III. — Affections diverses
Outre les inflammations dont nous venons de parler, l'oreille interne peut être le siège de lésions diverses, telles qu'ostéite, nécrose, exostoses, pour les parties osseuses, épaississement, atrophie, dégénérescences calcaire ou antre, pour les parties membraneuses, tumeurs sarcojyiateuses, dégénérescence amyloïde pour le nerf acoustique, etc. Toutes ces lésions se traduisent par des symptômes communs, l'otalgie, les bourdonnements et la surdité. Aussi est-il extrêmement difficile de les reconnaître pendant la vie, soit qu'elles naissent primitivement dans l'oreille interne ou qu'elles se développent consécutivement à des affections de l'oreille moyenne. Toutefois, on peut distinguer si la surdité dépend d'une affection de l'oreille moyenne ou d'une affection de l'oreille interne, en appliquant la montre sur les os du crâne; dans le premier cas, le malade perçoit encore des sons, ce qui n'a pas lieu pour les lésions de l'oreille interne. C'est aussi dans cette dernière ;qu'on localise le siège des surdités partielles, n'existant que pour certains tons.
ARTICLE X
de l'électricité.
\ Quelle que soit leur nature, les affections de l'oreille interne sont (l'une gravité d'autant plus grande que le traitement est presque touours inefficace. L'électricité, dont plusieurs auteurs ont trop vanté ï.es résultats en pareil cas, ne nous paraît pas avoir de sérieux avantages sur les autres modes de traitement. Cependant nous dirons, en fmelques mots, les procédés auxquels on a recours, pour l'appliquer l'une manière générale au traitement de ces affections. I Ce sont les courants continus auxquels il convient de recourir; [nais la situation profonde du nerf auditif empêche de les porter direcjement sur lui, et, comme il importe de s'en rapprocher le plus possible, les trois points sur lesquels les excitateurs doivent être portés ont la membrane du tympan, le promontoire et la trompe d'Eustache. | L'anatomie démontre, en effet, que le nerf auditif après sa naissance ilu bulbe en deux faisceaux, l'un antérieur, l'autre postérieur, se porte
dans le conduit auditif interne où il se divise en deux branches : une branche vestibulaire pour le vestibule, et une branche cochléenne pour le limaçon. La première donne trois rameaux qui pénètrent dans le labyrinthe osseux par les taches criblées et vont former les nerfs utriculaires, ampullaire supérieur, ampullaire externe, sacculaire et! ampullaire postérieur.
Pour porter les excitateurs le plus près possible de ces points, Duchenne (de Boulogne) se contente de remplir d'eau le conduit auditif externe, et faisant pencher la tête du malade, de diriger un excitateur (voy. fig. kl) sur le liquide pendant que l'autre est appliqué dans le voisinage de l'oreille ou sur l'oreille du côté opposé. M. Bonnafont porte l'un des rhéophores , à travers la membrane du tympan sur le promontoire, et l'autre dans l'intérieur même de la trompe d'Eustache.
L'aiguille dont il se sert pour conduire l'électricité sur le promontoire est isolée par une enveloppe de gomme élastique, ce qui permet de localiser l'effet du courant autour du promontoire. De même, le mandrin qui passe par la trompe d'Eustache est recouvert d'un fil de soie isolant.
Le traitement par l'électricité a été appliqué par nombre d'auteurs, à toutes les cophoses. Pour nous, il n'est applicable qu'aux surdités dues à la parésie ou à la paralysie du nerf acoustique et, même dans ces cas, les résultats obtenus n'ont pas toujours été aussi favorables qu'on pourrait le croire.
Fig. !i2. — Excitateur de l'oreille.
A. Stylet métallique. — B. Gaîne d'ivoire pour protéger le conduit auditif ( Duchenne , de Boulogne).
ARTICLE XI
DE QUELQUES TROUBLES FONCTIONNELS COMMUNS A UN GRAND NOMBRE DE MALADIES DE L'OREILLE.
Avant de terminer ce qui a trait aux affections de l'appareil de l'ouïe, nous passerons en revue certains symptômes communs à la plupart de ces affections, particulièrement Votalgie, les bourdonnements, les vertiges et la surdité. Nous terminerons par quelques mots sur la surdâ mutité.
AFFECTIONS DE L OREILLE JM'ERNE. 109
Otalgic.
Les douleurs qu'on désigne sous ce nom se montrent en même temps que des névralgies dentaires ou faciales, chez certains malades. Chez d'autres, elles accompagnent les otites externe ou moyenne. Enfin, d'autres fois, elles sont symptomatiques d'une otite interne cl quelques auteurs, qui pensent à tort que cette dernière ne donne lieu à aucune lésion anatomique, ont même voulu lui réserver spécialement le nom d'otalgie.
Quoi qu'il en soit, ces douleurs d'oreille varient suivant le siège de l'inflammation qui leur a donné naissance, et, pour ne parler que des maladies de l'oreille interne, nous ferons observer que l'otalgie, dans ces cas, apparaît généralement tout a coup, vive, lancinante, intermittente, s'irradiant dans les régions voisines, et qu'elle s'accompagne de larmoiement et presque toujours de bourdonnements et de surdité.
Le traitement consiste à combattre la maladie qui lui a donné naissance, mais il faut avoir soin d'y associer les calmants tels que l'opium à l'intérieur, les frictions locales laudanisées, des instillations émollientes dans le conduit auditif, des injections de vapeurs éthérées par la trompe d'Eustache. Si l'otalgie présente le caractère intermittent, il faut y ajouter le sulfate de quinine.
Bourdonnements d'oreille.
Les bourdonnements sont des bruits divers perçus, dans un grand nombre d'affections de l'oreille, par les malades, qui les comparent au bourdonnement d'une abeille, au roulement d'une voiture, au tintement d'une cloche, au sifflement du vent, au bruit de la mer, etc. Ces bruits sont spontanés ou provoqués, faux ou vrais (Itard). Les premiers sont de beaucoup les plus fréquents; tantôt ils surviennent sans cause appréciable, tantôt ils se manifestent indépendamment de toute lésion de l'appareil auditif, dans les états pathologiques accompagnés de troubles circulatoires, tels que la syncope, certaines affections du cœur, l'anémie, lesanévrysmes, etc. Les seconds, au contraire, sont provoqués par un bruit extérieur qui a été perçu et qui persiste par le seul fait d'une lésion existant dans l'oreille interne, ou d'une simple irritation du nerf acoustique, à la manière d'une impression anormale et de longue durée.
Quoi qu'il en soit, c'est un symptôme commun à la plupart des affections de l'oreille et qui, au point de vue du diagnostic, n'a pas une très-grande valeur, puisqu'il n'emprunte pas de caractère particulier à la maladie qu'il accompagne.
Comme traitement, on ne connaît aucun moyen de combattre directement cette complication si pénible pour les malades. La distraction et l'exposition à des bruits extérieurs plus ou moins intenses, tels que la musique, le roulement des voitures, l'exercice à feu, peuvent seuls apporter quelque soulagement aux malades en atténuant ou môme en faisant momentanément disparaître ces bourdonnements.
Vertiges.
Le vertige est un trouble dans le sens de l'équilibre.
Ce phénomène s'observe fréquemment dans les maladies de l'oreille. On lui donne alors le nom de vertige ab mire lœsa pour le distinguer du vertige symptomatique des affections cérébrales, de celui qui se rattache aux lésions de l'estomac (vertige a stomacho lœso), du vertige anémique et du vertige épileptique.
Le vertige ab aure lœsa fut signalé pour la première fois par Flourens, en 1824, dans ses expériences sur les effets produits par la section des canaux demi-circulaires. Menière, en 4 861, Pétudiale premier sur l'homme, particulièrement dans la maladie qui porte son nom. Vulpian et Signol, en 1862, communiquèrent à la Société de biologie le résultat de leurs expériences sur la production de ce vertige chez les animaux. Nous citerons enfin sur le même sujet une remarquable leçon clinique de Trousseau et les travaux plus récents de Goltz , Brunner, Swanzy, etc.
Les causes de ce vertige sont multiples, et nous avons vu qu'on l'observe aussi bien dans les maladies de l'oreille externe que dans celles de l'oreille moyenne et de l'oreille interne. La présence d'un corps étranger, d'un bouchon cérumineux dans le conduit auditif externe, une injection d'eau froide qui vient brusquement frapper la membrane du tympan, l'épàississemenl ou l'inflammation de cette membrane, les otites moyennes, les polypes de la caisse, en un mot toute cause traumatique ou inflammatoire qui vient augmenter la pres^ sion du liquide intra-labyrinthique, suffit pour le produire.
Le mode de production du vertige aurai a été l'objet d'un grand nombre d'expériences qui toutes sont venues confirmer celles de Flourens et prouver qu'il avait pour point de départ une lésion des canaux demi-circulaires, soit une lésion traumatique (Flourens, Brown-Sé^ quard, Vulpian, Signol, Goltz, etc;>, soit une inflammation ou une congestion de la partie membraneuse de ces canaux (Menière).
Le vertige abaure lœsa n'a pas de caractère spécial; il peut revêtir foutes les formes de vertige connues, depuis la simple sensation de tournoiement, soit de l'individu lui-même, soit des objets environnants, jusqu'à la perte de l'équilibre, aux mouvements involontaires et à la chute.
Les accès sont provoqués ou spontanés. Ces derniers surviennent le plus fréquemment dans la station debout. Le début de l'accès est brusque, sa durée est très-variable.
Le vertige s'accompagne, chez quelques malades, de bourdonnements d'oreille, de surdité, de nausées ou même de vomissements, de pâleur de la face, de sueurs profuses et môme de douleurs intenses dans le côté correspondant de la tête.
Le vertige ab aure lœsa peut être facilement distingué du vertige symptomatique d'une affection cérébrale, du vertige a stomacho lœso, du vertige anémique et du vertige épileptique.
Le vertige symptomatique d'une affection des centres nerveux est toujours accompagné de l'embarras delà parole et de la perte de la connaissance, ce qui n'a pas lieu pour le vertige aurai. En outre, sa durée est généralement plus longue que pour ce dernier.
Le vertige a stomacho lœso survient, soit à la suite d'une indigestion (vertige a crapula), soit par le fait d'une abstinence prolongée {ab inedia). Le vertige aurai, au contraire, survient brusquement, sans cause appréciable et chez des gens dont l'estomac n'est nullement malade.
Le vertige anémique est accompagné d'une décoloration extrême de tous les tissus, des muqueuses labiale et oculaire, et se distingue d'ailleurs du vertige aurai en ce qu'il survient chez des gens habituellement pâles et affaiblis.
Enfin le vertige épileptique est généralement précédé de phénomènes divers auxquels on a donné le nom à? aura. En outre, l'épileptique, avant d'avoir des vertiges, a eu longtemps de simples absences. Rien de semblable dans le vertige ab aure lœsa.
Le pronostic et le traitement varient suivant l'affection à laquelle se rattache le vertige.
Surdité.
Pendant longtemps on a décrit sous le nom générique de surdités des affections produisant ce symptôme sans donner lieu a des lésions appréciables. Depuis lors^ grâce aux progrès de l'anatomie pathologique, la plupart de ces surdités ont été décrites séparément dans les chapitres consacrés aux maladies de l'oreille externe, de l'oreille moyenne ou de l'oreille interne. Or, ce que nous avons dit plus haut de ces diverses affections, nous permettra de nous borner à décrire ici brièvement quelques surdités idiopathiques, primitives, improprement appelées nerveuses, parce qu'on suppose qu'elles dépendent d'une lésion des nerfs acoustiques, et d'insister surtout sur les surdimutités.
Nous distinguerons, en effet, la surdité acquise et la surdité congénitale ou surdi-mutité.
La surdité acquise est incomplète (dysécie) ou complète, unilatérale ou bilatérale. Elle apparaît sous l'influence des progrès de l'âge, de l'hérédité, des fatigues, des veilles, de la masturbation, des causes morales et des maladies qui épuisent l'organisme. Ce sont des surdités qui se rattachent aux affections cérébrales ou du nerf acoustique qui sont particulièrement désignées sous le nom de surdités nerveuses, et elles comprennent encore les surdités consécutives au travail de la dentition, aux convulsions chez les enfants, aux migraines répétées et même à l'administration de certains médicaments, le sulfate de quinine, la jusquiame, la belladone, etc.
D'une façon générale, le diagnostic de la surdité, l'appréciation de ses divers degrés, sont aujourd'hui facilités par l'emploi de moyens spéciaux tels que les acoumètres, la montre et le diapason.
"Wolke et Itard ont imaginé chacun un instrument spécial auquel a été donné le nom d'acoumètre. Mais ces sortes d'instruments ont été reconnus peu utiles et on leur préfère de beaucoup aujourd'hui la montre ou le diapason (voy. fig. 43). Pour apprécier le degré de surdité d'un malade à l'aide de la montre, il suffit de la tenir à une certaine dislance de son oreille, puis de la rapprocher graduellement jusqu'à ce qu'il en perçoive le tic-tac uniforme et régulier. Mais, dans bien des cas, cela ne suffit pas, et certains malades ne l'entendent même pas lorsqu'elle est appliquée contre l'oreille elle-même; il faut alors l'appliquer contre les os du crâne : pour peu que le nerf acoustique ait conservé sa sensibilité, les sons seront perçus avec la plus grande facilité. Enfin, si, par ce moyen, le malade ne perçoit aucun son, c'est une preuve que les nerfs eux-mêmes ont perdu toute sensibilité, et Fu;. 43. — Diapason le pronostic est alors très-grave, car le mal est sans
gradué, permettant remède.
d'apprécier le degré . . , . . , . .
de surdité Plusieurs médecins aunstes ajoutent a remploi
de la montre celui de diapasons gradués, et M. Bonnafont, se basant sur ces moyens d'exploration, a établi la classification suivante parmi les surdités qu'il appelle idiopathiques :
1° Surdités entendant le tic-tac de la montre sur toutes les parties du crâne. Ces surdités sont parfaitement curables.
2° Surdités n'entendant le tic-lac que sur les apophyses mastoïde et zygomatique. Celles-ci sont encore curables, mais il restera toujours une certaine faiblesse de l'ouïe.
3° Surdités n'entendant nulle part la montre appliquée sur le crâne,
mais entendant, à 5 centimètres de l'oreille, le diapason correspondant à l'ut de la troisième octave.
hn Surdités n'entendant pas le diapason, à distance, mais l'entendant applique sur le crâne. Ces deux genres présentent peu de chances de curabilité.
5° Surdités n'entendant plus le diapason, mais percevant encore le son du diapason ordinaire.
6' Surdités n'entendant nullement le diapason appliqué sur le crâne.
Ces deux dernières sont incurables.
Sans parler ici du traitement curalif approprié aux diverses affections de l'oreille qui entraînent la surdité, nous ferons observer qu'à titre de palliatif, l'emploi des cornets acoustiques peut rendre, dans certains cas, de notables services.
On désigne sous le nom de cornets acoustiques des instruments destinés à faciliter l'audition de la parole. Ces instruments se composent d'un tube de caoutchouc, mesurant environ 70 à 80 centimètres de long, terminé à Tune de ses extrémités par un pavillon, dans lequel parle l'interlocuteur et à l'extrémité opposée par un petit embout que le malade introduit dans son oreille.
De celte façon la conversation devient facile.
D'autres malades préfèrent un Fl,i- 4Z*. — Cornet acoustique
tube beaucoup plus court; on peut
., ... ,. , . ,. On peut à volonté adapter au pavillon 1. les
d ailleurs remplir ces deux indica- tubes b ou b\
lions au moyen d'un instrument
dont la figure est ci-contre (fig. kk). Il se compose d'un pavillon J,
sur lequel se monte à volonté un long ou un petit tube.
M. C. Paul propose d'avoir recours à des cornets acoustiques bi-auriculaires. Il a obtenu de très-bons résultats par l'emploi de ce moyen.
Surdi-mutité.
Non-seulement la surdité congénitale, mais aussi celle qui survient dans les premières années de la vie, s'accompagnent toujours de mutité. C'est pourquoi nous les décrirons simultanément sous le titre de surdimutité.
Les causes de la surdi-mutité congénitale ont été jusquïci assez ma déterminées. On a tour à tour invoqué l'hérédité dont il ne faut pas s'exagérer la valeur, les mariages consanguins, des vices de conformation de l'oreille interne et de l'oreille moyenne, l'atrophie des
NÉLA.T0N. — PATn. CH1R. IV. — 8
\\k AFFECTIONS DE i/APPAREIL DE L'OUÏE.
nerfs auditifs, leur paralysie ou une lésion congénitale du cerveau, etc. Quant à la surdi-mutité qui survient secondairement chez les enfants nouveau-nés, nous avons vu plus haut que Tune de ses causes les plus fréquentes était l'otite moyenne. Mais toute autre affection de l'oreille survenant chez le nouveau-né, pour peu qu'elle persiste, entraîne forcément avec elle la surdi-mulité. On ne saurait donc trop insister sur la nécessité pour le chirurgien d'apporter la plus grande attention dans le diagnostic et le traitement des affections de l'oreille pour prévenir la surdi-mutité chez les nouveau-nés.
On ne trouve pas toujours de lésions anatomo-pathologiques appréciables chez les sourds-muets et, sur ce point d'ailleurs, les recherches sont loin d'être complètes. Cependant, dans certains cas, on a constaté la perforation de la membrane tympanique, l'oblitération de la trompe, l'absence des membranes de la fenêtre ronde et de la fenêtre ovale, des lésions de la chaîne des osselets, des anomalies dans les canaux demi-circulaires, des lésions du nerf auditif, des lésions labyrinthiques, etc.
Quelques auteurs distinguent plusieurs catégories de sourds-muets, suivant le degré ou l'intensité de la surdité. Itard en reconnaît cinq classes : 1° ceux qui entendent la parole haute et lente; 2° ceux qui ne distinguent que les voyelles; 3° ceux qui ne perçoivent aucun son articulé et n'entendent que les cris; h° ceux qui n'entendent pas la voix humaine et ne sont sensibles qu'à des bruits violents; 5° enfin,, ceux qui n'entendent absolument rien.
Le traitement consiste dans une éducation spéciale qu'on doit faire suivre aux sourds-muets.
Il serait intéressant de passer en revue les remarquables études qui ont été faites à ce sujet, mais comme ces moyens ne sont nullement du ressort de la chirurgie, nous conseillons, toutes les fois que le chirurgien n'aura pas été à même de prévenir la surdité, de recourir aux moyens appropriés qu'on applique de nos jours à l'éducation des . sourds-muets et qui sont décrits tout au long dans les traités spéciaux.
AFFECTIONS DE l'API-AHEIL DE LA VISION. I 15