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ment est extrêmement rebelle. Bien qu’on cite des guérisons complètes, après la réduction, les malades restent exposées à des récidives. On a vu des femmes vivre longtemps avec un renversement, mais beaucoup ont fini par succomber, soit à une débilitation progressive, soit aux accidents terminés par ce déplacement.
Traitement. — Nous n’avons pas à nous arrêter ici sur les précautions h prendre pour prévenir le renversement de la matrice à la suite des accouchements (traitement prophylactique) ; ce point se trouve exposé avec détail dans les traités d’obstétrique.
Lorsque le renversement est récent et peu accentué, les dernières contractions de la matrice suffisent quelquefois pour opérer le redressement (1). Hors de ces conditions, il faut procéder à la réduction de . l’organe, et les difficultés sont généralement en rapport avec le degré de renversement et l’ancienneté de la maladie.
1“ Réduction. — : La réduction de l’utérus renversé, lorsque l’accident est récent, n’oft're pas en général de grandes difficultés, pourvu qu’on la tente à l’instant même ; car si l’on attend, il ne tarde pas à survenir des complications qui mettent obstacle à cette réduction, — Un point sur lequel les auteurs diffèrent d’opinion est celui de savoir s’il faut procéder h la délivrance avant ou après la réduction; nous pensons qu’il est préférable de détacher d’abord le placenta et de remettre en place la partie déplacée, dont le volume sera diminué d’autant.
Lorsque le déplacement est ancien, les efforts de réduction causent souvent des douleurs intolérables; aussi doit-on employer l’anesthésie. Dans un cas où il put obtenir la réduction d’un renversement datant de quatorze mois, Barrier repoussa avec ses doigts le fond de Tulérus de haut en bas et d’avant en arrière, en prenant un point d’appui sur le sacrum. — Si l’on échoue, on pourra tenter la compression permanente, afin de refouler les tissus graduellement, et essayer le galvanisme conseillé par Baudelocque. — Bakewell (1881) a pu obtenir la guérison à l’aide de la faradisation, dans un cas où il y eut menaces de mort par choc traumatique et hémorrhagie (2).
La réduction, qui est l’indication fondamentale du traitement à employer tout d’abord, est donc loin d’être aussi facile qu’on pourrait le croire, surtout dans les inversions anciennes et complètes. —
A cet cft'et, on s’est servi de repoussoirs (Depaul), qui, pour agir d’une façon efficace, doivent être appliqués sur le point diamétralement opposé au col; c’est là un procédé très dangereux que nous rejetons en-
(1) Le renversement de l’utérus n’est pas une lésion dont on puisse espérer la guérison spontanée, et l’on doit considérer comme exceptionnel le lait de Saxlorpli, dans leiiuel une inversion partielle, survenue pendant le travail, dont il avait tenté vainement la réduction, s’opéra spontanément deux jours après l’accouclicinent.
(2) llakewell, in the Lancet, 15 octobre 1881.
DÉPLACEMENTS DE l’uTÉRUS.
tièrement, car dans toutes ces tentatives de réduction, on ne doit se servir que des mains, — taxis du fond, laœis du corps (Pajot,Tarnier). Denucé conseille surtout le taxis par refoulement latéral.
Le pessaire à air, sphérique, de caoutchouc, a réussi quelquefois à maintenir la réduction. Balhédal (de Bayonne) a pu arriver à un bon résultat après vingt et un jours de compression (1).
Courty a réussi à obtenir la réduction spontanée après onze jours de compression par le pessaire sphérique à air, de caoutchouc, de Gariel ; une autre manière d’appliquer la compression est de se servir d’un pessaire en forme de godet monté sur une tige métallique à courbure périnéale et s’appuyant sur le fond de l’organe. A la partie inférieure de la tige s’attachent quatre bandes élastiques dont on fixe les extrémités libres à une bande de diachylon formant ceinture (J. Williams).
A. Edis (2) a pu aussi obtenir le replacement d’un utérus inverti depuis cini] ans.
T. Kroner, Denucé, ont employé avec succès le pessaire à eau, ou Colpeurynter (vessie de caoutcbouc dans laquelle on injecte un demilitre d’eau) ; mais si l’organe est fixé par des adhérences, ou bien s’il existe une hyperesthésie empêchant la pression de la vessie de caoutchouc, ce procédé est contre-indiqué.
Si la réduction est impossible, doit-on immédiatement avoir recours à l’opération radicale? Évidemment non, si l’affection ne s’accompagne pas d’accidents compromettant les jours de la malade, ou que les accidents soient tolérables. — On commencera donc par s’adresser au traitement palliatif, c’est-à-dire à des moyens contentifs tels que pessaire à air, coussin périnéal retenu (par un bandage en T) à une bonne ceinture, qui est un excellent moyen hémostatique; moyens généraux reconstituants, décubilus horizontal, irrigations froides, et l’on combattra les ulcérations, qui ne tardent pas à se produire. — Mais si des accidents surviennent, qui mettent la vie de la malade en danger (hémorrhagies incessantes, leucorrhée abondante, douleurs intolérables, impossibilité de marcher ou de se livrer à un travail quelconque); en un mol, si ces accidents sont intolérables, on pourra avoir recours à l’amputation de l’utérus, moyen qui jusqu’à ces dernières années paraissait condamnable, mais qui, grâce au perfectionnenient dont il a été l’objet, a donné aujourd’hui un certain nombre de guérisons. — Nous devons dire toutefois que dans bien des observations publiées comme résections complètes de l’utérus, on n’a en réalité enlevé qu’une partie de l’organe.
(1) G. 11. Taylor, Diseuses of Women, llieir causes, prévention and radical cure
Irad. par E. Deseiuic, in Journal d'Iiijyiene, n“ 7, 1" janv. 187ü. ’
(2) A. Edis, in Uril. Medic. Joum., p. 5(H, mars 1«83.
7iO Al'FECTIONS DES URGANES GÉNITAUX DE LA FEMME.
2° Cure radicale. — Amputation ou résection de l'utérus. — Hystérotomie externe (1). — La simple excision avec le bislouri (Velpeau) ou avec les ciseaux, eU’emploi du serre-nœud de Vécraseur linéaii'e,û& Tmise galvanique, ou de la ligature simple, ne peuvent être ici utilisés avec sécurité, parce qu’on court grand risque, en agissant ainsi, d’ouvrir la cavité péritonéale avant l’établissement d’adhérences solides au [niveau de la section. — H en est de môme, quoique avec un degré moindre de danger, du procédé de Valette, de Lyon (3), qui est une combinaison de la ligature et de la cautérisation avec le chlorure de zinc.
C’est à la ligature élastique que l’on a recours aujourd’hui (Denucé), car ce procédé paraît oürir, d’après les observations publiées récemment, moins de dangers que tout autre. C’est Courly qui le premier l’a mis en usage et en a décrit longuement le manuel opératoire dans son traité (1'''’ partie, p. 736).
Périer (4) a eu plus récemment deux succès au moyen de la ligature pratiquée à l’aide d’un fil de soie sur lequel il exerçait des tractions élastiques au moyen d’un anneau de caoutchouc; la disposition des fils est telle que la traction peut être augmentée à volonté tous les deux ou trois jours. — Poinsot s’est également servi du môme procédé (5), et dans la thèse d’Adrien Simon (1880), plusieurs cas de ligature élastique appliquée à l’utérus inversé ont été aussi relatés.
L’opération est des plus simples. — Elle consiste à attirer doucement l’utérus à l’aide d’une pince de Museux et à placer le lien élastique, énergiquement serré, à la base de la tumeur. Courty conseille de tracer le sillon du fil au préalable avec le fer rouge ou le thermo cautère, ce qui abrège et facilite l’opération en la rendant moins douloureuse; on serrera modérément d’abord, puis énergiquement le lendemain. La chute se fait assez rapidement. — Dans cinq opérations dues à Courty (6) (1875), Arles (7), Hue et Chauvel (8), la guérison a été ob-
(1) Denucé, De V hystérotomie externe appliquée au traitement de l'inversion utérine, in Ihill. de l'Acad. de méd., 9 novembre 1875.
(2) üazin, Ablation de l'utérus inversé au moyen du serre-nœud, in Dull. de la Soc. de chir., 1879. Chute de l’utérus neuf jours après,
(3) Valette, Clinique chirurgicale de VIIàtel-Dieu de Lyon. p. 190. Paris, 1875.
(4) Périer, Sur deux observations d’inversion utérine traitée par la ligalure avec tractions élastiques, in Dull. et Mémoires de la Soc. de chir., séance du 16 juin, n" 6, p. 379 et suiv., avec discussion. 1880.
(5) Poinsot, inversion utérine, amputation de l’organe au moyen de la ligature élastique, in Ballet, et Mém. de la Société de chirurgie, 1880, p. 424.
(6j Courty, Mémoire lu à l’Association française, in Gai. hebd.. Il octobre 1878.
(7) Arles, Association française, pour l’avancement des sciences, session de Clermont-Ferrand, 1876, p. 763.
(8) Hue, Contribution à l’étude du traitement de l’inversion totale ancienne de l’ulérus. Rapport de Guéniot, in Bull, et Mém. de la Soc. de chir., 11 juin 1879. — Clmte de la tumeur au bout de quaranle-deu.'i jours seulement.
DÉPLACEMENTS DE l’uTÉRUS.
tenue : — ce sont là certainement des résultats très encourageants, mais nous faisons néanmoins de grandes réserves au sujet de l’efficacité de cette méthode; nous en dirons autant de la méthode suivante.
Dans les cas d’ulérus inversé, ayant résisté à toute tentative de réduction, Gaillard Thomas (1), de New-York, procède ainsi : 11 fait repousser par un aide ITitérus dans le vagin; il incise la paroi abdominale comme pour rovariotomie, pénètre dans l’abdomen, va au col, et introduit dans l’utérus retourné une pitice divergente pour dilater ce dernier. Cette dilatation supprime l’obstacle au retour de l’utérus à sa forme normale et les pressions par le vagin le réduisent. On agit pour le reste comme dans toute gastrotomie. — Il a traité deux cas de celte manière avec un succès et une mort. Il pense même que cette opération bien réglée serait moins meurtrière que l’amputation de l’utérus inversé.
Nous ne pouvons nous associer à cette manière de voir, et nous n’hésitons pas à lui préférer, encore dans des cas spéciaux, l’ablation de l’utérus inversé à l’aide de la ligature élastique.
Nous résumerons donc, avec Gourty, le traitement général le plus rationnel del ’inversion utérine dans les conclusions suivantes : ,
1® Inversion récente : réduction artificielle par le taxis fait avec les doigts et en rejetant tout instrument spécial, repoussoir ou autre. Le procédé de Courty est le meilleur, et consiste à mettre deux doigts de la main gauche qui se courbent en crochet pour retenir le col, tandis que les doigts de la main droite refoulent l’utérus en commençant par les parties sorties les dernières.
2“ P/ms tard^ essai de la réduction spontanée par la compression exercée à l’aide du pessaire à air de Gariel. — Combattre les accidents.
3“ Si Vutérus résiste et si les accidents continuent (hémorrhagie abondante, etc.), on tentera encore la réduction artificielle par le taxis, avec le secours de deux doigts courbés en crochet dans le rectum, taxis aidé de l’anesthésie et au besoin de débridements pas trop multiples (Courty).
4“ Si l’utérus résiste encore et si le danger d' épuisement par hémorrhagie devient pressant, faire l’ablation du corps de l’utérus parla ligature élastique. Courty applique cette dernière dans un sillon tracé par le thermo-cautère. — Après cette opération, ij reste une petite portion vaginale du col, ne difi'érant pas sensiblement de celle qui se voit normalement dans le vagin.
(1) Gaillard Thomas, Traité clinique des maladies des femmes, trad. Lutiuul, t. I, 1879, p. 790.
§ IV. — Ulcérations du col de l’utérus.
On désigne sous le nom ^'ulcération de l'utérus toute espèce de j solution de continuité non traumatique du col utérin, s’étendant en surface et en profondeur et entretenue par une cause générale ou locale.
Envisagée d’une manière aussi générale, cette affection présente une foule de variétés bien différentes quant à leur siège, leur éten- , due et surtout leur origine; — de là un grand nombre de classifications. (
Les ulcérations du col ne constituent pas en effet une entité mor- | bide spéciale et elles ne doivent être considérées que comme un sym- j ’ptàme (1) : ou bien elles sont consécutives! à la métrite chronique, ou | bien elles sont sous la dépendance d’un état général, d’une diathèse | (herpès, eczéma, psoriasis, syphilis, néoplasmes). ;
Au même titre que la leucorrhée, le catarrhe utérin, les granula- tions ou les fongosités du col, ces ulcérations
vent un processus, une terminaison particulière de la métrite chronique{2). ‘
Parmi les gynécologistes qui ont le plus contribué au développement de nos connaissances sur cette matière, nous devonsciter.Lisfranc,
J. H. Bennet (3), Aran, Huguier, G. Mayer, Tyler Smith, Emmet, • Ruge et Velt, ûesprés, de Sinety, Courty, Scanzoni, Gallard, etc. — Obled, dans sa thèse sur Vétude des ulcères simples du col utérin, en a fait l’exposé nosologique (1878). I
Dans sa thèse de concours de 1848, Robert (4) les a divisées en i deux grandes classes : 1“ ulcérations de nature inflammatoire', 2“ ulcéra- ' tions spécifiques. — Nous ne décrirons pas toutes les espèces qui s’y * trouvent indiquées ; en effet, les ulcérations cancéreuses, syphilitiques, diphthéritiques du col utérin ne diffèrent que par leur siège des affections de môme nature observées dans les autres parties du corps. — Quant aux ulcérations décrites sous le nom d'ulcérations scrofuleuses, herpétiques, scorbutiques, leur existence, dit Velpeau, est loin d’être démontrée.
(1) Gosselin, De la valeur symptomatique des ulcérations du col utérin, in Arcit- , génér. de méd.. A’ sér., 1845, t. 11, p. 129, et Clinique chirurgicale de la Charité,
3* édit., Paris, 1878.
(2) Guénard, Des ulcérations du col dans la métrite chronique, llicse iiiaug. n° 121, Paris, 1862.
(3) Bennet, Traitement pratique de l’ inflammation de l'utérus, traduit par Peter,
(•i) Robert, Des affections granuleuses, ulcéreuses et carcinomateuses de Vutérus, thèse de concours de clin. chir. Paris, 1848.
ULCÉRATIONS DU COL DE l’uTÉRUS.
Au point de vue anatomique, Després (I) admet quatre catégories : 1® Vulcère érythémateux, qui est sans élevure ni excavation ; 2® 1 ulcère glandulaire, qui est un degré plus avancé et qui intéresse le derme et tes glandules; Z°Yidcère chancreux chancre phagédénique,
plaque muqueuse); 4" Vulcère cancéreux. — De 1849 à 1870 plus de trente thèses inaugurales passées à la Faculté de Paris sur ce sujet ont reproduit, en les interprétant de manières diverses, les idées théoriques émises par chaque chef de service et le mode de thérapeutique préconisé par lui. — Nous décrirons surtout ici les ulcérations de nature inflammatoire.
Anatomie pathologique. — Les ulcérations de l’utérus présentent des différences très tranchées quant à leur profondeur et à leur marche.
Les unes, superficielles, sont désignées sous le nom d’eVosions ; plus profondes, elles constituent les ulcérations simples proprement dites; d’autres se couvrent de petites granulations : ce sont les ulcérations granuleuses. A une troisième catégorie appartiennent les ulcérations fongueuses.
1® Éj'osions et ulcérations simples. — La membrane muqueuse de l’utérus est détruite dans une certaine étendue; quelquefois l’ulcéra- ! tion est tellement superficielle, qu’on ne constate qu’une simple rougeur mal limitée : — cet état constitue le premier degré de l’ulcération. Bientôt celle-ci gagne en profondeur et envahit la membrane mu- - queuse dans son épaisseur; mais il est rare que cette membrane soit détruite en entier. Les bords de l’ulcération sont souvent gonflés, hypertrophiés, disposition qui peut faire croire à la destruction d’une grande partie des tissus. — On rencontre particulièrement cette variété au pourtour de l’orilice externe du col sur l’une des deux lèvres, et t plutôt la lèvre postérieure; elle peut s’étendre à la cavité du col, mais I, il est extrêmement rare de la voir dépasser Forifice interne et gagner I le corps del’utérus. — Cette ulcération est ordinairement unique.
■Quand la lésion est très superficielle, le col est simplement dépoli et un peu plus rouge qu’à l’état normal ; le doigt ne constate ni difiérence de niveau, ni changement dans la densité du col. Mais lorsque l’ulcération est ancienne, la surface est légèrement déprimée, inégale, avec saillies dues à des follicules enflammés (Huguier) et elle prél sente une teinte d’un rouge violacé.
p| La surface ulcérée est couverte d’une couche de muco-pus, quel- ||| quefois extrêmement adhérente ; le col est plus mou. Lorsque l’ulcét ration a envahi la cavité du col, cet organe reste entr’ouvert (Aran).
(1) A. Després, Traité iconographique de l’ulcération et des ulcères du col de Vulérus,
2“ Ulcérations granuleuses. — Si les saillies indiquées plus haut prennent un développement assez considérable sur de l’nlcéraliun, on a Vulcération granuleuse. — Celle-ci est plus excavée que dans l’espèce précédente ; ses bords sont proéminents ; les bourgeons charnus qui la recouvrent font saillie et saignent au moindre contact; la surface de l’ulcère est d’un rouge violacé. — Le col est plus déformé que dans l’ulcéralion simple et perd ses dimensions anatomiques normales, que Guyon (1) a bien étudiées ; les lèvres sontgonüées, écartées ; le museau de tanche est entr’ouvert.
3“ Ulcérations fongueuses. — Dans la plupart des cas, ces ulcérations sont consécutives aux précédentes, et elles offrent la plus grande analogie avec l’affection décrite plus loin sous le nom de fongosités utérines. — Comme elles, on les trouve dans la cavité du col et môme dans l’intérieur de la matrice ; dans l’unet l’autre cas, la maladie est constituée par des saillies développées les unes contre les autres, d’un rouge sombre, avec congestion de l’utérus de la partie supérieure du vagin ; au moindre contact, elles saignent abondamment. — Ces ulcères fongueux, en choux-fleurs, en crêtes de coq, se montrent à une période avancée de la métrite et s’accompagnent souvent d’une turgescence veineuse du vagin et du col où rampent des veines variqueuses (Scanzoni).
ElHs {the Lancet, 1862) a décrit une forme qu’il désigne sous le nom ([’ulcère sénile du col, de couleur rouge, saignant facilement et très tenace ; elle s’observe entre cinquante et soixante ans, et ne disparaît que par des caustiques puissants, tels que l’acide nitrique, la potasse, le fer rouge.
Les ulcérations du col s’accompagnent d’engorgement de cetorgane. Celle lésion est-elle primitive, est-elle au contraire la conséquence de l’ulcère? Les uns pensent que les ulcérations ne se développent que consécutivement à l’engorgement et que ce dernier lui-même est la conséquence d’une métrite catarrhale ; cependant il n’est pas très rare de voir des ulcérations simples sans catarrhe et sans engorgement ; d’autre part, chez certaines malades, on a vu l’engorgement se manifester après.
Quoi qu’il en soit, les lésions du col concomitantes sont principalement V induration et Vliyperh'opliic, telles que le col peut acquérir jusqu’au volume du poing d’un adulte. — Cette hyperplasie occupe soit les deux lèvres, soit seulement l’une d’elles ; dans ce cas, la portion hypertrophiée forme une saillie qui dépasse de beaucoup la lèvre opposée. Chez les femmes qui ont eu des enfants, le col hyperirophié est
(1) Guyon, Élude sur les cavités de l'ulérus, lliùsc inaiig. Paris, I8Û8.
ULCÉRATIONS DU COL DE l’UTÉUUS.
divisé ea plusieurs lobes indurés qui pourraient faire croire à un cancer, si chacun d’eux n’était pas parfaitement régulier et s’ils n’étaient pas séparés par des sillons qui parlent du centre de l’orifice ; enfin on voit souvent avec les ulcérations coïncider des déviations plus ou moins étendues.
Vulcéi'ation due à la grossesse ne consiste en général qu’en une érosion assez superficielle, siégeant tout autour de l’orifice cervical et ne présentant, en somme, rien de particulier. Cependant, en pareil cas, s’il existait antérieurement une altération du col (Gourty) l’ulcère pourra acquérir des proportions plus considérables et des caractères spéciaux : c’est ainsi qu’on le voit devenir granuleux, fongueux et mollasse, saignant avec facilité, et s’entourer de bords irréguliers dont la coloration bleuâtre témoigne d’une congestion et hypertrophie de l’organe cervical utérin.
Nature. — Histologie. — La description de la structure microscopique des ulcérations du col a été donnée en Allemagne par E. Wagner (1876), par Ruge et Veit (1879) (1), et par de Sinety (2) en France.
Toutes ces descriptions, où l’on retrouve à peu près la même division en ulcérations simples, folliculaires, papillaires, semblent prouver l’identité de structure de l’ulcère avec celle de la muqueuse cervicale, et rentrent par conséquent dans les idées émises par Guillaume Fischel.
Cari Ruge et Veit Considèrent ces ulcérations comme une transformation des cellules du corps de Malpighi, qui creusent dans le derme muqueux de véritables glandes sécrétant un liquide muqueux et mucopurulenL : c’est une hyperplasie du corps de Malpighi. — Toutes ces ulcérations, sauf celles qui sont d’origine cancéreuse, seraient des anomalies nutritives. Aussi conseillent-ils les scarifications, les incisions, et même l’amputation (Le Blond).
De Sinety {Assoc. française pour V avancement des sciences, session de Reims, 1880) considère ces ulcérations comme des pseudo -ulcérations. L’histologie, en effet, lui a démontré que l’altération du col commençait au-dessous de l’épithélium par une infiltration d’éléments embryonnaires, par conséquent qu’elles étaient toujours une manifestation de la métrite. — C’est ce qui l’a amené aussi à conclure que les caustiques légers, le nitrate d’argent par exemple, étaient complètement impuissants, et qu’il fallait avoir recours aux saignées locales et aux scarifications.
Dans un travail sur la structui'e et la signification pathologique du col
(1) J. Voit, Zur hrosiomfrage (Contribution à l'étude de l’érosion), in Zeitschrift pur Geburstshülfe und Gynœcologie, liand VIII, llcft I, 1883, et in Ilevue des sciences médic. de G. Ilayem, If) juillet 1883, p. 225.
p2) De Sinety, in Uull. de l’Acad. de méd., 8 août 1880.
Utérin, Guillaume Fischel (1) a esquissé la description clinique et histologique des ulcérations qui compliquent la métrile chronique, et il est arrivé, de l’un comme de l’autre côté, i\ démontrer que ces ulcérations, qu’elles soient sm/i/es, folliculaires on papillaires, ne sont autre chose que la muqueuse cervicale devenue visible, soit par suite de la dilatation de l'orifice externe, soit par un abaissement, presque toujours congénital, de la limite des muqueuses vaginale et cervicale et de leurs épithéliums : — pour lui, l’ulcération folliculaire n’est pas autre chose que la muqueuse cervicale enflammée très riche en formations glandulaires; et l’ulcération papillaire est une muqueuse cervicale riche en papilles et enllammée.
Cornil et Rigal (1879) ont observé chacun un cas, ûhdcération tuberculeuse analogue à celle de la langue. L’ulcération, dans l’un d’eux, était déprimée, taillée, à pic avec trois petits points jaunes en voie de ramollissement; dans l’autre, il existait comme sur le vagin de petites granulations plates demi- transparentes.
Symptomatologie. — Un des symptômes les plus constants des ulcérations utérines est un écoulement muco-purulent dont l’abondance, variable, n’est pas en rapport avec l’étendue de l’ulcération. Le liquide est tantôt du véritable pus, épais, jaunâtre ; tantôt il est simplement muqueux, transparent, filant comme du blanc d’œuf; tantôt il est d’un blanc laiteux. — La nature de cet écoulement est surtout en rapport avec les inflammations concomitantes de l’utérus, de la cavité du col et du vagin. Il n’est pas rare de voir survenir un écoulement sanguin à la suite d’un effort ou du coït, ou môme sans cause appréciable.
Quelques malades portent des ulcérations très étendues et très anciennes sans ressentir aucune douleur ; chez d’autres, les souffrances ne se montrent qu’au moment des règles : elles se font sentir dans les régions lombaires, iliaques, hypogastrique, ovariques, au niveau des grandes lèvres, dans les aines, les cuisses, etc.; le contact du doigt et le coït donnent lieu parfois à une certaine sensibilité, mais en général l’nlcération n’est guère douloureuse par elle-même.
Si l’ulcération s’accompagne d’un engorgement notable du col, il vient s’ajouter de la pesanteur dans le bassin, et môme du ténesme rectal et vaginal.
Presque toujours on constate des troubles de la menstruation : tantôt elle est très douloureuse, tantôt irrégulière ; les règles sont plus rapprochées ou plus éloignées. La période menstruelle offre souvent une durée plus courte, et il n’est pas rare de la -voir s’interrompre pour reparaître un ou deux jours après. Enfin, chez un certain nombre de malades, l’écoulement sanguin est extrêmement abondant et
(I) Fiscliel, in Ann. de gynéc., p. 231, Paris, octobre 1881.