‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 167 sur 225 · VI · texte numérisé non relu

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(lèrent et décrivent l’esthioinôiie comme synonyme de lupus; c’est une erreur, noire avis.

L’eslhiomène est la scrofulide maligne de la vulve; toutefois il diffère du lupus ordinaire^ de la face par exemple, en ce que ce dernier ne guérit pas seul par les traitements internes (amers, préparations indurées et sulfureuses, ferrugineux, salins), tandis que l’esthiomène proprement dit, qui se trouve sous la dépendance presque unique de la scrofule, disparaît souvent par ce seul traitement (iodure de potassium, huile de foie de morue, etc.)-

C’est une affection relativement rare et dont la nature est encore mal définie.

Depuis le mémoire d’Huguier (1), qui vint après les observations de Desruelles fils (184'4) (2) et de Guibout (1845), on ne trouve guère sur ce sujet que des faits isolés publiés de côté et d’autre dans les journaux et dus à A. Richard (8), A. Guérin, Siredey, Polaillon (4), Cayla, etc. En 1871, Bernutz faisait l’article Esthiomène dans le nouveaude médecine et de chirurgie pratiques, t. XIV, p. 115, et consignait en 1874, dans les Archives de tocologie, quelques réflexions sur le même sujet. Nous devons enfin mentionner en 187G la thèse de Piquet (5).

Huguier décrit trois espèces principales d’esthiomène vulvaire.

A. Vesthiomêne superficiel, ambulant ou serpigineux, qui se montre principalement sur le mont de Vénus, sur la face externe et l’extrémité postérieure des grandes lèvres, dans les plis génito-cruraux, sur les parties latérale et antérieure du périnée. Il présente deux variétés qui sont: — 1“ Vesthiomêne érythémateux, dans lequel les parties sont d’un rouge obscur, bleuâtre, sans tubercules et sans indurations circonscrites, sans éruption ; — 2“ V esthiomène superficiel et tuberculeux ,c<iVdiC,iév\%è par le développement de tubercules plus ou moins saillants, souvent isolés, quelquefois confluents, qui finissent par se ramollir et par suppurer; on trouve alors à leur centre une ulcération plus ou moins étendue, à bords déchiquetés. Cette variété offre la plus grande analogie avec le lupus ou esthiomène de la face.

B. V esthiomène per f orant a son siège de prédilection sur la muqueuse du vestibule, au voisinage du méat urinaire, sur la fourchette, l’extré-

(1) Huguier, Üe Vesthiomêne ou dartre rongeante de la région vulvo-anale (Mém . de l'Acad. de méd., 184'J, t. XIV, p. 501).

(2) Dcsruellcs fils. Observations d’hypertrophie particulière de la vulve, in Arch. gén. de méd., 18i4, 4” série, t. IV, p. 314.

(3) A. Richard, Obs. d’esthioméne éléphanliasique, in Arch. gén. de méd., i' série, 1854, t. 111, p. 400.

(4) Rolailloii, Observ. d’esthiomène, in Pull. Soc. de chir., 1872.

(5) Fiquet, Essai sur l’esthiomène de la région vulvo-anale.

mité inférieure du vagin, l’anus. Son caractère est de détruire profondément les tissus. Ainsi on a vu l’eslhiomène développé au vestibule ronger toutes les parties molles qui séparaient le clitoris de l’urèthre et arriver jusqu’au niveau du ligament sous-pubien {dartre rongeante). Cette ulcération, si elle est ancienne, présente une cavité anfractueuse, irrégulière, souvent très profonde, qui laisse suinter une sérosité purulente, et elle se couvre parfois de croûtes plus ou moins épaisses.

Cet estbiomène, ou scrofulide ulcéreuse^ oflre souvent, avec la syphilide ulcéreuse, une ressemblance si frappante, que le diagnostic est presque impossible ; cependant voici les quelques symptômes qui peuvent servir à les distinguer. — Dans l’esthiomène, rulcération est plus étendue et plus creuse, à bords violacés, amincis, décollés, à fond terne sanieux, ayant l’aspect de chair lavée, et avec sécrétion de pus mal lié. — La peau circonvoisine est épaissie, d’un rouge foncé, violacé, livide, disparaissant à la pression; les ulcérations sont solitaires ou disposées en petits groupes, sur une région nettement limitée, jamais généralisées ; e//es n’ont pas de tendance à la forme circinée. Léur évolution est très lente ; souvent leur état reste stationnaire pendant plusieurs années, quelquefois même il y a inefficacité de tout traitement. Après la guérison, les cicatrices sont irrégulières, rougeâtres, inégales, pouvant amener l’atrésie des orifices, ce que la syphilis ne fait jamais (Jullien).

G. L’es^/ubnièiie végétant hypej'trophique est caractérisé par le développement des parties envahies par la maladie, et cette hypertrophie est accompagnée de l’épaississement et de l’induration des tissus. Cette espèce se confond avec l’éléphantiasis de la vulve dont nous avons parlé plus haut, et appartiendrait à la variété décrite par Huguier sous le nom û^esthiomène éléphantiasique.

L’esthiomène de la vulve est une affection fort grave, dont la guérison est difficile à obtenir, à cause de sa natn e, du contact incessant des mucosités vaginales, des congestions périodiques menstruelles des organes génitaux, et des récidives excessivement fréquentes.

Traitement. — Traitement interne. — Cautérisation. — lodoforme. — Traitement chirurgical. — Avant d’avoir recours à une des opérations chirurgicales sur lesquelles ont insisté, dans leurs travaux, Huguier et A. Guérin (1), il vaut mieux tenter tout d’abord une tlm'apeutique générale, cette affection n’étant le plus souvent qu’une manifestation de la diathèse scrofuleuse.

Ce traitement (huile de foie de morue, amers, teinture d’iode et surtout iodure de potassium, vins généreux, bains sulfureux) devra être même continué pendant quelque temps après la cicatrisation de

(1) A. Guérin, Maladies des organes génitaux de la femme, 1861, p. itO.

l’ulcôre rongeant. — Comiiie applications locales, soins de propreté minutieux, bains répétés, injections ordinaires ou astringentes, badigeonnages avec la teinture d’iode ou pansement à Viodofnrme. Si l’affection résiste à celte thérapeutique longtemps prolongée et si l’on voit que la dartre rongeante a une grande tendance à envahir les parties voisines, il est nécessaire d’intervenir.

La thérapeutique varie du reste suivant le degré que présente la maladie. — A-t-on allaireàun esthiomône superficiel caractérisé par un tubercule qui se convertit bientôt en plaques squameuses, d’un rouge foncé, qui se propagent en circonférence, tandis que la cicatrisation se fait au centre, A. Guérin commence par l’emploi de la teinture d’iode à laquelle il substitue, si elle est insuffisante, les cautérisations, soit avec l’huile de cade, soit avec l’huile de croton ou la pâte de Vienne: l’usage du cautère actuel lui a donné aussi de bons résultats, surtout pour la variété réellement serpigineuse, sur laquelle il est difficile de répandre les caustiques. On pourra aussi employer à cet effet le thermo-cautère.

Dans l’esthiomène qui détruit les tissus en surface et en profondeur, mais où les ulcérations ne se développent qu’avec lenteur et se couvrent parfois de végétations plus ou moins fongueuses, les cautérisations profondes avec le bi-iodure de mercure, le chlorure de zinc, la pâte arsenicale ou la pâte de Vienne, arrêtent parfois la marche de l’aüéction, et paraissent jouir du reste d’une innocuité presque complète. — C’est plus spécialement dans la variété perforante et élépbantiasique qu’on emploie l’instrument tranchant et qu’on retranche aussi largement que possible toutes les parties molles qui ne sont pas aptes à donner une cicatrice de bonne nature : on a du reste affaire, en ce cas, à une région où des téguments souples et lâches peuvent, jusqu’à un certain point, venir combler les vides qu’aura produits le bistouri. — Même si l’on se décide à une opération, il faudra revenir aussitôt que possible à la médication antiscrofuleuse et môme en prolonger longtemps l’usage, car elle constitue l’indication principale du traitement de l’esthiomène.

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