ARTICLE XLIII
OSTÉOMÉLÂNOUES.
Synonymie : Mêlanose des os.
La mêlanose des os est une affection dont le tissu fondamental est constitué par une altération spéciale des globules sanguins, altération sur laquelle nous reviendrons en parlant de l'examen microscopique. La rareté de la mêlanose des os explique pourquoi sa description est encore confondue dans les traités de chirurgie les plus modernes, avec celle d'un grand nombre d'autres tumeurs, sous le nom de cancer des os. Nous avons eu Toccasion d'en observer plusieurs exemples. Quelquesunes des pièces que nous avons eues entre les mains ont ser^i à M. le docteur Ordoûez pour ses belles recherches sur la mêlanose. Nous utiliserons tous ces matériaux pour la rédaction de cet article. Nous avons pris soin aussi de consulter les six observations que MM. B. Ânger et L. Worthington ont réunies dans une excellente monographie.
Anatomie pathologique. — La mêlanose peut envahir les os primitivement ou consécutivement. Or, il est difficile^ dans Tétat actuel de la science, de décrire séparément ces deux variétés, et de dire quels sont les os qui ont le plus de tendance à être primitivement envahis^ attendu que dans presque toutes les autopsies on a reconnu que la maladie était généralisée dans un grand nombre d'organes.
Pour mieux décrire l'étude anatomique des ostéomélanonies, nous passerons en revue : 1^ leur tissu ; 2* leur évolution ; 3° les désordres qu'dles occasionnent dans les organes voisins.
1* Tissu mélanique. — Lorsqu'on examine à l'œil nu le tissu qui se dépose dans les os affectés de mêlanose, on voit qu'il offre une teinte noirâtre qui a valu à cette affection le nom qu'elle porte. Cette coloration rappelle ordinairement celle de la truffe ou de la sépia; quelquefois cependant elle est vineuse, grisâtre ou jaunâtre comme celle des foyers bêmorrhagiques altérés. Sa consistance est peu considérable : à l'état de crudité, elle est friable^ peu cohérente et n'oppose à la pression du doigt qu'une faible résistance : à l'état de ramollissement, elle ressemble à un magma granuleux ou à un liquide épais. Dans le premier cas, on constate la présence de quelques feuillets ccUuleux et de vaisseaux qui, dans le second^ ont presque entièrement disparu.
L'examen microscopique de plusieurs tumeurs mélaniques des os a démontré à M. Ordonez que la matière noirâtre et vivement colorée est composée, comme celle des autres tumeurs mélaniques, de granulations moléculaires agrégées en nombre variable, qui ne sont autre chose que des globules sanguins à différents degrés d'altération, et qui consti-
568 AFFBcnOHS des os.
tuent l'éléoient fondamental. Les éléments accessoires sont des débru de capillaires sanguins, des granulations graisseuses, quelques cristaux d'hématoidine, des granulations calcaires et des éléments celluleiu.
En résumé, suivant M. Ordofiez, qui depuis un grand nombre d'années a donna des preuves à l'appui de son opinion, le sang éprouve chez les malades affectés de mélanose des changements analogues à ceux qui surviennent à la suite des états dits scorbutiques. GoUis prétend avoir reconnu que le tissu d'une tumeur soumise à sou exunon était composé de cellules pigmentaires, granulées, sans trace de cellulei cancéreuses. M. B. Anger prétend avoir trouvé chec un de ses malades, de grosses cellules à plusieurs noyaux, dont la teinte était obscurcie par des granulations pigmentaires, mais quelques-unes, en petit nombre, avaient une teinte brune ou rouge&tre. Tout autour étaieut de grosses cellules adipeuses et des globules de pus. C'est du pigment qui ae développe dans l'épai»seur de certains tissas, oomme l'épiderme se généralise dans l'épithélioma. Suivant H. OrdoficE, l'erreur de ces chirai^eiu tient à ce que l'hématine s'était déposée par infiltration dans des éléments normaux, cellulenx oa myéloplaxiques par exemple, qu'ils ont cru, en raison de leur coloration, être hétéromorpbe.
2* Évolution. — L'évolutioB du produit mélanique diffère suivant qu'il donne naissance i de petites masses qui se creosenl, dans le tissu osseux, des cavernes plus ou moins spacieuses, ou qu'il forme de petites taches disséminées dans les cellules du tissu spongieux ; de là deux variétés, l'une enkystée, l'antre infiltrée.
n. Formé enkystée. — Il est rare (le trouver une seule tumeur enkystée dans le tissu spongieux. \,c plus souvent on rencontre (dusieurs masses, do volume viiriablc, qui sont tantrtl dispersées, tantôt Irts-rapprochées : dans ce dernier cas, (:lle<! ont une grande tendance i k fusionner. Lor^îqu'on les di-lache h l'aide de légères tractions, on recoo-
OSTfiOlHELANOMES. 5(i9
t (\ae les pavois de la cavernu tpii lus cipconscrit ont une Idnle noi- D et sont fréquemment le siège d'unfl hj-perlrophie inlcrslilielle. bllc-rt ne s'élend guère au delà d'un cenlimtMrc. Un pou plus tari!, les "Oductions morbides envahissent le canal motlultÉiire «t décollent le périoste qui complète la cavitii de réception. On voit alors cette membrane Gbreuse s'épaissir, se vasculnriser et donner naisance à des ostéophyles qui ont quelquefois une assez grande étendue (flg. 2àO].
^b. Fiyrme infiltra. —Lorsqii'W est infiltn^, le tissu morbide remplît ■ cellules spongieuses auxquelles il ndhëre habituellement ai peu 1*11 suinte k la coupe ou qu'il se laisse enlever 5 l'aide d'un simple et d'eau. L'infiltration est quelquefois tirconscrilo, mais le plus souvent elle onvaliit l'os dons tonte son étendue. On itt alors ta matière mor- Be apparaître au travers 1 pëiioste ou même des HHbB^s diarthrodiaux.
iqn'on l'enlûve, onconc qu'elle a fait dtsparal- (tle tissu adipeux qui. à tat normal, remplit les Iules spongieuses, et que l lamelles osseuses qui mprisonnent ont courre leur blaneheur et r intégrité. Toutefois, un 1 plus tard, celk-s-ci fl- »CDt eltes-m^uies par se ■uipc; les noyaux se fumnent et la fomic cn- >të« se produit. On sait kllcurs que ces deux for- I coexistent habiluellent lorsque la maladie est Wéefk une période asseï Pic. 241. — civc ncéc. Le tissu de la inéie, de même que celui
( autres tumeurs, peut a. C-Tenu owii» Innilr^ Jo »4l»»w. — C, ttnnchù
devenir le siège d'altém- îJ^Xs-rn" " ""™° '"""°""'' "' '"" '""" "
lions qui sont habituelle-
iDPot d'ftutiint plus prononcées que la tumeur etit plus volumineuse.
Los plus fréquentes simt le ramoilissemenl, la suppuration et l'ulcé-
ration.
inuiiiquunt poumon. — Coupe;
ti^M damle*.
ïortrtralc miLiniquc corniiio riivenie mûlanique du lur l« ligpc mMiina dei ver-
3*" Etat des parties voisines. — En môme temps que ces changements s'accomplissent, ont voit la tumeur refouler le périoste et les organes voisins; parfois même elle les irrite, les ulcère et les détruit, comme on le voit sur la figure 2i!ii.
Ëtiologie. — L'observation ne nous ayant rien appris sur Taction que les causes physiques ou physiologiques peuvent exercer sur le développement de ces tumeurs, nous laisserons de côté cette question; nous ferons seulement observer qu'elles sont rares avant Fâge de vingt-cinq ans, et qu'elles atteignent leur maximum de fréquence de quarante à soixante ans.
Diagnostic. — Les mélanomes ne donnent lieu à aucun symptôme spécial, tant qu'ils sont intra-osseux. Par contre il est assez facile de reconnaître à leur teinte noire ceux qui sont superficiels et qui font une saillie apparente au-dessous des téguments. Cette teinte, visible à travers la peau, est réellement pathognomonique et donne au diagnostic une grande valeur. Les mélanomes des os acquièrent rarement un grand volume; quelques-uns cependant atteignent celui d un œuf de poule ou même celui du poing. Ils ont une faible tendance à guérir ou à rester stationnaires : par contre ils en ont une très-grande à récidiver, et surtout à se généraliser. Cette généralisation s'opère habituellement par les lymphatiques de la région ; mais souvent elle a lieu dans les viscères les plus éloignés sans que les ganglions voisins paraissent affectés. Ces tumeurs se distinguent des autres ostéocèles par leur coloration spéciale, leur marche rapide et par leur malignité; toutefois lorsque la tumeur est profonde et que le diagnostic laisse quelques doutes, il importe de pratiquer dans la tumeur une ponction exploratrice, afin d'en extraire quelques parcelles et do les soumettre à Tcxamcn microscopique.
Traitement. — Nous ne connaissons aucun moyen médical assex puissant pour ralentir la marche de cette afi'ection, dont la nature nous échappe. Nous n'hésitons môme pas à rejeter les moyens chirurgicaux toutes les fois que la tumeur est peu circonscrite ou qu elle occupe une région dangereuse. Les procédés opératoires qiii otTrent le moins de chance dn récidive et auxquels par conséquent il convient de donner U préférence, sont la résection et l'amputiition.