‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 160 sur 225 · III. — Vulvite glandulaire · texte numérisé non relu

III. — Vulvite glandulaire

L’inflammation et les abcès de {'appareil glandulaire de la vulve se présentent sous deux formes, suivant que la maladie affecte les follicules isolés, ou la glande vulvo-vaginale, ditedeBarlholin. Ces deux espèces

(1) D. Surjus, Ihèse de Lyon, 28 juin 1882.

(2) Gosselin, Clinique chirurgicale de l'Iiôpilal de la Charité : Abcès de la grande lèvre, l. U, p- 403. Daris, 187:1; 2° édit, 1870.

AFFECTIONS DE LA VULVE. — VULVITES. o»<3

d’inflammation ont été bien étudiées par Iluguier dans son mé^ moire (l), par Martin et Léger (2) et par A. Guérin.

A. — Vulvite folliculaire.

Symptomatologie. — La folliculite vulvaire, qui est l’inflammation des follicules isolés, est caractérisée par la succession de petites inflammations se manifestant dans autant d’organes séparés; de sorte que les trois périodes propres à chaque inflammation isolée indiquent moins, les changements qui se manifestent dans l’organe tout entier que ceux qui s’opèrent dans chaque follicule.

Elle est divisée par Hugiiier en trois périodes :

1® L’éruption, 2® la suppuration, 3® la dessiccation.

\'‘ Éruption. — La sécrétion des follicules est plus abondante, la vulve est légèrement tuméfiée, et elle offre une teinte rosée. Bientôt on voit paraître, sur la face externe des grandes lèvres {vulvite sébacée), sur les petites lèvres, de petites saillies bien appréciables au toucher, dont le volume varie depuis celui de la tête d’une épingle jusqu’à celui d’un petit pois, assez fermes et assez profondes, qui au bout d’un certain temps deviennent d’un rouge vif et finissent par être confluentes. La peau est saine entre chacun de ces points enflammés. Les nymphes ont perdu leur souplesse. L’éruption peut s’étendre au mont de Vénus, à 1a partie interne des fesses, au pli génito-crural, où elle est bien moins confluente que sur la zone génitale (3).

Les malades accusent du prurit, de la cuisson; mais la douleur ne se montre guère que quand les malades se sont grattées ou que les parties génitales ont été soumises à des frottements rudes et réitérés; la traction des poils est douloureuse si la maladie a envahi les follicules pileux.

La durée de cette période est très variable; mais il est à remarquer que tous les follicules ne devenant pas malades en môme temps, ceux qui ont été envahis les premiers sont déjà arrivés à leur période de suppuration, et même de dessiccation, alors que la maladie commence seulement pour d’autres follicules.

2® Suppuration. — Au bout d’un certain temps les parois du follicule

(1) Iluguier, Maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux de la femme, in Mém.de l'Acad. de méd., 1850, t. XV, iio 5‘21.

(“2) Martin et Léger, Recherches sur l'anatomie et la pathologie des appareils sécréteurs des organes génitaux de la femme, in Arch. gén. de médecine, 1862, t. XIX p. 174.

(3) Kicordi, De la folliculite vulvaire, in /bm. de dermatologie, 1870, p. 208.

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enflammé suppurent; les petits boutons deviennent plus saillants e.f plnsvolumineux, ils rougissent principalementàleur base, et la rouLmur s’étend. A mesure que la pusttde devient plus saillante, son sommet paiit, et l’on aperçoit la matière purulente qu’elle renferme. Bientôt la petite tumeur se rompt spontanément ou déchirée par le frottement et par les ongles des malades.

A celle période, les cuissons, la douleur augmentent d’intensité. — Ou bien les pustides ouvertes au niveau des points qui sont constamment secs se couvrent d’une croûte jaunlUrc, au-dessous de laquelle on trouve le goulot du follicule dilaté et ulcéré; — ou bien elles se vident do leur contenu, et laissent apercevoir de nombreux petits orifices qui permettent l’introduction d’un stylet jusqu’au centre du follicule. Quelquefois tout le goulot s’ulcère, se détruit, et le fond du follicule se trouve sur un plan plus élevé que les bords de l’orifice.

Souvent un certain nombre de follicules n’arrivent pas jusqu’à cette période, le pus se résorbe, et il reste un noyau induré qui persiste fort longtemps.

Chez certaines femmes et surtout celles qui sont enceintes, qui prennent peu de soin de leur pei'sonne et qui font de longues m irches, la vulve se présente dans un état vraiment repoussant; toutes les parties sont rouges, tuméfiées, agglutinées les unes aux autres, recouvertes d’un liquide épais, gluant, constitué par la sueur, le pus et le, sébum.

3“ Dessiccation. — Après un temps variable, on voit les symptômes s’amender, la sécrétion morbide devenir moins abondante, la muqueuse et la peau pâlir, les ulcérations se cicatriser; puis tout rentre peu à peu dans l’état normal. — A. Guérin a donné le nom de vulvite miicipare à cette forme localisée à la muqueuse entourant l’orifice des glandes à mucus (follicules mucipares d’Huguier), qui, au nombre de 12 àl5, sont situées à la face interne des petites lèvres, sur les parties latérales et autour du méat, où elles s’ouvrent par de larges orifices ou lacunes : sa description rentre du reste dans celle que nous venons de tracer.

Étiologie. — Cette affection s’observe principalement pendant les chaleurs de l’été; elle est plus fréquente chez les personnes brunes à système pileu.x très développé, chez les femmes rousses et lymphatiques. Elle se montre surtout pendant la grossesse.

Comme causes déterminantes citons la malpropreté, les fatigues, les frottements répétés, les frictions avec les pommades; — elle accompagne souvent l’eczéma chronique de la vulve.

Diagnostic. — Il est en général facile de ne pas la confondre avec les furonculeux, (|ui ont des caractères assez tranchés; avec Vherpès, dont le siège, la forme et le mode d’évolution des vésicules

AFFECTIONS UK LA YULYK. — VULYlTliS.

ne peuvent guère laisser de doute; — avec Vecthyma, dont l’éruption n’est pas aussi confluente, et ne se montre jamais sur les petites lèvres et sur la face interne des grandes. .

C’est surtout avec les affections syphilitiques c\nQ la folliculite vulvaire peut être confondue. — Huguier a beaucoup insisté sur ce point, en montrant combien pouvait être funeste l’usage des préparations mercurielles chez les femmes affaiblies atteintes de cette maladie. — Le plus souvent la folliculite s’observe chez les femmes enceintes, ce qui e st le contraire pour la syphilis; les ulcérations vénériennes se rencontrent principalement àl’entrée du vagin, à la base et sur la face interne des petites lèvres; enfin, dans la folliculite, les pustules sont à divers états de développement, les unes cicatrisées, les autres à leur première période, et elles occupent la face externe des grandes lèvres. Au contraire, les ulcérations spécifiques s’étendent et se réunissent en un vaste ulcère, qui augmente peu à peu de profondeur. Malgré tout, il n’est pas Irès rare d’observer des cas où des praticiens habiles se trouvent dans un grand embarras: on doit alors réserver son diagnostic (West) (1).

Pronostic. — La vulvite folliculaire n’est pas grave; cependant lorsqu’elle se montre avec une certaine intensité, elle devient assez sérieuse, à cause de la gêne et des douleurs qu’elle détermine, des abcès des grandes lèvres qu’elle peut occasionner, de la difficulté qu’on a à la guérir, enfin de ses récidives si fréquentes.

Traitement. — Le chirurgien déterminera d’abord la cause ; — il conseillera le repos, les grands bains, les bains de siège, les onctions et les applications émollientes et légèrement antiseptiques; les différents feuillets des pai ties génitales externes seront tenusséparésà l’aide d’un linge fin enduit de vaseline, de glycérine, etc. Si les ulcérations tardaient à se cicatriser, on les toucherait avec le nitrate d’argent (crayon ou solution de chlorure de zinc, etc.).

Nous conseillons aussi la médication alcaline, et nous proscrivons surtout les vinaigres de toilette ei les cosmétiques acides, qui n’ont d’autre résultat que de prolonger cette affection qui déjà par ellemême est souvent très rebelle.

li. Phlegmons et abcès de la glande vulvo-vaginale {bartholinite).

llugider considérait la glande vulvo-vaginale, glande de Bartholin ou de Duverney (analogue des glandes de Cooper, chez l’homme), comme formant un organe limité, entouré d’uue enveloppe fibreuse.

^ (I) Gli. West, Leçons sur les maladies des femmes, traduites de l’anglais nar Mau nae. Paris, 187U. ® *

De Sinety (l) a démontré, au moyen de coupes comprenant toute la hauteur de la glande et des tissus ambiants, qu’elle diffuse et comosée d’un grand nombre de grainsglandulaires disséminés sans ordre régulier et souvent séparés les uns des autres par du tissu conjonctif el des faisceaux de muscles striés. Celte disposition anatomique explique la multiplicité et la ténacité de certains kystes et des fistules de cette région, malgré des opérations en apparence radicales.

Depuis la description si complète que nous en a laissée Huguier, les abcès de la glande de Bartbolin ont été l’objet d’études nombreuses, parmi lesquelles nous citerons celles de Faguet (2) , Aubenas (3), E. Breton (4), A. Guérin (5), Mareschal (G), Gallard (7), Martineau (8).

Ces abcès constituent, pour la grande majorité des cas, ce que tous les auteurs, jusqu’à Huguier, ont décrit simplement sous le nom d’abcès de la vulve, abcès des grandes lèvres. Après avoir succinctement passé en revue les généralités propres à ces collections purulentes, nous verrons quelles sont les particularités spéciales à chacune des deux variétés reconnues par Huguier: abcès du conduit, abcès de la glande elle-même.

Étiologie. — Ces abcès se rencontrent principalement chez les jeu nés femmes, et il est rare qu’on les observe au delà de quarante ans; — ils résultent, le plus souvent, des premiers rapports conjugaux, alors qu’il existe une trop grande disproportion entre le pénis et l’orifice vulvaire, des excès de coït, des contusions, du froissement de la vulve et de toutes les violences mécaniques exercées sur cette région.

La malpropreté et des poussées fréquemment répétées de folliculite simple peuvent finir par leur donner naissance, surtout si elles sont jointes à une vulvite catarrhale rebelle ; ces abcès ne sont en effet très souvent qu’un épiphénomène ou une complication de cette dernière affection, de l’érythème invétéré ou de l’érysipèle vulvaire.

Symptomatologie. — La maladie débute souvent d’une manière assez brusque, par une douleur vive, de la chaleur, de la tension des parties

(t) De Sinety, Histologie de la glande vulvo-vaginale, in Soc. de biologie, 31 juillet 1880 et Gai. méd. de Paris, n° 35.

(2) Faguet, Des abcès des grandes lèvres el de la glande vulvo-vaginale, thèse de Paris, 1857, n° 168.

(3) Aubenas, Tumeurs de la vulve, thèse d’agrégat, chir. Strasbourg, 1860.

(4) E. Breton, De la barlholinite, ou inflammation de la glande vulvo-vaginale, thèse de Strasbourg, 2' série, n“ 562, 1861.

(5) A. Guérin, Malad. des organes génit. extér. de la femme, t. I. Paris, 1864.

(6) Mareschal, Des abcès des glandes vulvo-vaginales, thèse inaug. Paris, 1873.

(7) T. Gallard, Leçons de clin. méd. sur les maladies des femmes, elAjin. de gynéc.,

sept. 1878, p. 161. j- i ,

(8) Martineau, De l'inflammation de la glande vulvo-vaginale, in France médicale, 21 juillet 1880.

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