FONGOSITÉS UTÉRINES
que dans les hôpitaux (1). Des leçons cliniques assez non:ibreuses ont appelé l'attention sur ces faits, et l'histoire des fongosités ulérines [cndométrite végétante de Goodell (2)] n'a pas tardé à trouver place dans le cadre nosologique.
Déjà en 1816 Robert (3) avait publié la description de fongosités utérines enlevées à l'aide de la curette, et avait indiqué quelques précautions à prendre pour pratiquer l'abrasion de la membrane muqueuse de l'utérus. Depuis lors les observations se multiplièrent et quelques thèses inaugurales, parmi lesquelles nous signalerons celles de Babu (4), Ferrier (5), Juteau (G), J. Rouyer (7), furent faites sur ce sujet.
Anatomie pathologique. — Si l'on examine les lambeaux enlevés à l'aide de la curette utérine, on voit qu'ils ont en général une épaisseur de 1 millimètre 1/2, présentant deux faces, — une libre, lisse, recouverte par l'épithélium, au-dessus duquel on aperçoit un lacis vasculaire généralement fin, de couleur rouge, quelquefois violacée; — une adhérente, hérissée de petites villosilés très fines, dues à l'action de la curette, un peu veloutée, d'un blanc grisâtre ou rosé, très peu vasculaire. La membrane muqueuse est soulevée par de petites granulations formant dés saillies hémisphériques, sessiles ou pédiculées, et qui ressemblent à des grains de groseille comme implantés sur la surface de cette membrane muqueuse. — Ces granulations sont opaques ou transparentes, jaunâtres comme de petits polypes vésiculaires, ou semblables à de petits grains glanduleux rosés ou rouges. Elles peuvent être extrêmement nombreuses^ serrées les unes contre les autres, grosses comme des grains de millet et de chènevis, donnant à la membrane muqueuse un aspect chagriné. Sous la muqueuse on trouve, soit de petits caillots sanguins, soit de petites masses à surface spongieuse, violacée, qui rappellent le tissu, placentaire.
Ces granulations, qui ont leur siège de prédilection dans la cavité du corps utérin, peuvent dans certains cas, mais rarement, franchirl'orifice du museau de tanche et former une petite tumeur fongueuse vasculaire, dont le pédicule est embrassé par l'orifice du col. Nélaton a
il) « L'abrasion do La cavité utérine par la curette de Récamier est une opération )i qu'il faut juger, non par elle-même, mais par ses résuUats. » {^iéMon, Leçons cliniq., in Gaz. des hôpitaux, 1853, n" 17.
(2j W. Goodell, De l'endomélrite végétante, in Med. Neius, 3 juin 1882.
(o) Robert, Remarques cliniques sur les phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse de l'utérus, etc., in Bull, de thérapeutique, 1846, t. XXXI, p. 344.
(4) Rabu, Des granulations ou végétations de la muqueuse du corps de l'utérus, th. inaug., n° 29. Paris, I85U.
(5) Ferrier, Thèse de Paris, 1854, n» 104.
(6j .luteau, De l'hémorrhagie utérine essentielle, thèse inaug., n" 145. Paris, 1850. (7) Rouyer, Etudes cliniques sur les fongosités de la muqueuse utérine, etc., thèse, n°253. Paris, 1858.
observé plusieurs cas de ce genre qui auraient pu faire croire à une tumeur encéphaloïde.
Tantôt l'existence de ces fongosités est le seul état pathologique qui puisse être constaté ; tantôt on observe de la tuméfaction ou des ulcérations superficielles du col, une augmentation de volume de l'utérus et un ramollissement du tissu propre de cet organe, avec agrandissement de sa cavité.
Examinées histologiquement par Ch. Robin, Kœberlé (1), Lebert (2), de Sinety (3), ces granulations ont la structure fondamentale de la muqueuse utérine, dont elles ne sont que de simples excroissances. — Elle? sont formées de tissu conjonctif en petite quantité et d'éléments fibro-plastiques plus abondants même que dans le tissu de la muqueuse pris à l'état normal ; on trouve sur quelques-unes un épithélium analogue à celui de l'utérus et toujours un grand nombre de vaisseaux capillaires.
Symptomatologie. — Les fongosités utérines déterminent, au début, une augmentation de l'écoulement menstruel ; bientôt les hémorrhagies deviennent presque continuelles ; il semble aux malades que les époques menstruelles soient plus fréquentes. Parfois Técoulement sanguin est continu et beaucoup plus abondant au moment dés règles (4).
Ces hémorrhagies amènent une anémie très prononcée et sont assez souvent précédées de leucorrhée. Les malades accusent des douleurs aux régions lombaire, sacrée, hypogastrique ; ces dernières paraissent remonter vers l'épigastre et portent au cœur, disent les malades. On les voit irradier d'une des régions iliaques dans le membre correspondant, et leur intensité semble en rapport avec l'abondance de l'écoulement sanguin. Souffranceset hémorrhagies paraissent augmenter par le coït.
A l'exploration, on trouve le corps de l'utérus plus volumineux et plus mou, les deux lèvres du museau de tanche plus épaisses, érodées, couvertes d'ulcérations superficielles; l'orifice du col est quelquefois assez élargi pour pouvoir admettre l'extrémité du doigt.
La marche est lente, et présente souvent des intermittences ; il n'est pas rare de rencontrer des malades qui ne viennent demander les secours de l'art que quand les douleurs sont très vives, ou lorsqu'elles sont épuisées par les pertes abondantes de sang.
Étiologie. — Cette affection s'observe surtout vers l'âge de vingt-
(1) Goldsclimidt, Des fongosités de la cavité de l'utérus, tlièse de Strasbourg, 2* série, riMôl, janvier 1859.
(2) Lebert, Traité d'anat. pafhol., t. If, p. 432. Paris, 1860.
(3) De Sinety, Anat. pathol. de la métrite chronique, in Ann. de gynécol., août 1878
(4) Rousseau, Des pertes dans leur rapport avec l'état fongueux de la cavité utérine thèse inaug., n° 83. Paris, 1866.