RÉFRACTION ET ACCOMMODATION DE L'OEIL
en lui recommandant de ne pas approcher les objets de travail plus
qu'il n'est nécessaire. S'il ne veut pas s'astreindre à se tenir à la
distance exigée par le numéro du verre choisi et s'il continue à se
pencher sur son ouvrage, on lui détendra l'usage des verres pour la
vue de près.
Pour choisir des verres appropriés à la distance pour un myope at-
teint de myopie — par exemple, et qui voudrait déchiffrer de la musique
ou faire de la peinture, c'est-à-dire voir à une distance de 18 à 20 pouces
on déduira de - la distance représentée par la fraction — , ce qui dono 20
nera le numéro du verre à employer, - — — = — — , ou — .
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Dans les myopies fortes, c'est-à-dire au-dessus de - Jusqu'aux myopies extrêmes, le choix des verres doit toujours être subordonné à l'état du fond de l'œil et par conséquent à la marche de la myopie. Si l'acuité est diminuée et qu'il y ait congestion des membranes profondes, on devra proscrire les verres pour la vue de près et même défendre la lecture; si au contraire il y a exclusion d'un des yeux par le fait de l'insuffisance musculaire, les dangers ne sont plus les mêmes, on pourra permettre la lecture et corriger exactement la myopie pour la vue de loin. Enfin si l'acuité est encore normale et qu'il n'y ait pas de sclérochoroïdite postérieure, on prescrira des verres qui permettront le travail à des dislances variables suivant la dimension des objets,
En règle générale, quand on cherche des verres pour un myope, il faut toujours s'arrêter au verre le plus faible, qui permet la lecture éloignée, et, pour s'assurer que c'est bien le verre qu'il faut, on place alternativement devant lui des verres concaves et convexes faibles. Si le verre concave faible améliore la vue, on peut conclure que le verre choisi est trop faible et on en essaye un plus fort; si au contraire l'addition d'un verre convexe améliore la vision, c'est l'inverse qui a lieu et on cherchera un verre plus faible. II est d'un intérêt capital de faire cette contre-expérience avant de conseiller l'usage des lunettes concaves.
Gomme il n'y a pas, à proprement parler, de traitement curatif de la myopie, il importe de bien diriger l'hygiène des myopes afin d'éviter la progression de leur myopie. Dans ce but, on s'efforcera de maintenir la convergence binoculaire à un point suffisamment éloigné des yeux, huit à douze pouces (22 à 23 centimètres), pour prévenir l'insuffisance musculaire et la tension intra-oculaire, qui sont les véritables dangers que fait courir une myopie un peu forte. Il ne
faut pas perdre de vue que les verres correcteurs ne sont pas faits pour faire voir mieux, mais seulement de moins près, c'est-à-dire pour procurer au myope la vision nette à la plus grande distance possible.
Astigmatisme.
On dit qu'il y a astigmatisme (« privatif ; cziy^x, point) toutes les fois que le pouvoir réfringent de la cornée n'est pas le même dans tous les méridiens. Ce défaut de réfraction a été décrit pour la première fois par Thomas Young ; mais c'est à tort qu'il l'attribuait à un changement survenu dans les courbures du cristallin.
Helmholtz, Donders et Knapp ont démontré que la surface de la cornée à l'étal normal représente un ellipsoïde à trois axes inégaux, et que la courbure du méridien vertical est un peu plus accentuée que celle du méridien horizontal. Il résulte de cette différence de courbure une inégale réfraction de ces deux méridiens qui constitue une sorte d'astigmatisme physiologique qui, à l'état normal, est assez peu marqué pour n'entraîner aucun trouble de la vision. Au contraire, quand cette différence dans la convexité des deux méridiens de la cornée est plus considérable, il en résulte des troubles de la vision auxquels il importe de remédier.
L'astigmatisme est dit régulier lorsque les courbures des deux méridiens de la cornée, tout en étant différentes, sont régulières ; les troubles visuels peuvent être corrigés dans ces cas; au contraire, il est dit irrégulier lorsque ces courbures sont irrégulières, et alors les troubles de la vision ne peuvent plus être corrigés.
Par suite de la différence de courbure de ces deux méridiens de la cornée, l'œil a deux foyers; si, par exemple, la courbure est plus prononcée dans le sens vertical que dans le sens horizontal, il y aura un foyer pour les rayons passant par le plan vertical et un autre foyer pour ceux qui sont situés dans le plan horizontal. Si cet œil est emmétrope pour la courbure horizontale de la cornée, il sera myope pour la courbure verticale. Le foyer de la première se fera sur la rétine et celui de la seconde en avant. Cette anomalie de réfraction peut également se rencontrer dans un œil myope ou dans un œil hypermétrope et s'ajouter à l'anomalie déjà existante.
Les astigmates cherchent par tous les moyens possibles à diminuer l'ouverture pupillaire et, par suite, la grandeur des cercles de diffusion afin de rendre leur vision plus nette. Dans ce but, tantôt ils clignent les paupières pour ne laisser pénétrer les rayons qu'à travers une fente, tantôt ils penchent la tête de façon à intercepter avec le nez les rayons de la moitié interne de l'ouverture pupillaire, tantôt enfin ils tirent
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la peau de la tempe, près de l'angle externe de l'œil, dans le but de déformer par celte pression le globe oculaire dans le sens qui corrige la réfraction de la cornée.
Nous venons de voir que ce sont le pins souvent les deux méridiens, vertical et horizontal, qui diffèrent entre eux; mais cette différence peut également porter sur deux méridiens quelconques; ces derniers, dans l'astigmatisme régulier, sont toujours perpendiculaires entre eux.
Etant donné, par exemple, un astigmate dont le méridien vertical possède une courbure normale, ayant par conséquent son foyer sur la rétine, et dont le méridien horizontal ait, au contraire, une courbure anormale telle que son foyer se fasse au delà ou en deçà de la rétine, si l'on présente à cet astigmate deux lignes, l'une verticale et l'autre horizontale, se coupant à angle droit, il verra bien la ligne horizontale, mais il verra confusément la ligne verticale. Si c'est le méridien horizontal qui n'a pas son foyer sur la rétine, ce sont les lignes horizontales que le malade verra nettement et les lignes verticales qu'il verra mal, et réciproquement. Il en serait de môme pour d'autres méridiens que l'horizontal et le vertical, de telle sorte qu'on peut dire d'une façon générale que ce sont les lignes perpendiculaires au méridien qui n'a pas son foyer sur la rétine qui sont vues confusément. Il sera donc facile de déterminer la direction de l'astigmatisme , en plaçant devant le malade plusieurs lignes se coupant h angle droit et par conséquent perpendiculaires les unes aux autres; en effet, la direction de l'astigmatisme sera toujours perpendiculaire à la ligne qui sera vue trouble.
On peut faire aisément le diagnostic de l'astigmatisme et de son degré, soit à l'aide de. l'ophthalmoscope, soit à i'aide de l'optomètre binoculaire de Javal, soit à l'aide de verres cylindriques.
Si l'on examine, à l'ophthalmoscope, par le procédé de l'image droite, le fond d'un œil astigmate, la papille paraît ovale, allongée dans un sens. Mais, pour s'assurer que cette disposition est bien due à l'astigmatisme et non congénitale, il faut faire la contre-épreuve par le procédé à l'image renversée ; si la papille est allongée dans un sens à l'image droite et s'allonge dans le sens opposé à l'image renversée, c'est la -preuve que cette déformation n'est qu'apparente et par conséquent bien due à l'astigmatisme.
L'optomètre binoculaire de Javal a pour but de déterminer simultanément la direction et le degré de l'astigmatisme; cet appareil représente un stéréoscope fixé sur un pied ; au-dessus de la planchette de devant se place une bougie allumée; dans cette planchette sont fixées deux lentilles achromatiques de cinq pouces de foyer, dont l'une peut être décentrée et dont l'autre est accompagnée d'un système de
verres cylindriques disposés de façon à pouvoir lui être superposé, soit isolément, soit deux à deux.
Le malade regarde dans ce stéréoscope avec les deux yeux et fixe un carton sur lequel sont tracés deux cadrans horaires identiques. A l'aide d'une vis on éloigne ce carton jusqu'à ce que tous les rayons du cadran deviennent confus et que le malade n'en distingue nettement qu'un seul. Cela indique qu'il y a astigmatisme et que le méridien principal, à maximum de courbure, correspond précisément au rayon resté visible. Gela fait, on place successivement devant l'œil à examiner différents verres cylindriques qui constituent vingt combinaisons. Dès que le malade verra à travers une de ces combinaisons de verres tous les rayons du cadran avec la même netteté, l'astigmatisme sera corrigé. Le numéro du verre cylindrique et la direction du méridien sont indiqués sur l'appareil.
Les verres cylindriques permettent, en effet, non-seulement de diagnostiquer, mais aussi de corriger l'astigmatisme. Pour déterminer les verres cylindriques qui conviennent à un astigmate, on peut avoir recours au procédé très-simple qui a été proposé par Donders; si, par exemple, on constate, par le moyen que nous avons fait connaître, un trouble dans la vision des lignes verticales, on sait que c'est le méridien perpendiculaire, c'est-à-dire le méridien horizontal, qui doit être corrigé. On a recours alors à une lunette stéréoscopique composée d'un disque noir mobile, muni d'une ouverture en forme de fente qu'on dispose horizontalement, de telle sorte que le sujet ne peut voir qu'à travers le méridien horizontal. Une armature dans laquelle on peut fixer des verres sphériques, convexes ou concaves, se trouve audevant de ce disque; on y fixe d'abord un faible verre sphérique convexe ; si ce verre améliore la vision, il faut en conclure que le méridien horizontal est hypermétrope; on place alors successivement des verres plus forts jusqu'à ce que la vision devienne aussi nette que possible. Si, au contraire, ce verre convexe diminue la netteté de l'image, il faut le remplacer par des verres sphériques concaves, en commençant par le plus faible et en les choisissant successivement de plus en plus forts jusqu'à ce que l'image soit devenue aussi nette que possible.
Nous avons pris pour exemple les lignes verticales, mais il en serait de même pour toute autre ligne, quelle que fût sa direction. D'une façon générale, la fente doit être placée perpendiculairement à la ligne qui est vue trouble.
L'astigmatisme une fois corrigé, il reste à corriger la myopie ou l'hypermétropie qui l'accompagnent par les moyens que nous avons fait connaître en parlant de ces anomalies.
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