‹ Eléments de pathologie chirurgicaleChapitre 18 sur 102 · DU MAL VERTÉBRAL DE POTT · texte numérisé non relu

DU MAL VERTÉBRAL DE POTT

les cas mêmes où la douleur s'est montrée avec le plus d'intensité^ elle finit presque constamment par disparaître au bout de quelques mois : alors apparaît un symptôme nouveau.

La colonne vertébrale s'infléchit en avant; une ou plusieurs apophyses épineuses soulèvent la peau, deviennent saillantes en arrière; en un mot, il existe une gibbosité. Tantôt celle-ci apparaît instantanément à l'occasion d'un mouvement brusque, d'un effort; d'autres fois elle met plusieurs semaines, plusieurs mois avant d'être formée ; d'autres fois enfin une année entière est nécessaire pour que la saillie anguleuse des apophyses soit bien prononcée; il est d'ailleurs facile de comprendre que la gibbosité doit se montrer plus facilement dans la région dorsale que dans les régions cervicales et lombaires. En effet, la première est normalement convexe en arrière; les apophyses épineuses dorsales sont très-longues, très-obliques, de sorte que le moindre redressement de ces prolongements osseux suffit pour faire saillir leur extrémité, tandis que le cou et les lombes présentant en arriére une concavité, les apo- .pbyses épineuses^ qui sont d'ailleurs beaucoup moins longues que dans la région dorsale et dirigées horizontalement, forment une courbe plus régulière et offrent rarement une saillie considérable. Au lieu d'une gibbosité, il y a plutôt un simple redressement de la courbure naturelle, une rectitude anormale.

J'ai dit ci-dessus que la douleur dorsale précède ordinairement la déformation de l'épine : il n'en est cependant pas toujours ainsi. Quelquefois, en effet, on voit une gibbosité se produire sans que le malade ait éprouvé aucune douleur. D'autres fois enfin la maladie suit sa marche et arrive à son dernier terme sans que l'épine présente aucune déformation; c'est là ce qui avait fait inventer à Boyer sa facile théorie de la carie superficielle et profonde, par laquelle il expliquait cette différence dans les symptômes. Suivant lui, la première n'attaquant que la surface d'une ou de plusieurs vertèbres, les corps de ces os conservaient leur consistance et leur forme naturelle; tandis que dans la seconde la totalité du corps d'une ou de plusieurs vertèbres étant d'abord ramollie, gonflée, le changement de consistance de cette partie la rendait incapable de supporter le poids des parties situées au-dessus, et déterminait un affaissement et une déformation. Mais nous avons vu précédemment que la carie ne doit être admise qu'à titre d'exception, et que ce prétendu ramollissement général du corps des vertèbres, admis sur la parole de Boyer, ne s'observe jamais; c'est là un fait que Pott avait fort bien reconnu : aussi, après avoir admis ce ramollissement dans son premier mémoire, l'auteur anglais déclare-t-il formellement dans un second qu'il s'était trompé d abord; qu'il a pu se convaincre par de nouvelles recherches que les os n'ont rien perdu de leur consistance normale. Nous avons vu d'ailleurs comment ce fait trouve une explica-

iSà AFFECTIONS HBS OS.

tion rigoureuse dans Tétude des deux formes de l'affection tuberculeuie des vertèbres.

En môme temps que se montre la déformation de l'épine, apparaissent des troubles fonctionnels importants à noter : ainsi les muscles qui empruntent leurs nerfs à la partie de la moelle située au niveau ou au-dessous du point altéré perdent en partie leurcontractilité; il n'y a d'abord que de la faiblesse ou des mouvements involontaires : bientôt on observe un état de rigidité musculaire ou de contracture, Celle«ci occupe plus souvent les muscles fléchisseurs que les extenseurs, tend à entraîner les membres abdominaux dans un état de flexion per* manente : et quand elle devient durable, ce qui est rare, elle peut laisser les muscles affectés raccourcis ; c'est ce qu'on observe surtout aux mollets.

D'autres fois on observe une véritable paralysie du mouvement; la marche, la station debout, deviennent impossibles et les membres inférieurs sont comme des masses inertes. Les deux membres peuvent être inégalement affectés : plus rarement les membres supérieurs seuk sont paralysés. La sensibilité tactile est moins souvent abolie, cependant cela se voit quelquefois : il est plus rare encore de trouver de l'byperesthésie. J'ai observé sur quelques sujets, qui présentaient une para* lysie complète du sentiment et des mouvements volontaires, ces mouvements réflexei sur lesquels Prochaska, Legallois, Lallemand, Calmeil, et plus récemment Marshall Hall, MM. Cl. ficrnard et MuUer, ont fixé l'attention des physiologistes. En effet, chez ces malades il suffisait de toucher, même légèrement, la |>eau des membres inférieurs, pour voir ceux-ci se rétracter aussitôt, comme cela s'observe quand on vient à piquer les membres abdominaux d'une grenouille à laquelle on a coupt* la moelle épinière. La propriété excito-moirice et Vaction réflecdve de la moelle, que l'on a surtout étudiées sur les animaux inférieurs, existent donc aussi chez Thomme.

Suivant M, Bouvier, Tintensité de ces phénomènes réflexes est d autant plus grande que la sensibilité est mieux conservée et que le mouvement volontaire est plus complètement paralysé. Il est vrai que cette action réflexe apparaît surtout quand la paralysie est limitée au mouvement, et qu'elle disparaît quand la paralysie du mouvement et du sentiment sont complètes dans les membres inf^Tieurs. — Bien que l'irritabilité musculaire persiste ordinairement dans les membres affectés, elle peut être abolie de même que le mouvement réflexe. Elle peut également |)ersister alors que le niouvoment n^flcxe est perdu. M. Du* cbenne (de Boulogne) pense que rabolition de cette irritabilité indique une lésion grave de la moelle : cela n est pas encore très-bien établi, car il guérit le malade dont il publie Tobser^ation.

Ce défaut d'action nerveuse se fait sentir non- seulement sur les niem-

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