MAL PERFORANT D0 PIED
chirurgien enlève toute cette portion mise à nu, extirpe toutes les parties molles et caulérise le fond de la plaie avec le fer rouge. Bientôt après, Michon enlève le premier orteil du pied gauche. Un peu plus tard Malgaigne fait la désarticulation du premier orleil du pied droit. Quelques mois se sont à peine écoulés, que le malade revient à l'hôpital Saint-Louis, offrant plusieurs fistules au niveau des têtes des métatarsiens du pied gauche. Malgaigne, pour en finir, enlève d'un seul coup les têtes des cinq métatarsiens. Il fait l'amputation au milieu du métatarse. Trente-cinq jours après, le malade sort de l'hôpital pour y rentrer quelques mois plus tard. Les mêmes accidents se sont reproduits à l'extrémité du moignon. Amputation dite par la méthode Lisfranc.
Toutes ces opérations ont été nécessitées par les mêmes accidents ; toujours on rencontrait cette série de phénomènes que nous avons signalés en commençant.
Notons en passant, sans nous y arrêter, que le malade a subi toutes ces opérations sans être soumis à l'usage du chloroforme.
Ces accidents sont encore les mêmes aujourd'hui. A la plante du pied gauche, au niveau du lambeau, nous trouvons une grande surface circulaire dépouillée de son épiderme. Là a existé une phlyctène, qui s'est ouverte et qui a laissé le derme à nu : dans quelques jours, le derme se perforera, une fistule s'établira, et l'on trouvera au fond de la fistule un os nécrosé.
Ce n'est pas tout. Le deuxième et le troisième orteil du pied droit sont voués à la même fin. Il existe un commencement de phlyctène au au niveau des saillies osseuses; le malade regarde ces orteils comme perdus, et l'on n'est que trop autorisé, par ce que l'on a observé antérieurement, à partager son avis.
Quel nom donner à cette maladie ? Nous n'en avons point trouvé. Contentons-nous de décrire la série des phénomènes qui se succèdent chez ce malade.
Mais voici qui devient plus étonnant encore, et qui semble peu fait pour éclaircir ce qu'a d'obscur ce cas singulier : cette maladie est héréditaire. Ce malade a cinq frères; deux sont atteints de la même maladie, et l'un a déjà succombé.
Parmi ces six enfants, le premier, le troisième et le cinquième n'ont rien de semblable; le deuxième, le quatrième et le sixième sont atteints de cette terrible affection. Le père et la mère, ni aucun des autres parents du malade, n'ont rien présenté de semblable.
Que faire contre de pareils accidents ? Fallait-il continuer à amputer ? Nous avons pensé, avec raison, qu'une expérience trop complète doit faire adopter une conduite opposée. Après l'amputation, en effet, on a vu que les mêmes accidents se sont reproduits partout où
s'exerce une pression, excepté à la peau du talon. En considération de cette circonstance, nous avons cru devoir essayer de faire supporter le poids du corps par le talon exclusivement. Dans ce but, nous proposons donc de faire confectionner pour ce malade des chaussures disposées de telle sorte que le talon seul soit soumis à une pression. Le malade, il est vrai, sera comme monté sur deux échasses, très basses à la vérité, et dans un équilibre peu stable ; mais, si ce moyen réussit, il sera pour lui plus avantageux que des amputations successives. En tout cas, si ce moyen échoue, il sera toujours temps d'en revenir à une ablation des parties d'os altérées.
Deux mots encore sur ce malheureux. Les pieds, suivant lui, ne seraient pas seuls soumis à ces accidents. Il est âgé de trente-cinq ans; il est ébéniste. S'il fatiguait beaucoup, les mains, dit-il (et une triste et longue expérience ne l'a fait que trop bon juge et doit donner une certaine valeur à ses renseignements), les mains seraient soumises aux mêmes accidents. Plusieurs fois il a dû suspendre ses travaux, parce qu'il était menacé de voir se développer les phénomènes que nous avons observés sur les pieds.
Terminons cet article en citant un fait extrêmement curieux observé par M. Richet (1), et qui peut-être pourra servir à tracer l'histoire de la singulière affection qui nous occupe.
Une malade, âgée de vingt-deux ans, a dû subir l'amputation intramai léolaire pour les lésions suivantes : *
A l'âge de huit ans, elle présenta, sans cause appréciable, une fissure au talon, qui s'accrut en profondeur et en largeur au point d'atteindre en quelques mois le squelette.
Le calcanéum fut dénudé et une partie éliminée. Plusieurs années après, la même affection se présenta au gros orteil, puis envahit successivement tous les autres doigts du pied, et détermina la perte des phalanges. Au moment où la malade se présenta à l'hôpital Saint- Louis, il ne restait plus de son pied qu'une masse informe arrondie, située sous le tibia et le péroné, recouverte d'une cicatrice dans presque toute son étendue, mais offrant dans quelques points des portions osseuses nécrosées, perforant les parties molles.
On put voir sur la pièce qu'il présenta, que ce qui reste du calcanéum fait saillie à travers les parties molles et tend déjà à se détacher. Tous les métatarsiens ont été successivement éliminés, et il ne reste plus que le premier. Rien, dans l'examen des parties molles, ne peut faire soupçonner la cause de celte singulière maladie qui débute par une fissure des parties molles, pénètre jusqu'aux os qu'elle nécrose.
(1) Gatette des liépitaux, n° du 8 janvier 1859. — Société de chirurgie, séance du 29 décembre 1858.
AFFECTIONS DU CALCANÉUM. 1085
puis s'arrête sans qu'on puisse dire pourquoi elle a commencé, pourquoi elle Unit.
§ VI. — Affections du calcanénm.
A. — Ostéite des adolescents.
Le calcaoéum est le siège d'une ostéite chronique avec carie chez les jeunes sujets; il est probable qu'il s'agit d'ostéite juxta-épiphysaires au point d'union des deux pièces du calcanéum. Cette ostéite se montre à la suite de marches forcées, ou de chule sur les pieds, ou bien encore à la suite d'une fièvre grave.
Le mal se présente sous forme de tuméfaction diffuse sur l'une ou l'autre face du talon, en dedans ou en dehors. On diagnostique un abcès froid, que l'on ouvre et dont l'ouverture reste fistuleuse. La fistule se ferme» se rouvre, et cela dure quelquefois des années.
On a appliqué à cette lésion le curage des os, préconisé par M. Sédillot, puis le drainage de l'os. Cette méthode a été employée par moi à l'hôpital Çochin avec un plein succès. Voici comment on procède pour pratiquer ce drainage : On introduit un perforatif dans la fistule qui donne le plus, et on le fait pénétrer aussi loin que possible dans la cavité osseuse ; on traverse alors la partie dure de l'os, puis le tégument même, avec le perforatif, et l'on passe le drain, qu'on laisse en place six à neuf mois (1).
D'autres chirurgiens ont fait l'ablation du calcanéum ; la moindre des objections à faire à celte opération est que les malades ne peuvent pas marcher sans appareil après cette opération (2).
B. — Sarcome du calcanéum.
Chez les sujets de tout âge, il peut se développer dans le calcanéum des tumeurs de consistance fibreuse que l'on appelait jadis fibromes du calcanéum, et que le microscope a permis aujourd'hui de mieux connaître sous le nom de sarcome fascicule ou sarcome à myéloplaxes, et qui se comportent comme des cancers ; plus le sujet est jeune, plus la tumeur est vasculaire, plus la marche est rapide.
Il y a un certain nombre de tumeurs de ce genre dans les Bulletins
(1) Dejpréj, Chirurgie journalière, p. 239.
(2) Polaillon, Dkt. encycl. des sciences méd., art. caixaméim.
de la Société anatomique (4). La tumeur se développe au centre de l'os et acquiert un développement quelquefois énorme ; mais, avant que la tumeur ait acquis un grand volume, il y a du gonflement audessous des chevilles qui fait croire à une tumeur blanche tibio-tarsienne, mais la conservation des mouvements éclaire le chirurgien.
J'ai vu deux tumeurs de ce genre chez des adultes et, Ton avait appelé ces tumeurs des fibromes. Jarjavay et Robert, qui avaient opéré les malades, avaient diagnostiqué des fibromes. La malade de Robert a succombé à une généralisation dans Tannée qui a suivi l'opération.
Lorsque la tumeur a acquis son développement complet, il n'y a pas d'erreur de diagnostic possible; la tumeur n'est point fluctuante, et la pression détermine en quelques points le bruit de parchemin, analogue à celui qu'on observe dans les tumeurs fibreuses des mâchoires.
L'amputation de la jambe est la meilleure opération que Ton puisse pratiquer.
ARTICLE IV