux. « Dans «le manuscrit 2235 de la Bibliothèque du Roï, disent les Bénédictins, quand «on avertit de remettre un mot devant l’autre, on tire deux parallèles — sur «celui qui doit être le second, et une sur celui qui doit être le premier. »