TUMEURS DE LA PAUME DE LA MAIN
déterminés par l'étranglement, il vaudrait mieux inciser de bonne heure. Les incisions ne devront pas être très larges : on sait, en effet, qu'il existe à la paume de la main des artères volumineuses, les arcades palmaires, dont les hémorrhagies peuvent être très sérieuses, et nous avons vu plus haut quelle était la gravité de ces sortes de blessures; aussi on ne saurait trop insister sur ks précautions à prendre quand il s'agit de pratiquer des incisions dans cette région. Un point très important dans le trailemeut des phlegmons profonds de la paume de la main est celui qui consiste dans les soins à doimer à l'effet de prévenir la rétraction permanente des doigts. 11 ne faudrait pas cependant trop se hâter de remettre les doigts dans l'extension, on s'exposerait à rappeler une inflammation à peine éteinte. Par contre il y aurait un grave inconvénient à attendre trop longtemps, cardes adhérences nombreuses et solides peuvent s'opposer au redressement; aussi devra-t-on agir aussitôt que l'inflammation aura disparu en grande partie, mais on se comportera avec une extrême prudence, en augmentant chaque jour insensiblement l'extension. Lorsqu'il y a du gonflement de l'avant-bras à la suite de phlegmasie des gaines de la main, il ne faut pas se presser d'ouvrir à l'avant-bras une issue au pus. Il faut appliquer un grand vésicatoire sur l'avantbras, qui guérit le mal en trois jours (1).
Tumeurs de la paume de la main.
A. — Lipomes de la main.
On a observé à la paume de la main des lipomes ; les premiers ont été méconnus, mais peu à peu le diagnostic a pu être fait, et l'histoire des lipomes de la main est aujourd'hui élucidée (2). Sept cas ont été recueillis et présentés à la Société de chirurgie par Bonnet, Trélat, Gosselin, Notta, Lefort, Moulinier, Després.
Tous les lipomes observés jusqu'ici, ce sont des lipomes francs ou des fibro-lipomes. Ils sont développés sur des sujets de tout âge, sans cause connue. Us siègent sous l'aponévrose palmaire, dans le tissu graisseux qui double la gaine synoviale, et envoient des prolongements sous le ligament annulaire du carpe. Ils sont fluctuants et crépitent.
On les a confondus seulement avec les kystes à grains hordéiformes ;
(1) Després, Chirurg. journ., 2" édit., p. 709.
(2) Boinet, BuUet. de la Soc. de chir., I8fi6, p. 250. — Trélat, Gosselin, ibid., 1868, p. 173. — Notla, Bullet. et Mém. Soc. de chirurg., 1882, p. 389 et suiv. — Lefort, Després, Rapport sur une observation de lipome de la main, du D'' Moulinier, et Obs. pers., in Bullet. et Mém. Soc. de chirurg., oct. 1882.
il suffit d'être prévenu pour éviter la méprise. On se rappellera que le lipome est absolument indolent, que les mouvements des doigts sont absolument libres, ce qui n'existe pas dans les cas de kystes synoviaux. Le pronostic n'est pas grave.
Le traitement consiste dans l'extirpation, et jusqu'ici cette opération n toujours été suivie de succès.
B. — Angiomes.
Il a été présenté à la Société de chirurgie deux cas de tumeurs de ce genre, qui ont été prises pour des sarcomes, et l'erreur était à peu près inévitable (Notta) (1). Du reste, il sera possible de reconnaître plus tard ces tumeurs lorsque l'on en aura observé un plus grand nombre. La durée longue du mal est un indice, et si l'on pensait à un lipome, il faudrait se rappeler que les iipomesdela main sont toujours crépitants. La fluctuation manifeste de la tumeur et une sorte de réductibilité pourraient aussi mettre sur la voie. Mais ces angiomes renferment des tissus fibreux et des éléments iibro-plastiques, et il peut se faire que les tumeurs se comportent à la longue comme des cancers.
Le traitement consiste dans l'ablation.
Sarcomes et chondromes. — Ces lésions à la main ne diffèrent pas des sarcomes et chondromes qui ont été observés dans d'autres régions-
Mal perforant de la main.
J'ai observé en 1880, à l'hôpital Cochin, un cas de mal perforant de la main chez un coclier d'omnibus. Il avait un ulcère perforant à la racine du médius. Le mal avait débuté par un durillon; il était indolent et caractérisé par un ulcère à bords épidermiques, durs, au fond duquel le tendon était à nu. C'est là un exemple rare de mal perforant à la main (2).
Ces lésions se présentent à la main avec les mêmes caractères qu'au pied.
(1) Notta, Bidlet. et Mém. Soc. de chirurg., 1877, p. 665; Examen microscopique, par Houel, même recueil, p. 704.
(2) Després, Gca. des liôpit., p. 1019. Voy. aussi plus loin, Mal perforant.
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