II. — Affections inflammatoires (Otite interne
Sous ce nom, quelques auteurs ont confondu l'affection qu'on appelle maladie de Menière et une autre forme d'otite décrite pour la première fois par Voltolini, désignée sous le nom à'otite labyrinthique. Nous allons décrire chacune de ces affections.
Maladie de Menière.
Paul Menière, le premier, a fait connaître cette maladie sous le titre de lésions de V oreille interne donnant lieu à des symptômes de congestion cérébrale apoplectiforme (Gazette médicale, 1861).
Cette affection apparaît quelquefois spontanément, sans cause appréciable, ou dans le cours d'une maladie grave, telle que l'érysipèle, les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, l'état puerpéral, etc. D'autres fois elle survient à la suite d'une insolation ou d'un traumatisme plus ou moins violent. Knapp l'a signalée dans le cours d'un accouchement difficile. Assez souvent on la voit succéder à une otite moyenne; dans quelques cas, enfin, elle se rattache à une diathèse syphilitique.
AFFECTIONS DE L'OiïEJLLE INTERNE. 105
Elle ii été localisée par P. Menière dans l'oreille interne. Dans la première autopsie qu'il put faire, il trouva une exsudation hémorrhagique dans les canaux demi-circulaires, quelque peu étendue au vestibule, nullement au limaçon. Dans d'autres cas où le rocher avait été fracturé par une violence extérieure, il trouva les deux labyrinthes fracturés, leurs cavités remplies de sang coagulé, mélangé à du pus, les parties membraneuses ramollies d'un côté, détruites de l'autre; dans un cas, non-seulement les canaux demi-circulaires, mais la caisse du tympan elle-même était remplie de sang; enfin, chez quelques malades, ces lésions coïncidaient avec les traces d'une méningite basilaire.
Nous verrons, en parlant de la symptomatologie, que l'un des phénomènes constants de la maladie de Menière consiste dans des troubles de l'équilibre. Or, la physiologie nous a appris que ces troubles ont souvent leur point de départ dans l'oreille interne : voici, en effet, ce que Flourens a démontré dans une série d'expériences célèbres que nous avons déjà rappelées ailleurs : Si le canal demi-circulaire horizontal est divisé d'un seul ou des deux côtés à la fois, la tête et souvent aussi le corps de l'animal sont animés de mouvements rotatoires de droite à gauche ou de gauche à droite; si l'on intéresse un seul canal vertical dé chaque côté, l'animal tend à tomber en avant ou en arrière et porte constamment sa tête en haut et en bas; si l'on divise plusieurs canaux demi-circulaires, l'animal exécute des mouvements désordonnés et semble atteint de vertiges. Si les canaux demi-circulaires osseux sont seuls divisés, sans que les canaux membraneux le soient, on n'observe plus ces mouvements anormaux. Enfin la destruction seule des canaux demi-circulaires n'entraîne pas la perte de l'ouïe; la destruction seule des limaçons entraîne la perte de l'ouïe, mais sans déterminer aucun trouble de l'équilibre.
Dans l'état actuel de la science, il est encore impossible de savoir de quelle nature est la maladie de Menière. On peut seulement supposer qu'elle a pour origine une rapide exsudation séreuse ou sanguine se produisant dans le labyrinthe consécutivement à une congestion ou à une inflammation des membranes qui tapissent l'oreille interne.
La maladie de Menière débute brusquement, sans prodromes, souvent même dans l'état de santé le plus satisfaisant; l'individu qui en est atteint ressent tout à coup des étourdissements, des tintements d'oreille, des vertiges ; il devient pâle, son visage se couvre d'une sueur froide •, il est pris de nausées et de vomissements, perd connaissance et tombe sans mouvements; d'autres fois, sans perdre connaissance, il titube et ne peut ni marcher, ni se tenir debout; il lui semble que tous les objets tournent autour de lui ; plus rarement enfin il tend à tourner lui-même toujours du même côté. Une seule
106 AFFECTIONS DE L'APPAREIL DE i/OUÏE.
fois P. Menière a constaté une contracture spasmodique des muscles de la face, suivie d'une hémiplégie passagère ; mais dans la plupart des cas on n'observe ni contractures, ni paralysies.
La durée de ces phénomènes varie de quelques minutes à plusieurs heures, parfois même à plusieurs jours ; puis ils disparaissent pour ne laisser après eux qu'une certaine tendance au vertige et une surdité rarement incomplète, quelquefois complète, avec des bourdonnements. Ces attaques se reproduisent à des intervalles variables et, chaque fois, après elles, la surdité devient plus complète, quand elle ne Test pas dès la première attaque, et les bourdonnements deviennent plus intenses.
Cette affection n'entraîne pas seulement la perte de l'ouïe, elle peut être suivie de mort.
Pour la combattre, on a vainement eu recours aux antiphlogistiques, aux révulsifs et à l'électricité.
Otite labyrinthique.
Sous le nom d'otite labyrinthique, Voltolini a décrit (récemment une forme particulière d'otite interne qu'on observe surtout chez les N enfants. Suivant lui, cette otite serait primitive, idiopathique, Suivant d'autres auteurs, elle serait le plus souvent consécutive à une méningite.
Les lésions anatomiques que l'on a trouvées après la mort sont l'hypérémie des labyrinthes ou une infiltration séreuse, sanguinolente ou même purulente. Ces lésions sont d'ailleurs peu connues; bien des auteurs considèrent cette maladie comme une méningite, et particulièrement comme une inflammation des ventricules qui se propagerait aux cavités labyrinthiques.
Cette affection offre des symptômes assez semblables à ceux de la méningite des enfants. Au début, on observe de la céphalalgie parfois accompagnée de vomissements, de la fièvre, une agitation violente et du délire; les enfants qui en sont affectés ne peuvent rester un instant en repos et ne cessent de pousser des cris pendant les deux ou trois premiers jours, puis survient un coma qui persiste plusieurs jours ; la connaissance revient, mais les malades ne peuvent marcher sans perdre l'équilibre, ni se tenir debout sans avoir des vertiges ; en outre, ils sont atteints d'une surdité qui persiste indéfiniment.
On voit, d'après ce qui précède, que cette affection peut être facilement confondue soit avec la maladie de Menière, soit avec une méningite. L'âge des malades la différencie de la maladie de Menière qu'on observe ordinairement chez l'adulte ; quant à la méningite, elle s'en
AFFECTIONS DE l/OREILLE INTERNE. 107
distingue par la terminaison, qui est autrement funeste que celle de l'otite labyrinthique.
Toutefois son pronostic n'est pas sans gravité, puisqu'elle entraîne généralement une surdité incurable.
Le traitement consiste simplement dans l'emploi des révulsifs.