‹ Éléments de paléographieChapitre 492 sur 492 · PARTIE III — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE III — CHAPITRE VI

constance semble prouver qu'il se passa de longues années avant que la théorie du calcul décimal fût connue de tous les écrivains. «Ces chiffres, disent les «mêmes auteurs, n'ont jamais été admis dans les diplômes. Néanmoins, M. l'abbé « de Godwic ne les exclut pas de tous les actes donnés depuis le milieu du x «siècle jusqu'au xvr°. Nous pouvons assurer que s'il existe quelque acte anté- «rieur au x1v° où nos chiffres arabiques soient employés, cest un phénomène «des plus rares. Cependant, comme les anciens notaires usaient d’abréviations «surtout dans leurs minutes, nous ne voudrions pas nier qu'ils n'aient fait «quelque usage de ces chiffres dans leurs écritures dès les xiv° et xv° siècles. » Nous avons eu occasion, en eflet, de rencontrer des chiffres arabes dans une des signatures appostes au bas d'un acte dressé à l'occasion de l'hommage rendu à Charles le Bel, pour le duché d'Aquitaine et le comté de Ponthieu, par Édouard, fils aîné d'Édouard IE, roi d'Angleterre. (Archives du Royaume. Section listorique. J. 634.) Get acte est du 14 septembre 1325. Il en existe deux expéditions parfaitement semblables et certifiées par trois notaires. La signature du troisième est ainsi conçue : G. Julioci de Cluniaco clericus anno Domint 1303. Cette date en chiffres arabes n'étant pas celle de l'acte, semble devoir s'entendre de l'époque où le signataire avait été reçu clerc. Comme les notaires ont toujours aimé les signatures extraordinaires, on ne doit pas s'étonner que lun d'eux ait eu l’idée d'encadrer dans son parafe une date exprimée au moyen de signes dont l'usage était alors peu répandu.

Les recherches faites dans les différentes parties de l'Europe sur l'époque de l'introduction des chiffres arabes ne contredisent en rien les faits signalés par les Bénédictins. En écartant les allégations plus que hasardées de certains auteurs, on voit qu'en Angleterre le monument le plus ancien qui constate l'emploi des chiffres vulgaires est une inscripuüon de l'an 1233. On les trouve ensuite dans un manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne de l'an 1292. En Allemagne, Venzelius a signalé un manuscrit de l'an 1268 renfermant un calendrier en chiffres arabes; les Bénédictins parlent d'un manuscrit italien où ces caractères sont employés à marquer lan 1245. On peut supposer que les Espagnols les ont connus avant les autres peuples de l'Europe, mais rien ne le prouve d'une manière positive, et don Nassare, qui prétend en avoir découvert dans des inscriptions du v°et du vi‘siècle, a pris pour des chiffres des caractères romains et des notes tironiennes. Le seul fait qui paraisse bien constaté, c'est qu'Alphonse X, reconnu roi de Castille et de Léon en 12 59, contribua beäucoup par ses tables astronomiques à répandre la connaissance des chiffres vulgaires.

Quoiqu'ilsoit presque généralementreconnu aujourd'hui que lecalcul décimal est venu des Indiens, on n'est pas d'accord sur l'origine des figures par lesquelles

on représente les différentes combinaisons de ce calcul. Plusieurs auteurs ont signalé les rapports qui existent entre la forme de nos chiffres vulgaires et'quelques-unes des lettres employées, soit par les Grecs, soit par les Romains, soit par les peuples du Nord. «M. Vachter, disent les Bénédictins, s'est frayé une «autre route pour découvrir l'origine de nos chiffres vulgaires. Il prétend qu'on « doit la chercher, comme celle des chiffres romains, dans la diverse combinaison «des doigts; qu'ainsi l'unité ayant été trouvée dans le doigt debout, on a répété et «varié cette figure d'où sont venus ces caractères — pour deux, —=pour trois, etc., «et avec le temps on a formé 2, 3, qui répondent à ces combinaisons de doigts. « Cette conjecture relativement aux figures numérales des Grecs et des Romains «se trouve dans la méthode de Port-Royal et dans une multitude d'autres «livres, mais l'application qu'on en fait aux chiffres arabes est toute neuve. « Malheureusement elle n’est pas moins forcée que destituée de preuves solides. » Dom Calmet trouve l'origine de nos chiffres arabes dans les notes tironiennes; selon les Bénédictins, il faudrait plutôt la chercher dans nos anciennes écritures minuscules et cursives. Enfin ces différents systèmes sont contredits par l'opinion de plusieurs savants, qui pensent qu'en adoptant le calcul décimal, les Européens ont aussi imité la forme des chiffres que les Arabes avaient reçus des Indiens. Pour résoudre cette question, il faudrait avoir plusieurs manuscrits renfermant des chiffres vulgaires tels qu'ils étaient employés en Europe pendant le cours du xr siècle, et les comparer avec les chiffres dont se servaient alors les Indiens et les Arabes.

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