AFFECTIONS DES LIGAMENTS LARGES
Phlegmon péri-utérin.
On désigne sous ce nom l'inflammation du tissu cellulaire du petit bassin et des ligaments larges.
Le phlegmon des ligaments larges (paramétrée) ayant beaucoup d'analogie avec la pelvi-péritonite (périmétrite)y ces deux affections ayant été longtemps confondues et coïncidant même très souvent ensemble, nous n'en donnerons pas deux descriptions séparées; mais si nous conservons l'ancienne dénomination de phlegmon péri-utérin, nous n'en signale-* rons pas moins, chemin faisant, les différences que présente chacune de ces deux maladies»
Cette affection n'est connue que depuis peu d'années, et c'est Réca* mier qui parait un des premiers avoir appelé l'attention sur elle. Ses idées ont été reproduites par Bourdon, dans un très intéressant mé*
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moire sur les tumeurs du petit bastin. Nonat (1), Aran (2), Gallard (3), l'ont étudiée avec soin. Enfin, Berauli, Goupil (4) et A. Guérin ont repris cette question. Les deux premiers la regardent comme une péri' tonite partielle, pelvi-périionite, limitée au cul-de-sac utéro-rectal, à
Kic. 76. — Phlegmon péri-utérin.
cause du peu d'abondance du tissu cellulairede la face postérieure de l'utérus, et ila n'admettent à titre de phlegmons péri-utérins que les abcès des ligaments larges. A. Guérin (5) n'admet guère que la lymphangite ou l'adénite pelvienne, de même que Martineau (6). C'est J. Lucas-Championnière (7) qui, par ses recherches anatomiques et •malomo-pathologiques, a ouvert la voie à cette manière de voir.
Akatomie pathologique. — L'inflammation est limitée ou diffuse; elle se montre, soit dans le tissu cellulaire des ligaments larges, soit dans celui qui sépare la face postérieure de l'utérus de la face antérieure du rectum, et que plusieurs auteurs ont voulu mettre en doute ; elle occupe plus rarement la face antérieure de l'utérus et les fosses iliaques.
L'hypérêmie (engorgement et infiltration plastique), l'induration quand l'affection devient chronique, la 3U}>puration, sont les trois degrés par où passe cette affection, comme dans toute autre inflammation..
(1) Nonat et Linas, Traité prat. de* malad. de ('Utérus et de set annexe*, 3* édition, 1674, p. 679.
(1) Ann ne voyait partout qu'ovarile ou salpingite.
(3) Gallard, De t'in/lamiiiattOH du Uuu cellulaire qui environne ta matrice, ou du phlegmon péri-utérin. Thèse, Paris, *J janvier 1835.
(1) Goupil, Arch. gén. de méd-, 1855; et Uernutt, Phlegmon da ligament) large», in Arch. de tocetogU, 1674.
(5) A. Guérin, Leçon* itir le* maladie* de* organe* génitaux interne* de ta femme {adéno-phlegmon juxta-pubien), 1676, p. £57 cl 375.
(6) Martineau, Traité clin, des afféet. de l'uléru* et de tes annexe* (adéno-lyatphUe péri-utérine, adéno phlegmon et adino-pelvi-pèritonite). Paris, 1879.
(7) J. l.u(a*-Championnière, Lymphatiques utérin* et lymphangite utérine (Du rôïe que joue la lymphangite dans les complications puerpérales et le! maladie! ulérinos). Thèse inaugurale, Paris, 1870. — Les lymphatique* utérin*, leur rôle dans la pathol. utérine,
Pendant la première période, les ligaments larges sont œdématiés et offrent des noyaux durs et rouges qui ne sont que des ganglions lymphatiques enflammés {adénites pelviennes). — Le péritoine, à \& deuxième période, est souvent le siège d'une tumeur globuleuse séparée de l'utérus par un sillon et constituée en partie par des fausses membranes épaisses : c'est le phlegmon péri-utérin chronique. Le corps de l'organe est plus ou moins englobé par ces adhérences et altéré dans sa mobilité et sa direction. — Quand la troisième période survient, abcès péri-utérins, la suppuration occupe des sièges divers {phlegmon des ligaments larges, adéno-phlegmon suppuré, phlegmon rétro-pubien (Guérin), phlegmon de la fosse iliaque). C'est surtout à gauche que se trouve le siège de prédilection de ces abcès. On trouve le pus infiltré ou réuni en collections, et ces foyers varient quant à leur forme et à leur étendue; ils font en général saillie vers le rectum, le vagin, la vessie, l'utérus, qui sont enflammés et avec lesquels ils communiquent souvent par des trajets ûstuleux et des clapiers très étendus.
Symptômes. — Dans la forme aigûe, cette affection se déclare quelquefois tout à coup et avec une certaine intensité. On observe alors un mouvement fébrile assez intense, accélération du pouls, frissons, douleurs vives dans le petit bassin. D'autres fois elle se développe avec lenteur et avec des symptômes généraux mal définis.
Les malades accusent une douleur vive, avec sensation de gène, de pesanteur dans le petit bassin, et à la région hypogastrique ; elle irradie dans les régions lombaire, inguinale, et augmente par la marche et par toute espèce d'effort.
On constate dans la fosse iliaque une tumeur rénitente et résistante, douloureuse à la pression. Le doigt introduit dans le vagin perçoit une augmentation dans la température de ce conduit, Y immobilité de V utérus et de son col. C'est sur un des côtés, le gauche principalement, qu'on trouve au toucher cette tuméfaction non dcpressible, qui est ' plus ou moins saillante, entourant parfois le col utérin comme un demi-bourrelet limitant un sillon net (Ûg. 76) : cette induration est très douloureuse, et l'on sent parfois à sa surface (Nonat) le battement de vaisseaux volumineux. Le toucher rectal donne des sensations analogues.
Le pouls est accéléré, la peau chaude, la température élevée, la soif vive, l'appétit nul; souvent il y a vomissement. Les envies d'uriner sont fréquentes; la miction est pénible, la constipation très opiniâtre.
Bientôt les douleurs sont continues et deviennent lancinantes ; de petits frissons irréguliers annoncent la suppuration; et si le foyer est collecté, on sent par la palpation et les touchers vaginal et rectal une tumeur molle, fluctuante; mais si le pus est à l'état d'infiltration, on constate seulement une espèce d'empâtement et de ramollissement.