‹ Eléments de pathologie chirurgicale (volume 5)Chapitre 119 sur 218 · I. — Antéversion · texte numérisé non relu

I. — Antéversion

On désigne sous ce nom la déviation utérine caractérisée par l'inclinaison du col en arrière, et du corps de l'utérus en avant ; la face postérieure regarde en haut et la face antérieure en bas. Elle n'est que l'exagération de {'inclinaison naturelle que présente l'utérus à l'état normal.

Symptômes. — Nous n'avons que bien peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit dans le paragraphe précédent : la menstruation est peu ou très abondante, souvent difficile et douloureuse; les troubles de la miction sont très fréquents. Les deux conséquences les plus fâcheuses de cette affection sont la dysménorrhée et la stérilité. Sims a rencontré, sur 250 femmes mariées qui n'avaient jamais eu d'enfants, 403 atteintes d 'antéversion.

Par le toucher vaginal, on trouve le corps de l'utérus situé en avant derrière le pubis; le col est en arrière, correspond à l'excavation sacrée, et s'appuie sur le rectum ; il est difficile d'atteindre avec le doigt la face postérieure de la matrice. Le déplacement est beaucoup plus accentué dans la position debout, aussi doit-on pratiquer également le toucher dans la station verticale. — Le toucher rectal permet de sentir le col en arrière. — L'examen au spéculum montre au fond la face antérieure de l'utérus, et pour trouver le col, il est nécessaire de porter en avant le manche de l'instrument ; si dans cette situation on introduit préalablement une sonde dans la cavité utérine, on sent basculer cet organe, et la tumeur, qui occupait la région hypogastrique, se porte en arrière. Cette affection tend toujours à faire des progrès; il est excessivement rare qu'elle disparaisse spontanément. Cette heureuse terminaison a cependant été observée au moment de l'époque critique. Étiologie. — Les causes de l'antéversion sont celles énumérées plus haut : accouchements, avortements, efforts, constipation opiniâtre, adhérences du col utérin avec le rectum, excès de coït, etc.

L'antéversion s'observe, en général, à un âge moins avancé que la rétroversion. Très commune, elle est assez fréquente chez la jeune fille et la nullipare. Nonat, sur 339 cas de déplacements, l'a rencontrée 135 fois.

Lé repos et le décubitus dorsal longtemps prolongé, les purgatifs, les alcalins et notamment les bains de Vichy, l'hydrothérapie, et l'usage d'une ceinture hypogastrique pour empêcher les intestins de presser sur la face postérieure de l'utérus devenue supérieure, sont les principales indications du traitement k suivre.

DÉPLACEMENTS DE i/UTÉRUS. 727

IL — Rétroversion.

Dans cet état, le fond de l'utérus est porté en arrière, vers l'excavation du sacrum, et le col en avant, contre la symphyse pubienne et la paroi postérieure de la vessie.

Les symptômes subjectifs diffèrent peu des précédents ; de plus les malades éprouvent du côté du rectum une sensation de pesanteur et d'expulsion anale ; la constipation est beaucoup plus opiniâtre, plus rebelle que dans l'antéversion, et la malade éprouve des tiraillements à l'ombilic et aux aines.

Le toucher vaginal fait reconnaître le fond de l'utérus dans l'excavation sacrée ; le col doit être cherché en haut et en avant. Le doigt introduit dans le rectum sent une tumeur qui applique Tune contre l'autre les deux parois de cet intestin, et par la palpation hypogastrique on ne sent pas l'utérus.

L'application du spéculum montre la face postérieure de l'utérus, mais ne découvre que difficilement le col. Pour le faire pénétrer dans la cavité du spéculum, il faut diriger en haut l'extrémité utérine de l'instrument et porter le manche en bas en appuyant sur la fourchette.

La rétroversion peut exister à divers degrés, mais elle est susceptible de s'accentuer bien plus que l'antéversion. — Sims dit que cette dernière ne va guère au delà de 90 degrés, tandis que la rétroversion peut former un angle ouvert en arrière et variant depuis 45 degrés jusqu'à 135 degrés, car il n'y a pas d'obstacle au renversement complet dans la concavité sacrée. — Elle est presque toujours pathologique et expose à la stérilité (1).

Dans le traitement, si la réduction est possible, le cathétérisme utérin est presque toujours nécessaire, mais on devra le pratiquer avec beaucoup de ménagement pour éviter les déchirures. Ici l'attitude génu-pectorale, conseillée par H. F. Campbell (2) pour la réduction des déviations, est d'une grande importance. Tampon d'ouate glycérine, pessaire de Hodge ou de Courty. — Si la réduction est impossible par adhérences péritonéales, le traitement est purement palliatif : on consultera avec fruit le travail récent sur ce sujet de Couetoux (3).

(1) Gachassin, De la rétroversion de l'utérus au point de vue de la stérilité acquise, thèse. Paris, 1883.

(S) H. F. Campbell, Pneumatic self-replacement in dislocation of Vie gravid and no gravid utérus, in Trans. of the American Gynecol. Society, t. I, p. 193. Boston, 1877.

(3) Couetoux, De la rétroversion utérine à l'état de vacuité (son traitement mécanique), thèse inaug. Paris, 28 déc. 1881.

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