IV. — Fongus de la vessie
On désigne sous le nom de fongus de la vessie des tumeurs sessiles ou pédiculées qui se montrent dans la cavité de la vessie. Ces tumeurs ne sont point lisses comme les polypes ; souvent elles sont de nature cancéreuse: à ce dernier titre, elles devraient être décrites avec le cancer de la vessie; mais, en face des difficultés de diagnostic, et nous conformant à l'usage, nous décrirons dans cet article toutes les tumeurs qui sont désignées sous le nom àe fongus.
Anatomie pathologique. — Les fongus de la vessie peuvent se montrer sur tous les points de la paroi interne de ce viscère; toutefois, on les rencontre plus rarement au sommet et à la face antérieure que sur le bas-fond ; le plus souvent on les observe au Irigone vésical et au col de la vessie. Quelques-uns naissent de la couche celluleuse qui existe entre la membrane muqueuse et la tunique musculaire; ils sont, dans ce cas, alors recouverts par la membrane muqueuse. D'après Breschet,
(1) Traité des maladies des voies urin., t. II, p. 98, ia-8°. Paris, 1830. (-2) Warner, Obs. de chir., obs. 30, p. 151.
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cette forme appartiendrait aux fongus cancéreux. Les fongus sont généralement pédicules; le pédicule est plus ou moins long, plus ou moins étroit. Si l'on examine ces tumeurs à leur début, et si l'on tire sur le pédicule, on soulève la membrane muqueuse qui se trouve entraînée avec la fongosité ; mais, à mesure que la tumeur prend de l'accroissement, ses racines s'étendent, se multiplient ; les tissus sous-jacents se confondent, et bientôt le fongus se trouve implanté sur une masse consistante, dont le volume est généralement en rapport avec celui du fongus. M. Giviale a vu des excroissances fongueuses implantées sur des tumeurs vésicales préexistantes.
La surface des fongus est en général rugueuse, inégale, bosselée; quelques-uns sont aplatis, triangulaires, très rarement ils sont arrondis ; d'autres fois, ils se présentent sous la forme de petites touffes filamenteuses, fibreuses, flottant dans la vessie. Sur une pièce que M. Giviale a représentée, on voit plusieurs tumeurs fongueuses, que Yidal (de Cassis) compare à des petits choux développés dans la vessie.
Leur volume et leur nombre n'offrent rien de constant ; néanmoins il est permis de dire que leur volume est en raison inverse de leur nombre. On en a trouvé en quantité tellement considérable chez certains sujets, que la muqueuse s'en trouvait presque entièrement couverte.
D'après M. Giviale, les fongus qui prennent la forme de champignons demeurent mous, surtout à l'extrémité libre; quelquefois cette mollesse est telle, qu'on a de la peine à savoir s'ils ont été saisis par des instruments.
Symptomatologie . — Les symptômes propres aux fongus de la vessie sont extrêmement vagues, car ils sont les mêmes que ceux de toutes les tumeurs développées dans la vessie ; aussi, bien que l'on puisse reconnaître manifestement la présence de ces tumeurs, il est souvent impossible d'en déterminer la nature.
Les fongus situés au voisinage du col de la vessie gênent l'excrétion de l'urine ; quelquefois ils provoquent de véritables névralgies du col vésical; d'autres fois ils causent des douleurs très vives, analogues à celles que déterminent les calculs vésicaux ; mais par eux-mêmes ils ne sont pas douloureux. La vessie, irritée par la présence du fongus, sécrète une quantité de mucus souvent abondante, au point de simuler tous les symptômes propres au catarrhe vésical. Enfin lorsque, la tumeur venant à se rompre, les vaisseaux sont déchirés, il y a hématurie.
Dans des cas très rares, le fongus engagé dans l'urèthre vient faire saillie au méat. Il est alors facile de reconnaître la nature de la maladie; cependant il ne faudrait pas porter son diagnostic avant d'avoir examiné avec le plus grand soin, car on pourrait prendre un caillot fibrineux décoloré pour un fongus^ et réciproquement.