Hyperesthésie vulvaire et vaginisme
Le vaginisme doit être défini une contracture (et non contraction) spasmodique douloureuse de l’appareil musculaire vulvo-vaginal. — Dans ce cas, on observe une sensibilité excessive des organes externes de la génération; les rapports conjugaux font éprouver des douleurs extrêmement violentes ; les soins de toilette causent même des souffrances telles, que les malades ne peuvent introduire l’olive de leur seringue à injection. Si l’on examine les parties génitales, on les trouve parfaitement .saines ; quelquefois cependant on constate un écoulement leucorrhéique plus ou moins abondant, une inflammation chronique de la vulve ou du vagin, des excoriations, des érosions de la vulve, des grandes lèvres et de l’orifice du vagin.
Après Huguier (1834), qui décrit le premier celte affection sous le nom impropre de contractions spasmodiques du sphincter du vagin (2),
(1) Velpeau, art. cité, Diclionn., en 3ü vol., t. XXX, p. 988.
(2) Huguier, Disserlalion sur quelques points d'anal, et dephysiol., thèse inaug., n° 310, p. 43. Paris, 1834.
AFFECTIONS DE LA YüLVE.
VAGINISME.
nous devons citer Lisfranc (1), qui en parle sous la dénomination de : excès de sensibilité des organes génitaux de la femme; Hervez de Chégoin (“2), Borelli (3), Roubaud (4), Michon et Debout (5); Marion Sims (G), qui donna le premier le nom de vaginisme cette affection ; les thèses de Charrier (18G2), de Visca (1870), de Lutaud (1875) ; les leçons de Courty, Scanzoni, Churchill, Gosselin, Trélat, Siredey, Bouchot, etc.; l’étude fort complète q.ii a été faite de cette affection dans le Traité clinique des maladies de l'utérus de Demarquay et O. Saint-Vel (!87G, p. 572), où l’on trouve un index bibliographique fort complet, depuis la thèse d’Huguier jusqu’en 187G, les leçons de Gallard (7), les observations de Chéron (8) et de Jacquemart (9).
Étiologie. — Variétés. — Natdre. — Le vaginisme, n’ éitvni presque toujou7's qu’un symptôme, reconnaît des causes très variées. — Phénomène réflexe secondaire, il est, dans la majorité des cas, symptomatique de lésions diverses vulvo-vaginales, et n’est cjue bien rarement essentiel; cependant l’hystérie constitue un état névropathique antérieur qui joue un rôle assez accentué comme cause prédisposante de l’affection sur des jeunes femmes à imagination exaltée et névropathiques.
A cet égard, les opinions des auteurs varient. C’est ainsi que Marion Sims réunit les deux ordres de phénomènes {hyperesthésie vulvaire et vaginisme ou contracture spasmodique vaginale) en une seule et même maladie. Gosselin, Siredey, nient au contraire le spasme vaginal, et rapportent à l’hyperesthésie vulvaire seule les troubles fonctionnels attribués au vaginisme: il y aurait dans ce cas analogie avec ce qui se passe dans la fissuré anale et dans le blépharospasme.
De Ranse {Acad, de méd., 1877), d’après trois observations, conclut que l’hyperesthésie vulvaire et le vaginisme peuvent s’associer fréquemment, mais aussi s'obse^'ver indépendamment l'un de Vauh'e, et doivent par conséquent être étudiés séparément.
(1) Lisfranc, C/in. chir. de la Pitié, 1843, t. II, p. 162.
(2) Hervez de Chégoin appelle l’attenlion sur les eczemas de la vulve et sur la constriction mu.<culaire qu’ils occasionnent à un degré tel, que les rapprochements sexuels en sont empêchés (in Union médicale, 1847, t. I", p. 228).
(3) Borelli, Notice sur la fissure et le spasme de la vulve, in Gatelte médic. Sard., n» 52, 29 déc. 1851.
(4) Rouhaud, Névralgies de la vulve et du vagin, spasmes du vaghi, in Traité de l impuissance et de la stérilité c/ies l’homme et chez la femme. 2 vol., Paris, 1855.
(5) Michon et Debout, in Bull de thérapeut., t. LXI, 15 et 30 août, p. 110, 154 et
(6) M. Sims, in Soc. obsletric. de Londres, 6 nov. 1861, et Notes cliniques sur la chirurgie utérine, irad. par Lhéritier, 1860, p. 384.
(7) T. Gallard, Leçons cliniq. sur les malad. des femmes, 2' édit., Paris, 1879 : et in ,lnn. de gynécoi, avril 1879, p. 241.
(8) Chéron, in Revue méd.-chir. des malad. des femmes, juin 1879, etc.
(9) Jacquemart, Du vaginisme, in Bull, de la Soc. médic. d’Amiens, 1880-1881.
Lorsque raffectioii est idiopathique, ce qui est pour nous bien exceptionnel, on a atlaire à une hyperesthésie vulvo-vaginale adectant tous les caractères d’une véritable névralgie.
Il se rencontre principalement chez les jeunes femmes nouvellement mariées, où des tentatives infructueuses n’ont eu pour effet que de déchirer incomplètement l’hymen et d’irriter d’une façon prolongée les voies génitales, les organes de l’homme et de la femme n’étant pas pi oportionnés ; — ulcération vaginale ou utérine, fissures siégeant au niveau de la fourchette, vaginite, éruptions diverses de la zone génitale, sont autant de causes que l’on cite comme pouvant le déterminer.
Toutes ces causes du vaginisme ont fini par se multiplier au point de comprendre une partie des maladies utérines et divers états de la muqueuse vulvo-vaginale, depuis la rougeur érythémateuse simple jusqu’à la phlegmasie la plus intense : une telle richesse étiologique est-elle autre chose que de la confusion ? (Demarquay.)
Quoi qu’il en soit, on rencontre souvent cette affection chez des femmes présentant de Veczéma, de Vkerpès vulvaire laissant une lésion, une fissure qui devient, sous l’influence du coït, le point de départ des accidents. — Souvent aussi on note l’existence ^'hypertrophies dermiques, de caroncules myrtiformes, végétations verruqueuses, polypeuses, siégeant dans la région uréthrale et dont l’irritabilité détermine le spasme réflexe du vagin. — Chéron l’a vu se développer à la suite de contusion de la colonne vertébrale; l’intoxication saturnine jouerait aussi un rôle dans certains cas, selon W. B. Neftel, de New- York.
Selon son siège on l’a divisé en vaginisme supérieur et vaginisme inférieur. — Byfort,Péan (thèse de Yisca, Sur le vaginisme. Paris, 1870), ont constaté une contracture douloureuse de la moitié supérieure du conduit, vaginisme supérieur (Hildebrand). Cette contracture est parfois extrêmement prononcée, et Byfort rapporte même un cas dans lequel on avait pris cette lésion pour une cicatrice due à des caustiques violents.
Schrœder a cité un vaginisme particulier différant du classique en ce qu’il n’y a pas de contracture, mais une extrême sensibilité qui entraîne également la stérilité : il s’agit, dans ces cas, de femmes chez qui l’iirèthre est placé de telle façon que l’organe mâle, comme le doigt, y pénètre naturellement. L’indication est de rétrécir l’urèthre et de le refouler en avant.
L’affection décrite par Mac Glintock [Dublin Quarteriy Journal, kng. 1870) sous le nom de senile contractai of the vagina, et dans laquelle on trouve soit un pli transversal ou semi-lunaire du vagin faisant saillie dans le canal, soit une diminution progressive du calibre total; cette