IT. DES SIGNES DESTINÉS A FACILITER LA LECTURE D'UN TEXTE
Nous avons déjà eu occasion de parler des y pointés et des ï accentués. Ces signes accessoires permettaient de ne pas confondre, d'une part le v et lu avec ly, de l’autre li et le double 1 avec les jambages dont se composent les lettres m, n et u. Mais les points et les accents servirent aussi à d'autres usages. « Wanleï, «disent les Bénédictins, cite un psautier de Lambeth où la mesure des chants «sacrés est exprimée par des points; au lieu que dans les anciens manuscrits On «emploie des lettres, et dans ceux qui sont plus récents on se sert de notes mu-
1 Dans cette position, l'accent circonflexe ne la droite ( <), tantôt vers la gauche (>>). La prediffère pas de la figure nommée diple, que l'on mière de ces deux figures s'appelle aussi antireprésente sous l'aspect d'un V couché tantôt vers lambda.
PARTIE TI CHAPITRE" VI. 697 «sicales.» Les accents ont été employés de la même manière. Ils servent aussi à distinguer les syllabes longues et brèves, les différents cas d’un même mot, les adverbes, les homonymes. Les Bénédictins ont remarqué, dans le manuscrit 862 de Saint-Germain des Prés, un accent aigu sur os (oris) pour le distinguer d'os (ossis). Is ont vu le même signe sur le premier e du mot eadem, au nominatif, dans un manuscrit du vi au 1x° siècle. Si les copistes avaient employé régulièrement ces accents toniques, on pourrait y trouver des notions curieuses sur la prononciation des anciens; mais ces signes ne se retrouvent pas toujours sur le même mot, et souvent on ne peut deviner pourquoi ils affectent certaines lettres. Nous avons fait remarquer, dans un des chapitres précédents, l'emploi d'un de ces accents sur le mot Seon (PI. VI, n° 1, deuxième ligne); ajoutons qu'ils servent souvent à indiquer qu’une lettre doit être redoublée. «Sic et ubi litteræ consonantes geminabantur, sicilicum superponebant, ut cserra, sella, asseres (séla, sèra, àseres). Veteres enim non duplicabant litteras, «sed supra sicilicos apponebant : quà notà admonebatur lector geminandam cesse litteram. Et sicilicus, quia in Siciliâ inventus est primo. » (S. Isibore, Origin. L. I, CG. 26; cité par les Bénédictins, t. IT, p. 481.)
Dès le milieu du 1x° siècle, on trouve quelquefois à la fin des lignes des traits d'union qui indiquent qu’un mot n’est pas complet. Il arrive aussi que ce trait d'union est remplacé par une virgule placée au commencement de la ligne suivante et qui précède la seconde moitié du mot. On peut voir, dans le dernier fac-simile de la planche XVIT, que la troisième ligne se termine par un double trait d'union. La direction de ce signe a été horizontale, oblique et souvent presque verticale. Plusieurs copistes, même au xv° siècle, n'en faisaient point usage, et les premiers imprimeurs n’ont pas suivi non plus à cet égard de système uniforme. Dans les plus anciens manuscrits, quand la place manquait pour terminer un mot, on écrivait souvent la fin de ce mot au-dessous de la ligne en l’entourant d’un trait auquel les Bénédictins donnent le nom de circonduction. La même chose avait lieu pour des mots entiers, et cet usage n’a pas cessé d’être pratiqué, comme le prouve le second fac-simile de la planche IX (voyez le mot Plancy à la fin de la deuxième ligne). L'abus de ces transpositions a même été poussé fort loin par les écrivains des temps gothiques : on peut voir, dans le premier fac-simile de la même planche, que les derniers mots de la cinquième ligne de la seconde colonne sont reportés à la fin de la troisième ligne. «Au «lieu de circonduction, disent les Bénédictins, on se sert de trois moyens dans «le célèbre psautier de S. Germain, évêque de Paris, dans le S. Prudence et «le S. Prosper de la Bibliothèque du Roi, quand on ne veut pas porter les «mots d'une ligne à l’autre. Le premier moyen est d'employer l’abréviation
«qui n'opère guère que des retranchements des lettres M, N. Le second est la «conjonction des lettres'!, comme Æ, soit à la fin ou un peu avant la fin de «la ligne. Le troisième est la diminution des lettres ? à la fin ou un peu plus «haut. Elle va quelquefois jusqu'à faire des lettres minuscules au lieu de capi- «tales ou d'onciales. Il n’est pourtant pas rare, dans ces manuscrits, qu'on «rejette des portions de mots à la ligne suivante, même sans nécessité. Les «très-anciens livres, où les mots sont portés d’une ligne ou d'une page à l'autre, «sont plus nombreux qu'on ne pense. Nous avons vu en plusieurs autres des «mots ou des demi-mots mis au bas de la page, au-dessous du dernier mot de «la ligne, ou même portés au-dessus de la ligne sans accolade ?. »
Lorsque le mot qui n'a pu trouver place à la fin de la dernière ligne d'une page se trouve écrit au-dessous de cette ligne, on pourraitle prendre pour une réclame; mais il en diffère essentiellement. En effet, pour qu’un mot marqué au-dessous de la dernière ligne d'une page soit une réclame, il faut que cette page soit la dernière d’un cahier, et que le mot soit répété au commencement de la première ligne du cahier suivant. Une réclame sert donc seulement à indiquer la suite des cahiers dont se compose un manuscrit. L'usage des réclames proprement dites ne remonte pas, selon les Bénédictins, plus haut que le xr‘ siècle, tandis que, dans des manuscrits beaucoup plus anciens, on trouve des mots ajoutés au-dessous de la dernière ligne d’une page; mais cette page peut ne pas être la dernière d'un cahier, et d’ailleurs le mot rejeté au-dessous de la ligne n'est pas répété à la page suivante. L'usage des réclames devint ordinaire vers le xiv° siécle; elles furent souvent accompagnées d'ornements plus ou moins recherchés. Les Bénédictins font aussi remarquer qu'à compter du xm° siècle elles sont en général placées au plus bas de la page, à moins qu'elles ne soient écrites perpendiculairement. Souvent elles se composent de plusieurs mots. Des manuscrits, les réclames ont passé dans les livres imprimés, où elles étaient encore en usage pendant le siècle dernier.
Quand les réclames étaient exactement marquées dans un manuscrit, les écrivains s'abstenaient en général d'y mettre des signatures. En termes d'imprimerie, la signature est une lettre ou un chiffre que l’on met au bas de la pre-
! Voyez la conjonction de JU et de FS à la fin nion pour joindre entre elles les différentes pardu premier fac-simile de la planche II. ties d'un mot composé. « L'accent que les Grecs
2 Voyez les mots corporis ægri à la fin du troi- «appellent hyphen et les Hébreux macaph, disent sième vers dans le quatrième fac -simile de la «les Bénédictins, est un trait ou tiret qui unit planche IL. C'est évidemment pour diminuer la «deux mots, comme semper-florentis ou arc-enlongueur de la ligne que l'e à cédille a été substi- «ciel. » Ce signe a été représenté par un croissant tué à l'Æ dans le mot ægri. dont les cornes sont tournées tantôt vers le haut,
5 Les anciens ont aussi fait usage du trait d’u- tantôt vers le bas de la ligne.