RÉFRACTION ET ACCOMMODATION DE L'OEIL. M
où ils traversent cette membrane. Oi* cette dislance est de 5 degrés chez l'emmétrope, de 7 degrés chez l'hypermétrope, et de 3, 2, 1 ou 0 degré chez le myope. Dans les hauts degrés de myopie, la position respective des axes peut môme être intervertie.
On donne le nom d'angle visuel h l'angle compris entre les deux rayons qui viennent des extrémités d'un objet et passent par le centre optique. Ces rayons, passant par le centre optique, se rendent directement sur la rétine, sans être déviés, et en formant un angle opposé par le sommet à l'angle visuel et qui lui est par conséquent égal. On peut donc par la mesure de l'angle visuel obtenir les dimensions de l'image rétinienne.
En résumé, l'œil emmétrope est, au point de vue de la réfraction, l'œil normalement constitué et dans lequel la vision est nette; l'œil amétrope, au contraire, est celui qui présente des anomalies et dans lequel la vision est confuse. On distingue trois variétés dans ces anomalies, qui sont : 1° l'hypermétropie, dans laquelle les rayons parallèles se réunissent au delà de la rétine; 2° la myopie, dans laquelle ils se réunissent en deçà de la rétine; 3° enfin ['astigmatisme, dans lequel les divers méridiens de la cornée ou du cristallin n'offrent pas la même courbure, et qui peut exister seul ou avec la myopie, et plus particulièrement avec l'hypermétropie. Ce serait ici le lieu de décrire ces anomalies; mais, afin d'en mieux comprendre l'étude, nous décrirons auparavant la réfraction dynamique ou accommodation.
2° Réfraction dynamique ou accommodation.
Nous avons jusqu'ici considéré l'œil comme un appareil réfringent fixe ou statique auquel on peut appliquer les propriétés des lentilles; mais, outre ces qualités purement physiques, l'œil est doué de la faculté de faire varier sa distance focale, c'est-à-dire de changer sa puissance de réfraction selon les besoins de la vision nette. C'est alors qu'entre en jeu la puissance musculaire qui augmente la courbure du cristallin, de manière à maintenir sur la rétine une image nette malgré le rapprochement ou l'éloignement de l'objet. Cette faculté que possède l'œil de percevoir avec la même netteté des objets situés à des distances très-diverses porte le nom de réfraction dynamique ou d 'accommodation.
On a donné bien des preuves de l'existence de l'accommodation. Il suffit, pour la démontrer, de placer deux petits objets l'un devant l'autre, sur la même ligne de vision et à des distances différentes; on regarde avec un seul œil ces deux objets, et l'on s'aperçoit aussitôt que, lorsque l'œil voit bien nettement le plus éloigné, l'image du plus
voisin est confuse ; puis, lorsqu'on arrive, après un certain effort dont on n'a pas conscience, à voir nettement le plus rapproché, l'autre devient indistinct. C'est la preuve évidente que l'œil, quand il s'agit d'objets rapprochés, est obligé, pour voir nettement, de s' 'accommoder pour chaque distance donnée, et qu'il lui est impossible de voir distinctement et à la fois deux objets plus ou moins éloignés l'un de l'autre.
Nous avons vu que l'œil emmétrope rassemble en un foyer sur la rétine les rayons parallèles, et, dans ces conditions, l'appareil dioptrique représente la chambre noire des photographes au moment où l'écran se trouve au foyer même de l'objectif. Mais, si l'on rapproche l'objet, il faudra, pour que le foyer se fasse toujours sur l'écran et que l'image demeure nette, faire varier ou bien la distance qui sépare l'écran de la lentille, ou bien le pouvoir réfringent de la lentille elle-même. Or dans l'œil il n'y a pas de déplacement de récran rétinien et le diamètre antéro-postérieur ne change pas ; il faut donc admettre qu'il modifie sa puissance de réfraction. C'est en effet ce qui arrive, et il est aujourd'hui démontré que l'augmentation de réfringence porte sur le cristallin, dont les courbures, l'antérieure surtout, sont augmentées, lors de la vision de près, par l'action d'un appareil musculaire spécial qui porte le nom de muscle ciliaire.
Ce muscle a été découvert et décrit avec soin par Muller, Rouget, Brucke, Bowman, dont il porte aussi les noms. II se compose de deux parties : l'une, radiée ou longitudinale, qui a été découverte à peu près en même temps, en 1852, par Brucke et Bowman, et l'autre, circulaire, découverte par Muller en 1855. Les fibres longitudinales, décrites sous le nom de tenseur de la choroïde, s'insèrent d'une part sur la sclérotique, vers la paroi interne du canal de Schleman, entre la substance propre de la cornée et la membrane de Descemet, d'autre part sur la surface externe des procès ciliaires, au bord adhérent de l'iris, et enfin sur la choroïde, avec laquelle elles se confondent. Ces fibres, selon l'opinion de quelques anatomistes, formeraient une véritable membrane musculaire dans toute l'étendue de la choroïde et seraient seulement adhérentes au bord de la cornée, de façon que, par leur contraction, embrassant le corps vitré dans tous les sens, elles rendraient impossible le recul en arrière du cristallin. Les fibres circulaires forment un anneau parallèle au bord de la cornée ; elles s'attachent plus particulièrement au bord adhérent de l'iris , mais s'entremêlent avec les fibres longitudinales, à la face profonde desquelles elles se trouvent situées.
Le muscle ciliaire reçoit son innervation de nombreux filets venus du ganglion ophthalmique qui se distribuent dans son épaisseur et vont innerver aussi l'iris et la cornée, de telle sorte que l'association fonctionnelle établie entre les efforts d'accommodation et la contrac-
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tion de la pupille s'explique naturellement par une source commune d'innervation. Les contractions de la pupille, de même que celles du muscle ciliaire, dépendent des filets de la troisième paire, tandis que la dilatation de la pupille et le relâchement du muscle ciliaire sont sous la dépendance des filets du grand sympathique. On voit ainsi combien sont intimes les connexions de ce muscle avec la grande circonférence de l'iris.
D'après les recherches modernes et un certain nombre d'expériences, c'est donc à l'action de ce muscle sur les changements de courbure du cristallin qu'est due l'accommodation. Quant au mécanisme suivant lequel s'opèrent ces changements, il est encore inconnu. Mais le fait en lui-même est aujourd'hui parfaitement démontré par les deux expériences suivantes :
Si l'on projette la lumière d'une bougie sur un œil regardant au loin, la flamme de cette bougie est réfléchie par trois surfaces : 1° la cornée; 2° la face antérieure du cristallin; 3° la face postérieure du cristallin. Or., pourvu que la pupille soit un peu dilatée, on voit aisément trois images (images de Purkinje et Sanson) : 1° une image droite, nette, assez large et fortement éclairée: c'est l'image réfléchie par la cornée; 2° une image plus grande et assez pâle, droite aussi : c'est l'image cristallinienne antérieure; 3° enfin une image plus profonde et très-petite, assez brillante et renversée : c'est l'image cristallinienne postérieure. Pendant l'accommodation pour un objet rapproché, les deux images cristalliniennes deviennent plus petites, ce qui prouve que les surfaces qui les réfléchissent augmentent de courbure; de plus, l'image cristallinienne antérieure se rapproche de l'image réfléchie par la cornée, ce qui prouve que la surface antérieure du cristallin, en se courbant, se rapproche de la cornée.
Ces variations dans la forme de la lentille cristallinienne s'expliquent par son élasticité, qui lui permet de répondre à l'action musculaire qui s'exerce sur elle et la force à bomber le plus dans le point où elle n'a pas de soutien, c'est-à-dire vers l'orifice pupillaire.
L'expérience suivante faite par Cramer n'est pas moins concluante : l'œil d'un animal fraîchement abattu est débarrassé de toutes ses connexions et par conséquent de ses muscles, puis l'anneau ciliaire de cet œil est soumis à un courant électrique; pendant ce temps, on peut constater à l'aide de l'ophthalmomètre que le cristallin change de courbure, comme pendant l'accommodation pour les objets rapprochés. Cette expérience prouve également que, contrairement à l'opinion de M. J. Guérin, les muscles extérieurs de l'œil, droits et obliques, ne concourent pas directement à l'accommodation. Il n'y a donc pas lieu, comme le fait M. J. Guérin, d'attribuer tous les phénomènes de l'accommodation à l'action des muscles droits sur le globe
de l'œil, ni de rattacher toutes les anomalies de la vision, avec ou sans strabisme, à la rétraction de ces muscles. L'observation démontre d'ailleurs que ces muscles peuvent être paralysés sans que les yeux perdent leur pouvoir d'accommodation.
L'iris lui-même n'est pas indispensable, car, dans les cas d'aniridie, l'accommodation n'en continue pas moins de s'exercer. C'est donc le muscle ciliaire lui-même qui est l'appareil spécial de l'accommodation, et ce n'est que lorsque cet appareil est paralysé que l'accommodation devient absolument impossible. Est-ce à dire que les muscles droits et l'iris ne concourent en rien au phénomène de l'accommodation? Ce serait pousser trop loin l'exagération. On sait, en effet, que l'iris, en contractant son bord pupillaire pour la vision de près, en le dilatant pour la vision de loin, facilite les phénomènes de l'accommodation. Quant aux muscles droits , nous verrons plus loin que leur action vient en aide à l'accommodation pour la vision de près.
Nous venons de démontrer l'existence de l'accommodation; mais cela ne suffît pas ; il faut en outre savoir mesurer la quantité d'accommodation employée par un œil qui voit distinctement à des distances diverses : il suffit pour cela de déterminer le point le plus éloigné de la vision distincte et son point le plus rapproché. On y arrive facilement à l'aide de quelques formules assez simples :
Soit P le point rapproché et K le point éloigné; l'œil, pourvoir le point le plus éloigné R, emploie une force de réfraction que nous
désignerons par la fraction — , tandis que pour voir nettement le
point le plus rapproché P , l'œil fait subir à la lentille cristalli-
nienne un changement de courbure qui en augmente le pouvoir
réfringent et que nous désignerons par —.Comme les effets optiques des lentilles peuvent s'ajouter ou se retrancher comme des
quantités quelconques, la quantité -exprimera la valeur réfringente de la lentille idéale A, par exemple, que l'œil se sera surajoutée pour porter son point R au point P, ou pour donner aux rayons venus de P la même direction qu'ils auraient s'ils venaient
deR; on désignera cette lentille idéale par la fraction --; nous aurons
donc - — — = — - , et on est convenu de représenter la valeur de A
en pouces (").
Par exemple, un œil voit nettement à 12" eU\3'f; donc, dans cet œil,