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AFFECTIONS DES ONGLES

Sous le nom d' onyxis on désigne habituellement, non-seulement les affections de la matrice de l'ongle, mais encore les ulcérations que le bord de l'ongle produit sur le sillon latéral auquel il correspond. Cette dernière est toutefois désignée le plus souvent sous le nom d'ongle incarné, d'ongle entré dans les chairs. Ces affections sont essentiellement différentes; aussi les décrirons-nous dans deux paragraphes distincts, réservant le nom d'onyxis seulement aux maladies de la matrice de l'ongle.

§ I. — Onyxis.

L'onyxis est traumatique ou spontané. Dans le premier cas, la maladie est généralement aiguë ; dans le second, elle affecte une marche essentiellement chronique.

A. Onyxis traumatique. — Cette affection s'observe le plus souvent à la suite des contusions des doigts ou des orteils; quelquefois elle est le résultat de piqûres, l'instrument vulnérant ayant passé sous l'ongle et étant arrivé jusqu'à la matrice.

(1) Nélaton et Houel, Bullct. Soc. anat., 1864, p. 257.

ONTXIS. 1087

Presque immédiatement après l'accident, les malades accusent de la chaleur, une douleur très vive; puis du pus se dépose entre l'ongle et la matrice et s'échappe bientôt autour de sa circonférence. L'ongle s'ébranle et tombe, laissant à nu le derme plus ou moins rouge, plus ou moins enflammé.

Il n'est pas très rare, à la suite de contusions de l'ongle dans le voisinage de sa racine, de voir la maladie prendre une marche un peu différente. Les malades n'accusent point de douleurs, l'ongle parait seulement un peu plus opaque à sa base ; puis il s'ébranle pendant qu'un ongle nouveau apparaît sur la lunule ; l'ongle nouveau chasse au-devant de lui l'ongle ancien, qui ne tarde pas à tomber sans avoir causé aucune douleur. Cette chute de l'ongle s'observe quelquefois à la suile des contusions les plus légères: chez les vieillards, dont les ongles sont épais, à extrémité libre recourbée, la pression de la chaussure sufOt pour faire basculer l'ongle et provoquer sa chute.

Mais la maladie n'est pas toujours aussi simple. Lorsque l'inflammation est très violente et qu'elle se prolonge pendant longtemps, la matrice se désorganise quelquefois, elle sécrète du pus très fétide, et, après la guérison, on voit se former un ongle difforme qui peut à son tour être cause d'accidents en irritant les tissus sous-jacents.

En général cette affection n'est pas grave et ne nécessite point de traitement bien énergique : des émollients, des bains locaux, suffisent dans presque tous les cas. Si la maladie était entretenue par un corps étranger, il faudrait l'extraire le plus tôt possible ; pour cela, on amincirait l'ongle ou on l'échancrerait dans le point le plus favorable à l'extraction ultérieure. La fétidité du pus sera combattue avec des lotions de chlorure de chaux.

B. Onyxts chronique. — Cette affection est quelquefois désignée sous le nom A'onglade, A*onychia maligna (Wardrop). Elle se développe spontanément, le plus souvent sans cause appréciable, quelquefois comme conséquence d'une syphilis constitutionnelle, du scorbut, d'une grossesse chez une malade cachectique ; on la rencontre plus souvent aux gros orteils et aux pouces qu'aux autres doigts.

Au début, on voit une tuméfaction légère, un cercle rougeâtrc se montrer au niveau de la racine de l'ongle; peu à peu le gonflement augmente, la peau prend une teinte violacée et finit par s'ulcérer; on voit alors suinter entre la racine de l'ongle et la peau une suppuration abondante, jaunâtre ou grisâtre, très fétide ; en même temps l'ongle se ternit, devient jaunâtre et se décolle, et bientôt tombe, soit spontanément, soit sous l'influence de légères tractions.

La matrice de l'ongle, rouge, inégale, entourée d'un bourrelet qui saigne au moindre contact, sécrète du pus grisâtre très fétide ; les malades accusent des douleurs très vives; quelquefois les vaisseaux

lymphatiques s'enflamment et les ganglions éloignés se prennent; des accidents généraux, de la lièvre, de l'inappétence, se déclarent.

Au bout de quelque temps, l'ongle se trouve remplacé par des lamelles de substance cornée, molles, que Ton voit bientôt s'élever obliquement ou perpendiculairement sur la partie moyenne ou sur les parties latérales de la surface ulcérée. L'irritation causée par la déviation de l'ongle de nouvelle formation entretient l'inflammation ; on voit l'extrémité unguéale du doigt prendre des dimensions considérables : il ressemble, dit Wardrop, à une épaisse spatule.

Cette affection est généralement grave. D'abord elle est de longue durée, puis elle peut se terminer par la perte de la phalange unguéale.

Les antiphlogistiques ordinaires sont généralement insuffisants pour combattre l'onyxis chronique ; on a conseillé les préparations mercurielles, l'iodure de potassium, mais ces agents n'ont de succès que dans les onglades de nature syphilitique.

Dupuytren conseillait l'ablation de la matrice de l'ongle. Il saisissait l'extrémité de l'orteil ou du doigt affecté entre le pouce et l'index de la main gauche, tandis que de la droite, armée d'un bistouri convexe, il faisait une incision semi-lunaire à concavité antérieure sur la face dorsale de l'orteil, à un centimètre environ en arrière du bord libre de la peau qui recouvre la racine de l'ongle; puis, relevant le lambeau d'arrière en avant, il détachait avec un bistouri toute la peau qui était en rapport avec l'ongle. Cette opération est extrêmement douloureuse. Béclard, après avoir arraché l'ongle ou le divisant dans son milieu, cautérisait fortement avec l'azotate d'argent toute la palpe mise à nu ; deux ou trois cautérisations suffisent en général pour produire la guérison.

Lorsque, chez les enfants scrofuleux, la phalange est enflammée, ramollie, lorsque l'altération osseuse est profonde, il y a lieu, comme le conseille Baffos, de faire l'ablation de la phalange.

§ II. — Ongle incarné.

On donne ce nom à une affection produite par l'irritation que détermine la pression des bords de l'ongle sur les tissus destinés k les supporter. Elle siège presque exclusivement au gros orteil, et dans la majorité des cas sur le côté interne. Boyer a observé l'incarnation au troisième orteil, Breschet à tous les orteils; mais ces faits sont pour ainsi dire exceptionnels. On cite quelques cas dans lesquels on a vu la partie antérieure du gros orteil entamée par l'ongle anormalement recourbé. Je l'ai observé aux doigts de la main, à la suite d'un panaris sous-unguéal ou d'un ooyxis.

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