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POLYPES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE

regardent, à tort, comme dangereuses ; mais il faut surtout ne pas hésiter, si cela devient nécessaire, à pratiquer l'incision.

3° Polypes.

Les auteurs anciens comprenaient sous le nom de polype toute production morbide, pédiculée, prenant naissance dans une cavité pourvue d'une muqueuse. D'après cette définition, l'oreille moyenne pourrait être seule le siège de polypes; il est vrai qu'ils se développent souvent dans cette cavité, mais on en rencontre aussi qui prennent leur insertion sur les parois du conduit auditif ou sur la face externe de la membrane du tympan.

Ces polypes succèdent à une otite externe, à une myringite chronique, à une otite interne, surtout lorsque ces inflammations ont été suivies de suppurations prolongées.

Ils siègent, en général, au voisinage de la membrane du tympan ; leurs dimensions sont variables; les uns ne dépassent pas le volume d'une tête d'épingle ; d'autres remplissent le conduit auditif, et, dans certains cas, font saillie au dehors. Leur pédicule, souvent très-mince, est parfois aussi large que la masse elle-même du polype. Au point de vue de leur structure, on les divise en muqueux, fibreux et sarcomateux.

Les polypes muqueux sont les plus communs. Leur structure est analogue à celle des polypes muqueux des fosses nasales. Ils sont constitués par un tissu conjonctif contenant des noyaux embryoplastiques et des cellules fusiformes, infiltré de mucine, présentant à sa surface des papilles hypertrophiées, allongées, recouvert d'un épithélium généralement cylindrique à la base de la tumeur et pavimenteux à son extrémité saillante. Les vaisseaux y sont nombreux, dilatés et à parois très-minces. On y rencontre des glandes en tubes et des kystes remplis d'un liquide muqueux.

Les polypes fibreux, plus rares, prendraient naissance, suivant Stendener, dans la couche périostique du conduit; ils sont formés par du tissu conjonctif à nombreux prolongements s'anastomosant entre eux, et recouvert par plusieurs couches d'épithélium pavimenteux; les vaisseaux peu nombreux y sont développés, et l'on n'y observe ni kystes, ni glandes en tubes. Klotz prétend y avoir rencontré des éléments osseux ou calcaires.

Les polypes sarcomateux présentent généralement les caractères anatomiques des fibro-sarcomes ; ils sont limités extérieurement par une couche d'épithélium pavimenteux stratifié à cellules crénelées, engrenées et subissant à la périphérie la transformation épidermique, et ils sont constitués d'une manière générale par du tissu conjonctif

kk AFFECTIONS DE L'APPAREIL DE L'OUÏE.

présentant de nombreuses cellules plates et du tissu embryonnaire. Tels sont en effet les caractères observés par M. Renaut sur une tumeur de ce genre, qui avait été extraite par M. Cusco et qui présentait, en outre, ceci de particulier qu'on y rencontrait de nombreuses cavités arrondies et tapissées d'épithélium cylindrique à cils vibratiles. Ces cavités kystiques étaient plus grandes à la périphérie qu'au centre, leur processus paraissait avoir beaucoup d'analogie avec celui des kystes prolifères (Archives de physiologie, he année).

Il ne faut pas confondre avec les polypes certaines fongosités ou granulations présentant extérieurement les mêmes caractères, mais différentes par leur structure. Elles sont dépourvues de couche épithéliale et sont uniquement constituées par une substance granuleuse, circonscrite entre des fibres lamineuses entrecroisées en tous sens.

Les polypes du conduit auditif externe sont facilement appréciables à la vue dès le début de leur développement. En examinant méthodiquement l'oreille, on aperçoit une tumeur plus ou moins volumineuse, rosée ou môme rouge; cette tumeur est molle et saigne au moindre contact. Son développement est souvent précédé et toujours accompagné d'une olorrhée plus ou moins abondante.

Le pus qui s'écoule est fétide, strié de sang; on constate parfois de véritables otorrhagies. Rossi dit avoir observé une malade atteinte d'un polype, chez laquelle il se faisait par l'oreille des hémorrhagies supplémentaires des règles. Les malades éprouvent une douleur assez vive au fond de l'oreille, augmentée surtout par la mastication et la toux. Enfin, les polypes de l'oreille donnent lieu à des troubles de l'ouïe et provoquent souvent des phénomènes nerveux tels que vertiges, syncopes, vomissements, névralgies et paralysies partielles.

Le diagnostic des polypes qui s'insèrent dans le conduit auditif externe n'offre pas de difficultés ; tout au plus pourrait-on les confondre, au début, avec des granulations ou des fongosités. Cette confusion ne présenterait aucun inconvénient.

Les tumeurs cancéreuses s'en distinguent par leur rareté, leur mode d'implantation qui n'a pas lieu dans le voisinage du tympan, leur coloration plus foncée, leur consistance moindre que celle des polypes fibreux, l'écoulement ichoreux qui les accompagne, la présence de ganglions et la cachexie.

Le prolongement d'un fongus de la dure-mère dans le conduit auditif ne saurait davantage être confondu avec un polype; il s'accompagne de symptômes généraux que nous avons fait connaître (voy, t. III, p. 6U).

POLYrES DU CONDUIT AUDITIF EXTENE. [\5

La marche de ces polypes est variable; tantôt ils acquièrent en peu de temps un volume considérable, tantôt leur complète évolution exige des années entières.

On a vu, dans quelques cas, le polype se détacher de lui-même à la suite d'injections; mais cette heureuse terminaison est exceptionnelle.

Le pronostic n'est pas sans gravité. La suppuration en se prolongeant peut donner lieu à des accidents sérieux ; cependant, les polypes du conduit auditif sont bien moins dangereux que ceux de l'oreille moyenne.

Traitement. — Le traitement varie suivant les dimensions du polype. S'il est très-petit, la cautérisation suffît pour le détruire.

Pour peu qu'il ait acquis un certain développement, le seul traitement applicable est Fablation, au moyen de l'excision , de l'arrachement, de la ligature ou de l'écrasement.

L 'excision ne peut être appliquée que dans les cas où le polype est implanté près de l'orifice du méat, par un pédicule étroit et facile à saisira l'aide de pinces. La difficulté de manœuvrer dans le conduit auditif avec un instrument tranchant rend difficile l'emploi de cette méthode.

L'arrachement expose à des hémorrhagies et à des désordres graves, tels que l'arrachement de la paroi du

conduit ou de la membrane du tympan elle-même. Il doit donc être abandonné.

La ligature (voy. fig. 25) peut être employée, mais uniquement pour les polypes muqueux. Elle se pratique facilement à l'aide du serrenœud imaginé par le docteur Cintrât. Cet instrument se compose : 1° D'une aiguille creuse du volume d'un stylet ordinaire et divisée suivant sa longueur en deux tubes ; 2° D'une aiguille creuse formant enveloppe comme la canule qui recouvre la lame des trocarts. On fait passer par les tubes de la première aiguille un fil de fer fin que l'on place à cheval sur l'extrémité effilée et dont on fixe les deux

Fig. 25.

Cette figure est destinée à montrer la manière de saisir et de lier un polype du conduit auditif externe à l'aide du lien métallique et du serre-nœud.

bouts sur un bouton qui glisse sur l'aiguille et se trouve retenu là où l'on désire l'arrêter par un petit ressort qui s'engage entre les dents d'une crémaillère. Une fois le fil tendu, on pousse le bouton et on fait sortir de la première aiguille une anse de fil de la dimension voulue. Puis on passe par-dessus la seconde aiguille-enveloppe, et Ton arrondit l'anse de fil de manière à entourer le polype en se servant de l'érigne comme pour le polypotome. Une fois l'anse de fil bien placée, on fait remonter le bouton, qui retire le fil et serre la tumeur. Gela fait, on fait tourner la première aiguille dans la seconde

jusqu'à ce que le fil se rompe, et la ligature se trouve faite très -solidement.

1? écrasement, au moyen de polypotomes, est, sans contredit, le meilleur moyen d'ablation des polypes de l'oreille.

Le polypotome de Wilde se compose d'une tige métallique recourbée à sa partie moyenne de façon que la vue ne soit pas gênée par la main de l'opérateur. Cette tige, arrondie dans sa moitié supérieure , carrée dans l'autre moitié, est terminée inférieurement par un anneau destiné à recevoir le pouce. Elle présente, dans sa longueur, une rainure où glisse une tige transversale autour de laquelle s'enroule le fil formant une anse. L'index et le médius étant placés sur cette tige transversale, il suffit de rapprocher ces deux doigts du pouce placé dans l'anneau pour sectionner la tumeur.

L'écraseur de M. G. Desarènes (voy.

fig. 26) est construit sur le même principe ; mais il se termine inférieurement par une vis qui permet d'agir lentement, régulièrement et de disposer en même temps d'une force plus considérable. Quand on doit extraire un fibrome d'une grande dureté, il faut avoir soin de mettre deux fils de fer enroulés l'un sur l'autre.

M. Em. Ménière ayant reconnu la difficulté qu'on éprouve pour atteindre le polype, à cause de la rigidité de la tige métallique du serre-nœud ordinaire, a eu l'heureuse idée d'apporter à cet instrument la modification suivante : la partie x z de la tige (voy. fig. 27)

Fig, 26. — Serre-nœud de M. G. De sarènes.

FiG. 27.

Serre-nœud de M. Em, Menière.

TUMEURS SÉBACÉES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. kl

est en argent, de telle sorte que le chirurgien peut, à son gré, lui donner une courbure quelconque, suivant la position qu'occupe la tumeur.

Une fois le polype enlevé, il importe f^^=^^ de cautériser à plusieurs reprises la sur- L ^j**8^

face d'implantation.

4° Tumeurs sébacées.

Les tumeurs sébacées du conduit auditif sont très-rares. Toynbee, qui les a particulièrement étudiées, en a réuni une vingtaine d'exemples ; de notre côté, nous en avons observé quelques cas.

Ces tumeurs s'observent généralement dans un âge avancé.

Anatomiquement, elles sont constituées, comme les kystes, par une matière sébacée que circonscrit une membrane d'enveloppe distincte On voit au microscope, que cette matière est mélangée à des cellules épidermiques; la membrane d'enveloppe est formée de tissu aréolaire et de tissu fibreux.

Pour bien les apercevoir, il faut porter en haut et en arrière le pavillon de l'oreille et faire écarter le tragus, comme l'indique la figure ci-contre (fig. 28).

Elles naissent dans toutes les parties du conduit auditif et présentent ceci de particulier, dans leur développement, qu'elles font saillie à l'extérieur et envahissent en même temps les tissus sous-jacents. Elles peuvent arriver ainsi à déterminer la résorption des parois osseuses. Elles s'étendent à la fois du côté du pavillon et du côté de la membrane du tym-

Fig. 28. — Tumeur sébacée du conduit auditif externe. (De notre collection.)

US AFFECTIONS DE l'aTPAREIL DE L'OUÏE.

pan qu'elles refoulent, perforent ou détruisent. Elles sont susceptibles d'acquérir le volume d'une grosse noisette et déterminent alors une dilatation plus ou moins considérable du conduit auditif.

Ces tumeurs se présentent sous la forme d'une masse blanchâtre, d'un aspect caséeux et située au-dessous de la couche cutanée. Elles s'accompagnent généralement d'un écoulement de pus très-fétide, ne donnent lieu à aucune douleur et n'apportent qu'un peu de gêne dans l'audition par suite de l'obstruction incomplète du conduit.

Elles pourraient être confondues avec des amas de muco-pus mélangé à des lamelles épidermiques.

Le pronostic peut être assez grave lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes, pour qu'elles entraînent une résorption osseuse et même une perforation crânienne.

L'extirpation est le seul mode de traitement qui leur soit applicable. Elle consiste non-seulement dans l'incision de la poche, mais aussi dans l'arrachement de la membrane d'enveloppe, afin d'éviter toute récidive. Chez le malade dont l'oreille est représentée ci-contre (fig. 28), nous avons eu recours à l'écrasement linéaire. Dans le cas où la tumeur est ulcérée, on se contente de faire de fréquents lavages et de cautériser la surface interne de la poche.

5° Exostoses.

Les exosloses du conduit auditif sont le plus souvent congénitales. Suivant Toynbee, elles peuvent avoir une origine goutteuse ou rhumatismale; nous en avons vu aussi d'origine syphilitique. Elles paraissent plus fréquentes chez les hommes.

Uniques ou multiples, ces exostoses naissent indistinctement sur les deux parois du conduit. Elles sont constituées par du tissu compacte et leur insertion se fait par une large base.

Elles sont dures, arrondies, mamelonnées à leur surface; la peau qui les recouvre est rosée. Généralement indolentes, plus rarement donnant lieu à des douleurs vives et s'irradiant dans toute la tête, elles entraînent toujours un certain degré de surdité.

Leur dureté osseuse permet de les reconnaître et de les distinguer des autres tumeurs.

Leur marche est très-lente.

Le traitement varie suivant qu'elles obstruent complètement ou non le conduit auditif. Dans ce dernier cas, il suffit, pour rétablir l'audition, de dilater le canal avec des tiges de laminaria digitata. Lorsque celui-ci est complètement obstrué, l'ablation de l'exostose estleseu moyen de faire disparaître la surdité.

CORrS ÉTRANGERS DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE.

6° Corps étrangers.

Étiologie. — Les corps étrangers du conduit auditif externe sont de deux sortes: ils viennent du dehors, ou ils se développent spontanément dans le conduit. Nous ne nous occuperons ici que des premiers, les autres devant être l'objet d'un chapitre spécial. (Voy. Accumulation du cérumen dans le conduit auditif externe, p. 52.)

Les corps étrangers venus du dehors varient par leur nature, leur forme, leur volume, leur poids, leur eonsistance. Les uns sont animés, tels que mouches, puces, perce-oreilles; les autres inanimés. Ces derniers se rencontrent souvent chez les enfants qui se font un jeu de se les introduire. Ils présentent un grand nombre de variétés, suivant qu'ils sont plus ou moins volumineux, lisses ou rugueux, durs ou mous, liquides ou pulvérulents. C'est ainsi qu'on observe dans le conduit auditif des noyaux de cerises, des perles, de petits cailloux, des coquillages, des morceaux de verre, des pois, des haricots, du coton, du papier, du sable, de la poudre, etc.

Anatomie pathologique. — Les lésions qui résultent de la présence de ces corps étrangers diffèrent suivant ces variétés.

Les animaux qui s'introduisent dans le conduit auditif donnent lieu, par suite des mouvements qu'ils exécutent, à une vive inflammation, lèsent à la fois plusieurs parties du conduit et la membrane du tympan. Il n'est pas rare de voir des mouches introduites dans l'oreille y déposer des œufs; et ceux-ci, en se développant, reproduire plus tard les mêmes lésions. Bonnithon dit avoir extrait du conduit auditif d'un enfant de six ans une dizaine de petits vers blancs provenant de la mouche désignée sous le nom de Musca vomitoria.

Parmi les corps inanimés, les uns augmentent la sécrétion du cérumen qui s'accumule autour d'eux; d'autres donnent lieu à une suppuration qui peut amener la perforation du tympan, s'étendre aux cellules mastoïdiennes et jusque dans la cavité crânienne; ceux qui présentent des aspérités érodent les parois du conduit auditif, déterminent des fongosités qui peuvent les masquer, et entraînent des hémorrhagies.

Symptomatologie. — Les symptômes sont variables : quelquefois ils passent inaperçus ou n'apparaissent qu'à une époque éloignée de l'introduction du corps étranger. Larrey vit un militaire qui avait conservé pendant dix ans un corps étranger dans l'oreille sans éprouver le moindre accident, lorsqu'à ce moment apparut une otite purulente.

Le plus souvent, au début, on observe une sensation de gêne, de douleur dans le conduit auditif, des bourdonnements et un certain degré de surdité, bientôt suivis, en général, des symptômes habituels de l'otite externe aiguë; il est des cas cependant où celîe-ci peut faire complètement défaut. D'autres fois on observe des douleurs intenses, s'irradiant dans toute la tête, présentant des exacerbations pendant la nuit, s'accompagnant de fièvre et de troubles réflexes plus ou moins graves, tels que céphalalgie persistante, salivation abondante, vomissements, engourdissement cérébral, vertiges, convulsions, paralysies. Fabrice de Hilden rapporte l'observation d'une jeune fille qui, à la suite de l'introduction d'un morceau de verre dans l'oreille, fut prise d'une toux sèche, vit ses règles s'arrêter, présenta des convulsions épileptiformes, devint hémiplégique, et conserva une atrophie du bras gauche.

Enfin, dans certains cas, on a vu survenir des accidents méningitiques ayant entraîné la mort des malades. Sabatier, Larrey, Ghampouillon, entre autres, en ont rapporté des exemples.

Pour reconnaître la présence d'un corps étranger dans l'oreille , il faut soulever le pavillon en haut et en arrière, bien éclairer le conduit, n'introduire le spéculum que dans le cas où ce premier examen ne donnerait aucun résultat, et se garder surtout d'explorer l'oreille avec un stylet, dans la crainte d'enfoncer davantage le corps étranger et de rendre son extraction plus difficile.

Il est aisé de découvrir un corps étranger récemment introduit dans le conduit auditif et n'ayant pas encore déterminé d'inflammation ; mais lorsque celle-ci s'est déclarée et a été exaspérée par des manœuvres imprudentes, le gonflement peut être assez considérable pour gêner l'exploration et la rendre même impossible. Il faut alors attendre avant de procéder à de nouvelles recherches.

Diagnostic. — Il est rare de confondre un corps étranger avec une tumeur du conduit auditif. Cependant M. Gosselin dit avoir commis cette erreur: les commémoratifs l'ayant porté à croire que les accidents étaient dus à la présence d'un corps étranger, il fit sans résultat des tentatives d'extraction et reconnut plus tard qu'il s'agissait d'une exostose éburnée.

Pronostic. — Marche. — Terminaison. — Le pronostic ne présente aucune gravité quand le corps étranger est reconnu et extrait peu de temps après son introduction. Mais lorsqu'il séjourne depuis longtemps dans l'oreille, il peut donner lieu aux lésions et aux accidents dont nous avons parlé.

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