‹ Éléments de pathologie chirurgicale (volume 3)Chapitre 93 sur 170 · I. — Élévation de l'utérus · texte numérisé non relu

I. — Élévation de l'utérus

Ce déplacement est fort rare. Il peut être congénital, mais dans la grande majorité des cas il est la conséquence d'une affection organique de l'utérus et de ses annexes, ou de tumeurs qui ont contracté des adhérences avec l'utérus et l'attirent en haut (kystes de l'ovaire). Il est parfois consécutif à des adhérences que la matrice contracte •lorsqu'elle est dans l'état de grossesse, ou qu'elle s'est développée anormalement sous une influence pathologique.

Cette affection, qui ne donne lieu à aucun symptôme, est facile à

(1) G. Eustache, Manuel pratique des maladies des femmes {médecine et chirurgie), 1881, p. 315 et 350.

reconnaître par le toucher, et ne nécessite pas de traitement spécial, car c'est la cause que l'on doit chercher à combattre.

II. — Abaissement de l'utérus. — Prolapsus. — Descente. — IChute.

Dans cette espèce de déplacement, l'utérus tout entier descend dans la cavité du bassin au-dessous du plan qu'il occupe normalement; le museau de tanche se rapproche de la vulve, et même la franchit complètement.

Degrés. — Anatomie pathologique. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la distance normale qui sépare la vulve du col utérin.— Selon Richet, le vagin ne présente en général que 10 centimètres, de l'orifice vulvaire au col. Aran porte la distance du col à la vulve à 7 ou 8 centimètres chez les vierges, et à 5 ou 6 seulement chez les femmes mariées. Ainsi donc, selon lui, toutes les fois que le col est à moins de 5 centimètres de la vulve, il y aurait abaissement.

On décrit généralement trois degrés : — dans le premier {abaissement, prolapsus proprement dit), l'organe est simplement abaissé, il y a diminution de Fespace compris entre la vulve et le col, qui repose sur le plancher périnéal ; — dans le second {descente ou procidence), le museau de tanche se présente entre les grandes lèvres; — dans le troisième enfin {chute ou précipitation), le col utérin a franchi la vulve, fait saillie au dehors et pend plus ou moins bas entre les cuisses.

Du côté du vagin, la membrane muqueuse suit le col, auquel elle est attachée ; elle se renverse comme un doigt de gant, et quand la matrice fait saillie au dehors, la muqueuse vaginale, complètemen t retournée, couvre la surface extérieure du col de l'utérus, sur laquelle elle se moule. Exposée au contact de l'air et à des froissements incessants, cette membrane devient plus sèche, plus dure, et se cutise ; il n'est même pas rare de la voir être le siège d'une sécrétion mucopurulente et se couvrir d'érosions et d'ulcérations.

Les ligaments utéro-sacrés, distendus et même rompus, ne maintiennent plus la matrice dans sa position normale, et il se produit dans le petit bassin une espèce de cavité infundibuliforme.

Les ligamenls larges, sans cesse tiraillés, deviennent le siège d'une inflammation chronique qui finit parimmobiliser l'utérus dans le point anormal qu'il est venu occuper ; mais si cette complication a l'avantage de s'opposer à l'abaissement progressif de l'utérus, elle offre l'inconvénient de ne point permettre la réduction.

L'utérus abaissé peut aussi présenter certaines lésions. Scanzoni signale un renversement des lèvres du museau de tanche, avec cercle

UÉPLACEMENTS DE l'uTÉRUS.

bleuâtre formé par la muqueuse. On trouve aussi le col allongé, hypertrophié surtout dans" sa portion sus-vaginale; son orifice est dilaté et les lèvres en sont ulcérées; la cavité utérine, dilatée également, est

FiG. 77. — Chute complète de l'ulérus.

le siège d'une sécrétion catarrhale. — Lorsque le prolapsus est complet, l'organe se trouve presque toujours en rétroversion, et il n'est pas rare d^observer une inflammation du tissu utérin lui-môme. Signalons encore les déplacements de la vessie et du rectum, dont les parois sont entraînées par l'utérus {rectocèle et surtout cystocèle).

Symptomatologie. — Symptômes subjectifs. — Au premier' degré, on n'observe guère qu'un peu de pesanteur dans le bas-ventre et du côté du périnée, avec tiraillement dans les lombes, les aines, les cuisses ; mais, d'une façon générale, le prolapsus utérin est moins douloureux par lui-même que par la métrite chronique qui l'accompagne si fréquemment.

Au second degré, les malades se plaignent de pesanteur plus grande dans la région périnéale ; il leur semble qu'un corps étranger tend à sortir par la vulve^ — ténesme vésical et vaginal ; constipation opiniâtre, accidents réflexes, surtout du côté des voies digestives. — La station verticale, la marche un peu prolongée et tous les efforts qui ont pour résultat la contraction des muscles de la paroi abdominale,

tendent à augmenter la sensation de pesanteur et de tiraillement, qui se traduit même, lorsque la personne s'assoit brusquement, par une douleur hypogastrique assez violente.

Au troisième degré, les troubles sont plus prononcés : les malades se plaignent d'une gêne excessive causée par la masse qui pend entre les cuisses ; il est assez fréquent d'observer des troubles de la menstruation, qui est môme parfois douloureuse.

A part quelques accidents locaux, cette affection détermine donc, dans les deux premiers degrés, peu de symptômes. Mais il n'en est plus de même lorsque l'utérus est abaissé depuis longtemps, surtout au troisième degré, et qu'il est exposé au contact de l'air : alors le col et le corps de l'utérus se tuméfient et deviennent le siège d'une inflammation chronique, cause de douleurs assez vives qui, jointes au frottement incessant de l'organe, rendent la marche impossible ; la muqueuse vaginale et le col, fréquemment mouillés par l'urine, s'enflamment et s'ulcèrent. Il en résulte une sécrétion muco-purulente, souvent abondante, et l'inflammation peut se propager parfois dans la cavité du col, dans celle de la matrice, et même dans le tissu utérin. Rappelons encore les excoriations qu'on observe à Ja vulve, à la partie interne des cuisses, et les troubles fonctionnels du côté de la vessie et du rectum tiraillés et déplacés.

Symptômes objectifs. — Ils sont fournis par le toucher vaginal^ qui explore le col et les culs-de-sac ; par le palper abdominal, qui révèle rabaissement de l'organe faisant défaut dans la cavité pelvienne ; par le cathétérisme utérin, qui montre que l'utérus a conservé sa longueur et qu'il est en rétroversion; enfin par la combinaison du palper abdominal, du toucher rectal et du cathétérisme vésical. — Toutes ces explorations doivent être faites la malade debout et couchée.

Êtiologie. — Toutes les causes capables d'augmenter le poids de l'utérus peuvent produire l'abaissement : inflammations, altérations organiques de cet organe ; tumeurs développées dans la cavité abdominale et pressant sur lui de haut en bas.

L'allongement et le relâchement des ligaments utéro-sacrés, et par conséquent les accouchemens répétés à de courts intervalles chez de très jeunes femmes, peuvent être suivis d'abaissement. La marche, les efforts après un temps trop voisin de la parturition, la grande laxité du vagin et la rupture du périnée, ont été également invoqués. Les chutes sur le siège, sur les pieds, les violents efforts de toux, de défécation, les coups portés sur le ventre, sont encore de nature à déterminer cette affection. On l'observe assez souvent chez les femmes dont la profession nécessite des efforts considérables.

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