ARTICLE XLVI
DES OSTEOCTSTOMBS.
Synonymie. — Kyit^i de» o».
Bien que les kystea des os forment une famille pathologique qui comprend plusieurs espèces très-diCfércnles au point de vue des altérations nnatomiques, j'ai cru devoir les réunir dans un même article, à cause (le la ressemblance presque complote qui exisle entre les symptômes de ces diverses affections, dont le traitement présente d'ailleurs des indications li peu près semblables. Une description collective nous permettra d'éviter les répétitions qu'entraînerait nécessairement l'histoire particulière de chaque variété.
On chercherait en vain, soit dans les auteurs anciens, soit dans les traités dogmatiques de chirurgie publiés vers le commencement de et siècle, la description des kystes des os. Cette affection, dont le caractèfp essentiel était méconnu, devait iMicessairement être confondue avec l'exostose, et c'est mémesousce nom que sont publiés les rares exemples
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de kystes osseux que Ton trouve dans les divers recueils scientifiques ; ainsi, Bordenave, dans un très-bon mémoire sur les Exostoses de la mâchoire inférieure (i), en a rassemblé trois cas^ dont un observé par lui-mèrne, un second emprunté à la dissertation de Runge sur les principales maladies du sinus (2), et le troisième à Morello, chirurgien des hôpitaux de Beaune. Les exostoses cartilagineuses de la membrane médullaire dont parle A. Gooper ne sont que des kystes osseux enveloppant les productions fibreuses. Une tumeur de même nature est aussi indiquée par Hawkins sous le nom d'exostose cartilagineuse. Mais ce fut Dupuytren, dont les premières observations remontent à 181 3^ qui le premier reconnut le véritable caractère de la maladie, donna les moyens de la reconnaître et en fixa le traitement. (Yoy. Leçons orales, etc., t. II, p. 129.)
II se creuse quelquefois dans le$ os des cavités closes de toutes parts, et contenant, soit de la matière tuberculeuse, soit une masse solide d'une autre nature, comme cela s'observe dans les chondromes, les myéloplaxomes, les fibromes, les fibroplaxomes et les carcinomes. II ne sera point question, dans cet article, de ces sortes de kystes dont nous avons déjà fait la description dans des articles spéciaux, et auxquels ne s'appliqueraient que dans des limites très-restreintes les données générales que nous allons exposer. Notre description se rattache exclusivement aux kystes osseux contenant un liquide.
Les rédacteurs des Leçons orales de Dupuytren parlent d'un kyste contenant de Tair qui aurait été observé par Lecat sur les os du crâne; mais il est probable que, dans ce fait, il s'agissait d'une dilatation des «inus frontaux. Nous reviendrons sur ce point dans Tarticle qui sera consacré aux pneumalocèles du crâne.
Anatomie et physiologie pathologiques. — Les os maxillaires supérieur et inférieur sont ceux sur lesquels on a eu le plus souvent l'occasion d'observer des kystes contenant un liquide ; on en rencontre cependant sur d'autres os : c'est dans les parties formées par le tissu compacte que ces kystes ont été observés.
Les produits liquides qu'ils renferment sont de la sérosité transparente, citrine comme celle que Ton trouve dans l'hydrocèle, d'autres fois trouble, séro-purulente ; ou bien un liquide filant, visqueux comme celui qui constitue Thydropisie des sinus maxillaires et frontaux ; enfin, dans certains cas, une sérosité colorée par une certaine quantité de sang.
La disposition que présente l'intérieur de ces tumeurs permet d'en décrire deux variétés distinctes : les unes sont formées par une poche
(1) Mémoim de VAcad. roy. de cMr., t. V, p. 338.
(2) Haller, Disp%tUUkmes cMrwrgicœ, 1. 1, p. 216.
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unique, ki/ite» unilacuhir
kijsie» multiloeulairft.
Ces kystes ont (Ick dtnicnsioris varlublos : les uns roniHmt une petiti^
cavité arrondie Ae \ ou 3 rcnlim^trcs de largeur; \ct> auln» ont do*
dimenaions beaucoup plus considérables, ti ou S centinifetres, vX mAiDf davantage; jo ne parlo ici «juf des kystes unilocu)ain*s ; raat
dont nous niions p.lrliT tm'a-n-
Icnt Eouvont d*- Ireaucoup plus .
L'intérieur de li-iir subdivisé eu un grnod nuuitxv <li- Icigcs secondaires jiar det cloisons oBBeuscs; il exiite alon un kyste mulliloculofre foriu^ ivi[' l'agglomération do plusi^un poclips, qui lantiH connuM ' qnput fntre elles par cl perforations igiio pn^ leurs piin.iiH,liiiitiM sont fi dp toutes parts. J'ai pr^walAtli Société de ckirttrgit, dansTanta^ 1864, unfort belexen)plR(lecr4 kystes uiultilm^ulnirvscoDlenul ili> lu s^rosil<!sanguiiiol^Dl& Li tumeur, qui occupait le (émat gauohe était étendue d«paia la base du grand Irorhantcr jui^ qu'À 2 centimètres des conilylu fémoraux, et elle résultait ik F«. 248.-KïM« mulUW„..i«. ,lÉv«lopp4, l'"«8l«n'*«tiond'utieiimllU«ih (Uni le corps du Wmur. — On j rcmnrquo de kyste» dont la plupart anun BTMd nombre de colluUi qui «wenl la- raient pU Contenir une lK«ix.
«Dicntci,— (fi'ipràa unspiics danacoIlM- celte pièceanBlamiqui.-(lig.2M).
Uoa ptrUcHlière.) Un exemple wmbliible m
trouve meniiounti dan» Ir Hié*
moire de Bresfihet sur les anéïrysmes de» os ; on en Iroiive un u«»-
itièmo dam Travers (cité par liawkîns).
L'intérieur de ce» kystes est Upi»é par une membmiu? lisw, | ayant l'aspect des nienibranes sért^usi^; il existe donc In p1u« analogie enli'e ces tumeurs ot les kystes séreux des parlîi» muUi^"
Leur moile de déVL'Iuppenicnl pat imitnrtanl à suivra : la navilèeKH^
DES OSTÉOCYSTOMES. 603
au centre de l'os s'agrandit peu à peu^ le liquide distend le tissu de l'os qui s'amincit graduellement et finit par ne plus présenter qu'une lamelle extrêmement mince, qui cède sous la pression du doigt
Étiolooie. — Rien n'est plus obscur que les causes de cette affection ; on l'attribue tantôt à des contusions, tantôt à l'arrachement d'une dent, ou à toute autre violence exercée sur un os; mais l'influence de ces causes est extrêmement douteuse. Le développement presque exclusif des kystes osseux dans l'une et l'autre mâchoire, les rapports de quelques-unes de ces tumeurs avec la racine d'une dent à laquelle le kyste semble attaché, indiquent que révolution dentaire n'est pas étraïigère à la production de cette maladie. A cela se réduisent les notions que nous possédons sur l'étiologie.
Symptomatologie. — Au début, cette affection est caractérisée par une tumeur indolente ou peu douloureuse, faisant corps avec un os, dure, résistante comme les tumeurs osseuses, donnant plus tard, à la niain qui la presse, une sensation de crépitation comparable au froissement d'un parchemin sec, sensation qui disparaît par moments lorsque la coque osseuse a été déprimée un certain nombre de fois, et qui reparaît le lendemain ou les jours suivants. Lorsque par les progrès de la maladie la lame osseuse qui forme le kyste a été complètement détruite dans certains points, le liquide soulève alors le périoste, et le doigt peut reconnaître de la fluctuation. Les téguments qui recouvrent la tumeur ne présentent aucune altération, ils sont exempts d'adhérences. Au début, ces kystes ne donnent lieu à aucune douleur; plus tard, il se développe des douleurs sourdes, continues, qui s'accroissent sous l'influeneedes variations atmosphériques. Indépendamment des symptômes que nous venons de passer en revue, et qui appartiennent h tous les kystes osseux, il en est quelques- uns dépendant de la place occupée par la tumeur. Lorsque celle-ci se développe à l'une des mâchoires, les dents deviennent vacillantes et tombent ; la mastication, la phonation, sont plus ou moins troublées. Si la tumeur occupe un os long du membre inférieur, celui-ci peut devenir trop faible pour supporter le poids du corps et se fracturer avec une extr(}mc facilité : c*est là ce qui est arrivé dans le cas que j'ai rapporté précédemment d'un kyste multiloculaire du fémur; la malade se fractura le col du fémur, en faisant un mouvement dans son lit. Dans tous les cas, cette maladie marche avec une extrême lenteur : le kyste met plusieurs années à acquérir le volume dont nous avons parlé.
Diagnostic. — Les affections avec lesquelles on peut confondre les kystes osseux sont : les exostoses, les chondromes, les myéloplaxomes, les fibroplaxomes, les fibromes, le cancer, les hydatides, les anévrysmes des os.
Une tumeur s'est développée aux dépens d'un os ; la première ques-
60ii AFFECTIONS DES OS.
tion à décider est celle de savoir si clic est formée dans toute sa profondeur par du tissu osseux, ou si elle présente dans son centre une cavité contenant une substance solide ou liquide. — Au début de la maladie^ nous ne possédons aucun signe qui puisse nous aider à résoudre ce problème; mais plus tard, s'il s'agit d'un kyste, la lame osseuse qui en forme la paroi amincie, distendue, cède sous le doigt et donne lieu à cette crépitation particulière dont nous avons parlée signe qui ne peut laisser aucun doute. Après avoir éclairci ce premier point, il reste à savoir quelle est la nature du produit contenu dans le kyste : est*il solide ou liquide? La ponction exploratrice conseillée par Dupuytren fera cesser rincertitude : s'il s'écoule un liquide on en reconnaît la nature, et le diagnostic ne laisse plus rien à désirer. Reconnalt-on, au contraire, que la tumeur renferme une masse solide, organisée^ on peut encore être incertain s'il s'agit d'une tumeur chondromateuse^ myéloplaxique, fibroplaxique^ fibreuse ou d'un cancer. Suivant Dupuytren^ Tostéosarcome s'annonce dès le début par des douleurs lancinantes, par une tuméfaction variqueuse, par l'altération simultanée des parties molles ou dures environnantes, par leur dégénérescence fongoïde et par de nombreuses inégalités. Dans les kystes osseux, au contraire, les parties environ* nantes ne participent pas à la maladie; leur surface est lisse, ^ale, et leur accroissement tout à fait indolent. Les ostéosarcomes se développent avec rapidité; l'accroissement des kystes est bien moins rapide. I<es ostéosarcomes sont intérieurement traversés par des esquilles, par des fragments osseux ; ces fragments ne se rencontrent jamais dans le:» tumeurs de l'autre nature, etc. Quant à la crépitation, qui est un signe pathognomonique des tumeurs enkystées^ on ne robserve pas dans l'ostéosarcomc. Les propositions précédentes, que nous venons de transcrire d'après Dupuytren, pourront certainement aider à formuler un diagnostic dans certains cas douteux ; mais on a pu remarquer qu'elles ne s'appliquent pas d'une manière rigoureuse à cette forme de cancer qui se développe au centre d'un os qu'il distend peu à peu; or, c'est précisément cette forme du cancer qui peut le plus facilement être confondue avec un kyste osseux.
Quant aux anévrysmes des os^ leur siège ordinaire dans le tissu spon* gieux, puis plus tard les battements expansifs, permettront d'éviter toute erreur.
Pronostic. — La gravité des kystes osseux est variable suivant leur siège, leur étendue, leurs rapports, l'état des parties voisines, l'existence ou l'absence de complications. Les kystes multiloculaires sont les plus graves de tous, à cause du volume énorme que prend la tumeur et de l'impossibilité de vider toutes les cellules qui renferment le liquide.
Traitement. — Les kystes osseux ne peuvent être guéris que par uoe
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Opération qui consiste à les ouvrir et à les vider^ de manière à faciliter le retrait graduel de leurs parois. Bordenave conseillait, pour les exostoses creuses de Tos maxillaire inférieur, d'arracher une ou plusieurs dents, et de pénétrer dans l'intérieur de la cavité par le fond des alvéoles ; Dupuytren préfère avec raison attaquer la tumeur dans le point où les parois distendues et amincies se prêtent le plus aisément à la perforation : c'est ordinairement par Tintérieur de la bouche que Ton conduit rinstniment; un bistouri un peu fort peut facilement être enfoncé dans la coque osseuse^ que l'on incise ensuite dans une étendue suffisante pour livrer une issue facile à la matière contenue dans la poche. Si une simple incision n'ouvre pas une voie assez large, on excise une partie de la paroi du kyste; lorsque celle-ci présente une certaine épaisseur, il peut être nécessaire de la perforer en y appliquant une couronne de trépan^ ainsi que M. Huguier Ta fait avec un succès complet pour un kyste de la mâchoire inférieure. Lorsque le liquide s'est écoulé^ on introduit dans la cavité de la charpie, afin d'irriter la membrane qui la tapisse et de la faire suppurer. Le foyer revient alors sur lui-même, la coque s'affaisse^ et au bout de quelques mois Tos a repris complètement sa forme et son volume normal. Pour empêcher le séjour des liquides altérés dans le foyer, il peut être utile de faire dans son intérieur des injections détersives avec de Teau simple ou de Teau chlorurée. Si ce moyen ne suffit pas, Dupuytren conseille de faire une contre- ouverture dans le point le plus déclive du kyste, au-dessous de la base de la mâchoire, et de taire passer un séton à travers la poche.
ARTICLE XLVll.
Leshydatides se développent très -rarement dans les os; aussi n'est-il pas étonnant que cette affection n'ait point été décrite dans nos traités dogmatiques de chirurgie. Suivant Dezeimeris, qui a rassemblé tous les cas connus jusqu'en 1838 (1), ce seraient Van Vy et Vander Haar qui les premiers auraient fait mention de cette altération des os, qui a été bien décrite par A. Bérard dans le Journal de médecine ou Répertoire général, t. XXII, p. 510.
Anatomie et PHYSiouKiiE PATHOLOGIQUES. — Dcs hydatidcs ont été vues sur la plupart des os du tronc ou des membres. Celui sur lequel on les a observées le plus souvent est le tibia : deux pièces montrant des
(1) V Expérience^ 1838, n° 3â. Notes additionnelles ùune observation de M. Fricke sur les hydatides du bassin.