‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 161 sur 225 · AFFECTIONS UE LA VULVE. — VULVITES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS UE LA VULVE. — VULVITES

génitales externes et inôiiic de la région du périnée. Une des grandes lèvres devient plus spécialement le siège de chaleur très intense, de tuméfaclion et de rougeur ; la fièvre s’allume ; il se fait un suintement ichoreux, Acre, qui en agglutine les poils, et bientôt on observe une saillie de grosseur variable sur la face interne de la partie postérieure de la grande lèvre, qu’elle allonge par en bas dans le voisinage de la fourchette. Sa coloration est d’un rouge vif, presque brillant; la tension est considérable ; la douleur, au moindre contact, extrêmement prononcée, et toute la région est humectée d’un mucus filant. La fluctuation n’est pas toujours très aisée k percevoir. — « Cet abcès, dit Velpeau (I), échapperait facilement à l’exploration, si le chirurgien s’en tenait à une simple exploration extérieure. Pour le trouver, il convient de porter l’extrémité de l’index dans le vagin, pendant que le pouce reste en dehors de la grande lèvre, afin de ramener, en les pinçant un peu, tous les tissus au dehors, comme pour les avoir mieux sous les yeux. Par celte manœuvre, on distingue aussitôt la tumeur sous la forme d’un petit globe, d’un œuf, au milieu de l’empâtement général de la grande lèvre. Avec un doigt de l’autre main, rien n’est plus facile que de constater en même temps si cette tumeur est fluctuante ou non ; autrement, les parties sont si mobiles et naturellement si mal fixées, que la fluctuation peut y exister depuis quelques jours sans que le chirurgien puisse en acquérir la preuve. »

Ces abcès arrivent rarement à un grand volume; généralement ils ne dépassent pas la grosseur d’un noyau de pêche, d’un œuf de pigeon ou de poule.

Leur MARCHE est souvent rapide ; abandonnés à eux-mêmes, ils s’ouvrent en général du sixième au dixième jour. 11 est d’ailleurs assez rare que l’on soit appelé à constater le phlegmon de la grande lèvre au début de la maladie, car les femmes ne viennent guère consulter que quand elles ressentent des souffrances vives et qu’elles sont contraintes de garder le lit.

La résolution est rare, car la disposition anatomique des tissus et la haute température de la région sont très favorables à la formation rapide du pus.

Assez souvent la paroi interne ou muqueuse du foyer se mortifie, s’élimine et fournit une large issue au pus. Cette terminaison, dite par gangrène, ne présente pas de gravité, car les parties sphacélées s’éliminent assez rapidement et sont bientôt suivies de la cicatrisation du foyer.

Presque toujours ces phlegmons suppurent et l’ouverture est spon-

(1) Velpeau, art. Vulve, path., in Dictionnaire de médecine en 30 volumes, l. XXX p. 979, 1846. ■ ’

tanée ou artificielle. Vouverlure spontanée se fait sur la muqueuse qui recouvre l’abcès, c’est-à-dire en dedans, tantôt par une perforation plus ou moins large, tantôt par plusieurs pertuis. — Le pus qui s’écoule est visqueux, grisâtre, quelquefois mêlé à une certaine quantité (le sang et souvent très fétide. — Lorsque l’ouverture est étroite et (jue le foyer est profond, un trajet fistuleux, môme ramifié, peut persister pendant longtemps, mais le plus souvent le foyer se délerge, et la guérison est complète au bout de dix à quinze jours.

La récidive est fréquente ; tantôt ce sont plusieurs abcès qui se succèdent ; tantôt le nouvel abcès n’est qu’une reproduction de l’ancien, incomplètement cicatrisé; tantôt enfin la récidive est due à la persistance du trajet fistuleux, et nécessite absolument une intervention.

Le PRONOSTIC n’est pas grave; cependant les décollements et les fistules qui en sont souvent la conséquence laissent comprendre que ces abcès ne doivent pas être négligés.

Traitement. — Au début, la malade sera soumise au repos; on appliquera une ou deux sangsues sur la muqueuse enflammée, on fera sur la tumeur des onctions avec l’onguent mercuriel belladoné; on prescrira des lotions émollientes, des cataplasmes, des bains entiers et des bains de siège. — 'vlais si ces moyens échouent, et si la suppuration arrive, le chirurgien se hâtera d’ouvrir une large issue au pus. — A la vérité, l’ouverture spontanée ne se fait pas longtemps attendre, mais il est préférable d’intervenir de bonne heure parce que la douleur est d’autant plus vive que l’abcès est plus volumineux, et qu’en temporisant on s’expose à des décollements très étendus, à la morlification ou du moins à la destruction d’une assez grande surface de muqueuse. De plus, l’orifice spontané peut se produire dans un point tel que la sortie du pus ne se fasse qu’avec une grande difficulté, ce qui favorise la persistance de fistules vulvaires.

Ces abcès doivent être ouverts assez largement par une incision de ^ à 3 centimètres, faite dans le point le plus déclive, et plutôt sur la ])arlie antéro-externe de la tumeur que sur la paroi interne ; on évite ainsi la stagnation du pus entre les parois de l’abcès et l’irritation que causerait le contact de la grande lèvre opposée sur les bords de l’incision. Ces derniers seront le plus possible protégés contre le contact du liquide âcre, irritant, qui suinte de la vulve et du vagin. En rapprochant les cuisses, on adosse facilement les parois de la poche, et l’on évite ainsi la formation des fistules.

Nous avons coutume, après ouverture large du foyer faite avec le bistouri, de vider la tumeur par quelques pressions douces, et de badigeonner l’intérieur de la poche à l’aide d’un petit pinceau trempé dans h\ teinture d'iode pure. 11 est surtout indiqué d’empôcher l’ouverture artificielle de se fermer trop tôt, pour prévenir les récidives. De plus.

s’il y a des décollemeiils, on doit, lorsque la teinture d iode, le chlorure de zinc ou d’autres liquides modificateurs et astringents ont été insufllsanls, débrider fi l’aide de un ou deux coups de ciseaux et traiter comme pour les fistules anales opérées, — Le drainage nous a réussi dans bon nombre de cas. Enfin certains chirurgiens, pour se mettre complètement à l’abri des récidives, ont conseillé d’enlever, par une dissection minutieuse, la poche muqueuse.

Variétés. — I. Les abcès du conduit excréteur de la glande vulvovaginale sont surtout consécutifs à la blennorrhagie ou à l’inllammation de la face muqueuse de la vulve; cette inflammation se propage de la vulve au conduit excréteur par continuité de tissu; puis, sous l’inlluence de ce travail phlegmasique, l’orifice du canal s’oblitère, le pus s’accumule dans le conduit, et il se forme un abcès.

On peut voir une collection purulente de ce genre à la fois des deux côtés de la vulve; elle se montre en général dans l’épaisseur delà petite lèvre, à l’union de son tiers inférieur avec ses deux tiers supérieurs. Leur volume dépasse rarement celui d’une petite noix, à moins qu’il n’existe en môme temps une inflammation pblegmoneuse de la grande lèvre.

Le pus est blanc, grisâtre, visqueux, et ne présente pas la fétidité repoussante des abcès du tissu cellulaire de la grande lèvre.

La marche de ces abcès est rapide et la guérison ne se fait pas longtemps attendre ; cependant si l’orifice accidentel et celui du conduit se ferment avant la guérison complète du foyer, on peut observer des récidives. Dans certains cas, le conduit excréteur dilaté s’ulcère à son orifice, et donne une fistule incomplète, au fond de laquelle on trouve une petite cavité où l’on pourrait loger un petit pois; celle-ci ne fournit aucun produit de sécrétion anormal, et souvent a été pidse pour une ulcération de nature syphilitique (Vidal de Cassis, A. Fournier). — La perte de substance, que laisse l’abcès ouvert spontanément, a souvent ses bords taillés à pic et décollés, mesure l’étendue d’une pièce de 1 à 2 francs, et peut simuler, â s’y méprendre, le chancre simple. Si l’incertitude persistait après examen attentif, il laudrait recourir à l’inoculation, qui serait négative dans le cas de bartholinite. A. Fournier a employé ce moyen dans 3 cas (thèse de Maresclial).

II. Les abcès de la glande vulvo-vag inale, moins fréquents que les précédents, se rencontrent en général d’un seul côté; ils se développent sous l’influence de grandes fatigues, de marches forcées, d’excès vénériens, et ils sont aussi consécutifs à la blennorrhagie.

Huguier en admet deux espèces, les uns limités au parenchyme de la glande, les autres occupant le tissu cellulaire interposé entre les follicules glandulaires. Leur marche est assez lente, et après la guérison

il reste souvent un engorgement glandulaire'qui se traduit, entre ia branche de 1 ischion et la partie postérieure de l’entrée du vagin, par l’existence d’un noyau dur et résistant.

L inflammation de la glande vulvo-vaginale est accompagnée d’une réaction assez vive chaleur, malaise, douleur qui se propage vers l’ischion, vers les parties antérieures et latérales du bassin, et môme jusqu’à l’anus, miction parfois très douloureuse, tels sont les principaux symptômes à noter.

Ces abcès se terminent quelquefois par résolution; d’autres fois le pus se fraye spontanément un passage au dehors; le plus souvent il faut ouvrir largement le foyer avec le bistouri et traiter comme nous l’avons dit plus haut.

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