FLEXION PERMANENTE DES DOIGTS
des doigts, au niveau de l'articulation de la première phalange avec la secoûde.
Goyrand a fait voir alors que la rétraction tenait à l'existence de cordons fibreux qui de l'aponévrose palmaire, à laquelle ils étaient continus, s'étendaient à la gaine des tendons et aux bords des phalanges, tandis que d'autres partaient d'un point de cette gaine pour se rendre à un autre point au devant des articulations phalangiennes; que d'autres enfin partaient d'un bord de la phalange supérieure pour se rendre au bord correspondant de la phalange contiguë. La présence de ces brides, que Sanson regarde (1) comme i'endurcissement de languettes sous-cutanées qui naissent de l'aponévrose et se maintiennent le plus souvent à l'état rudimenlaire, expliquait parfaitement la nécessité de multiplier les incisions sur la face antérieure des doigts.
Dans le travail cité plus haut, Qerdy a complété l'anatomie pathologique de cette singulière affection; il a fait voir que non seulement l'aponévrose palmaire et les bandelettes fibreuses étaient rétractées, mais que l'altération portait encore sur la peau ; on ne peut la pincer ni en faire un pli; elle est unie par un tissu cellulaire plus adhérent aux parties sous-jacentes; elle est moins mobile. La dissection montre <|ue Tépiderme est plus épais, le derme plus ferme et en quelque sorte hypertrophié et rétracté; que le tissu cellulaire qui le double participe à ces propriétés; que ces altérations s'étendent à l'aponévrose palmaire, à la peau, au tissu cellulaire sous-cutané des doigts, et souvent aux prolongements fibreux ou fibro-cellulaires qu'ils reçoivent de l'aponévrose palmaire, peut-être et probablement aux ligaments latéraux des doigts, parce qu'ils se raccourcissent eux-mêmes consécutivement, par cela seul qu'ils ne sont plus suffisamment ni chaque jour étendus.
Étiologie. — Oerdy a étudié avec soin les causes de cette affection; il les range sous deux chefs principaux : dans la première, ce sont toutes celles qui prédisposent aux inflammations, telles que les irritations mécaniques et physiques ; la seconde est constituée par l'inflammation elle-même.
Toutes les fois que de rudes pressions sont exercées dans la paume de la main, on voit survenir une flexion permanente des doigts; on l'observe donc souvent chez les terrassiers, les laboureurs, les forgerons, les menuisiers. « Les légères souffrances qu'ils ressentent aux mains quand ils sont encore inaccoutumés au travail, la chaleur qu'ils éprouvent quand le travail est porté assez loin pour échauffer vivement la peau sans qu'il en résulte d'ampoule, me paraissent con-
(I) Rapport fur le Mémoire de Goyrand, lue. cit.
stituer un état d'irritation chaude très voisin de celui d'une contusion modérée et d'une inflammation, si ce n'en est pas une. » Cette affection a été décrite par Alibert sous le nom d'éry thème parairime (1), bien qu'il n'en connût pas exactement le siège. L'irritation déterminée par la pression n'est pas la seule qui puisse causer la rétraction de l'aponévrose palmaire. Alibert a vu cette affection survenir chez un épicier qui avait manié des substances irritantes; le froid, les brûlures superficielles, peuvent causer les mêmes accidents. Les phlegmons de la paume de la main et de l'avant-bras, les inflammations articulaires, sont parfois cause de la flexion permanente des doigts.
Les auteurs ont pensé que l'hérédité pouvait être invoquée pour expliquer le développement de cette maladie ; mais n'esl-il pas fréquent de voir la fille partager les travaux de sa mère, le fils ceux de son. père ; il n'est donc pas surprenant que l'on ait cru voir là une prédisposition héréditaire. Néanmoins beaucoup d'auteurs sont aujourd'hui disposés à admettre dans la maladie un élément rhumatismal. Menjaud (2) a rassemblé des faits qui sembleraient prouver que l'élément rhumatismal était bien la cause de la rétraction. Cette idée a été généralement adoptée. Cependant, après avoir pesé les observations des autres et les miennes, je suis arrivé à formuler cette proposition.
Il y a deux variétés de rétraction de l'aponévrose palmaire : l'une qui ^est d'origine traumatique, commune chei les menuisiers et les ouvriers qui frappent leurs outils avec le creux de la main, et qui est la conséquence de ruptures sous-cutanées de l'aponévrose, suivie d'une cicatrice sous-cutanée rétradile; l'autre qui est liée à la diathèse goutteuse et est due à une altération des coulisses des tendon* qui se transforment en tissus fibreux et finissent par adhérer à l'aponévrose palmaire par sa face profonde, et c'est consécutivement que survient l'adhérence à la face profonde de la peau (3).
Symptomatologie. — Au début, les malades accusent parfois de la chaleur et de la douleur à la peau et dans toute la paume de la main ; puis on trouve des altérations matérielles qui s'établissent lentement : la peau devient dure, la main et les doigts sont moins souples; on constate une légère diminution de leur mobilité et de l'adresse de leurs mouvements ; bientôt on observe une incurvation des doigts qui se prononce chaque jour davantage. A cet état, la maladie peut rester stationnaire ; elle peut môme disparaître si le sujet cesse d'ôtre expose aux causes qui ont pu produire la rétraction ; mais souvent la re-
(1) Alibert, Monographie des dermatoses, in-4°, 1832, p. 16.
(2) Menjauti, Rétraction de V aponévrose palmaire, thèse. Paris, 1861.
(3) Després, Ga*. méd.t 1880.