‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 2)Chapitre 2 sur 118 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Nélaton, n'étant encore qu'agrégé à la Faculté et n'ayant pu donner la mesure de ses aptitudes professorales qui devaient le grandir si rapidement plus tard, avait néanmoins acquis déjà, dans les services successifs qu'il avait occupés à l'hôpital Saint-Louis et à l'hôpital Saint-Antoine, la réputation légitime d'un chirurgien expérimenté, d'un opérateur habile et surtout d'un clinicien plein de sagacité.

Yoici comment s'exprimait quelque temps après sur la valeur de cette œuvre un critique aussi compétent en clinique qu'habile à manier la plume. Il s'agissait d'apprécier l'ouvrage au point de vue de son titre même, qui semblait impliquer l'idée d'un de ces résumés sans choix ni critique, destinés à donner à des élèves une notion sommaire de chacun des sujets qui y sont traités. « Aucun de ceux qui le connaissent, dit le critique, n'aurait pu prêter à M. Nélaton une pareille pensée : faire un livre profitable à tous, c'est ce qu'exprime le mot élément, et cette intention, modestement annoncée en tête d'une publication aussi considérable de toutes manières que l'est celle-ci, doit d'abord attirer l'attention. » Et le critique, en signalant, dans cet ouvrage, l'absence de ces redites fastidieuses, de ces théories surannées cent fois répétées, de ces banalités historiques qui se retrouvent à peu près invariablement dans chaque publication classique nouvelle, félicite l'auteur de ces lacunes volontaires qui lui ont permis de donner à chaque chose utile la place qui lui convient.

Une autre remarque du critique aide à comprendre comment l'auteur a pu rester élémentaire au point de vue des proportions du livre, tout en demeurant, au fond, aussi complet qu'aucun de ses devanciers. Il en trouve le secret dans la concision de la rédaction et dans la sobriété du style, dépourvu de toute emphase et de toute prétention, a Qu'on n'y cherche, dit-il, ni tirades obligées, ni morceau à effet; les moyens sont à la hauteur du but; jamais de développements oratoires; chaque mot porte un sens, chaque phrase une idée. Le lecteur y trouve un guide qui lui présente la vérité dans sa nudité classique. » Et plus loin il ajoute : « Si la critique consent parfois à renier toute personnalité pour des œuvres de pure compilation, à les faire comparaître devant le lecteur par simple voie d'échantillon, elle ne saurait accepter ce rôle quand elle rencontre à chaque page la trace de méditations scrupuleuses, quand l'intervention continuelle d'un esprit qui ne se contente pas du jugement des autres stimule, par réciprocité, son instinct d'appréciation et de contrôle. »

INTRODUCTION. vil

Si de cette partie du jugement, qui porte principalement sur la forme et la contexture du livre, nous passions à celle qui touche au fend, nous verrions son auteur poursuivant l'analyse de ce livre, chapitre par chapitre, s'arrêter à chaque instant et faire ressortir aux yeux du lecteur l'équité et lajustice de toutes les appréciations et de tous les jugements de M. Nélaton sur chacun des sujets qu'il traite. Aussi résume-t-il ainsi sa propre appréciation générale : « Ce caractère froid, mais positif, qui prend tout au sérieux, dont le sens intelligent renonce souvent au charme de la diction, résiste à l'occasion de lancer un trait pour rester calme et grave dans ses attributions d'arbitre, fait l'un des principaux mérites du livre. »

Telle était l'opinion d'un des juges les plus compétents sur les premiers volumes de l'œuvre de Nélaton, alors que le jugement ne pouvait être ni suspecté de flatterie, ni ébloui, ni influencé parle prestige d'une réputation et d'une situation qui n'étaient encore qu'en germe.

Si, à plus de douze ans de distance, on rapproche cette appréciation de celle qui a été faite après la publication des derniers volumes, on retrouve sinon le même langage, du moins le même esprit et la même impression générale. « Entouré dès son début, de la popularité la plus flatteuse et la mieux justifiée, dit ce second juge, placé immédiatement au premier rang de nos livres classiques par le suffrage de tous les hommes compétents, l'ouvrage de M. Nélaton avait subi des retards qui provoquaient l'impatience des élèves, la valeur de ce qui avait paru leur donnant la mesure de ce qui restait à paraître. »

Il s'était passé dans cet intervalle un fait important dans l'histoire de cet ouvrage. Il fallait suffire à la fois à un enseignement non interrompu et dont le succès même augmentait les charges, aux exigences toujours croissantes d'une pratique qui s'étendait de plus en plus tous les jours et satisfaire la légitime impatience d'un public alléché par le commencement de l'œuvre; tâche d'autant plus difficile que, l'activité chirurgicale prodigieuse de cette époque accumulant incessamment les faits nouveaux; que, les discussions scientifiques entraînant souvent après elles des changements dans les vues et les théories et ouvrant parfois des horizons nouveaux aux recherches, il en résultait l'obligation, rien que pour se tenir au courant du mouvement scientifique, d'un labeur déjà considérable par lui-même et difficile à concilier avec de si nombreux devoirs. C'est ce qui détermina M. Nélaton à s'associer

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