RÉFRACTION ET ACCOMMODATION DE L'OEIL
L'étude de la réfraction et de l'accommodation prend chaque jour plus d'importance. De grands progrès ont été accomplis, ces dernières années, dans cette partie de l'ophthalmologie, qui actuellement occupe d'une façon toute particulière l'attention des médecins. Récemment encore avait lieu, à l'Académie de médecine, une discussion dans laquelle ont été longuement débattues toutes les questions relatives à l'accommodation et à ses anomalies. Aussi entrerons-nous dans quelques détails sur cette partie de notre travail. Dans l'exposé que nous ferons de l'état de la science sur ce sujet, nous mettrons à profit les travaux les plus importants des auteurs qui en ont traité, ceux, entre autres, de Cramer, d'Helmotz, de Donders, de de Graefe et de Giraud- Teulon.
Nous étudierons successivement la réfraction statique et la réfraction dynamique ou l'accommodation; puis nous parlerons de leurs anomalies.
1° Réfraction statique.
On appelle réfraction la déviation que subit un rayon lumineux lorsqu'il passe d'un milieu dans un autre. Or les rayons lumineux qui passent de l'air dans l'œil, rencontrant des milieux réfringents plus denses que l'air, subissent des déviations en rapport avec l'indice de réfraction de ces divers milieux.
Nous ne nous arrêterons pas ici sur la réfraction à travers les milieux à faces parallèles, à faces obliques (prismes), ou à faces sphériques
(lentilles), que l'on trouvera décrite tout au long dans les traités spéciaux de physique. Nous ne nous occuperons que de la réfraction de L'œil.
Le globe de l'œil représente un ellipsoïde dont l'axe le plus long est l'antéro-postérieur. Au point de vue purement physique, il est formé par un ensemble de milieux réfringents séparés par des surfaces d'une courbure connue et dont l'indice de réfraction est de quatre tiers, ce qui permet de lui appliquer les formules qui expriment la marche des rayons lumineux à travers les lentilles. Ces milieux, qui sont la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps vitré, agissent à la façon d'une lentille biconvexe unique sur la direction des rayons lumineux et possèdent une force de réfraction telle, que dans un œil normalement constitué les rayons parallèles qui viennent frapper sur la cornée vont faire leur foyer sur la rétine. Tout œil ainsi constitué est appelé emmétrope (e^erpoç, modum tenens, et &>J/, oculus).
Lorsque les rayons parallèles ne forment pas, après leur réfraction, leur foyer sur la rétine, on dit que l'œil est amétrope ; trois cas peuvent alors se présenter : ou bien les rayons se réunissent au delà de la rétine, et l'œil est dit hypermétrope on kypérope (u-Trtp, au delà; furpoçt mesure; w^, œil); ou bien ils se réunissent en deçà, et l'œil est myope ou brachymétrope (Ppa^oç, court, pcrpoc u^) ; ou bien les divers méridiens de la cornée ou du cristallin n'ont pas la même courbure, et l'on dit que l'œil est astigmate (de a privatif; o-ny/na, point). Ce sont ces états qui constituent les anomalies dont nous parlerons plus loin.
Pour bien comprendre les phénomènes de la réfraction et de l'accommodation, il est indispensable d'être bien fixé sur ce qu'on entend par centre optique, axe optique, ligne visuelle, angle visuel, etc.
On désigne sous le nom de centre optique de l'œil le point par lequel passent, sans être déviés, tous les rayons venant d'un objet quelconque et allant à la rétine. Ce point, dans un œil emmétrope, est situé dans le cristallin, près de sa face postérieure.
Au point de vue de l'optique, on doit distinguer deux axes différents : Yaxe de figure ou géométrique , et l'axe optique ou physiologique. L'axe de figure est celui qui, passant par le centre ou sommet de la cornée et par le centre optique, aboutit sur la rétine, un peu en dehors du nerf optique. L'axe optique ou ligne visuelle est celui qui, partant sur la rétine, de la macula lutea, et passant par le centre optique, aboutit, sur la cornée, un peu en dedans de son centre. Ces deux lignes se croisent donc au centre optique en formant deux angles opposés par le sommet et, par conséquent, égaux. Ces deux angles varient suivant que l'œil est emmétrope, myope ou hypermétrope. La dislance qui sépare ces deux axes peut être mesurée sur la cornée, au moment