I. — Tumeurs non ch'conscrites de la vulve
a. Eléphantiasis. — U éléphantiasis des parties génitales de la femme, quoique plus rare, offre la plus grande analogie avec celui des organes génitaux de l’homme. Cette affection se montre principalement sur les nymphes, puis par extension elle ne tarde pas à envahir les grandes lèvres; elle se montre dans les mômes conditions hygiéniques, s’observe dans les mômes pays.
A. Boulongne (1) en a rapporté un cas des plus intéressants chez une mulâtresse de quatorze ans, et pour lequel il avait éliminé toute hypothèse de syphilis et écarté également l’idée d’esthiomène : l’abla-
(1) A. Boulongne, in Gai. Iiebdom., 18G“2.
lion suivie d’une suture entrecoupée donna la guérison en quatorze jours.
L’éléplianliasis simple, ou hypertrophie du tissu sous-cutuné de la vulve, avec épaississement considérable du tégument, est assez rare et peut être général ou limité à l’une des parties qui composent celte région du corps (petites lèvres, grandes lèvres, clitoris, etc.). — La ditformilé que l’on rencontre, à l’état normal, chez la Temme de certaines peuplades, et qui est connue sous le nom de tablier des Hot tentâtes, n’est qu’une hypertrophie physiologique et symétrique sur laquelle nous n’insisterons pas.
La forme de ces tumeurs hyperplasiques varie : sessiles ou pédiculées, elles donnent lieu à une augmentation de l’épaisseur et de la consistance des parties envahies; indolentes, elles peuvent acquérir des dimensions énormes, jusqu’à dépasser les genoux ou le milieu des cuisses, comme Kiwisch et Scanzoni l’ont observé sur une jeune fille de dix-sept ans, dont la masse, comme volume, dépassait celui de la tète d’un homme adulte. — La peau qui les recouvre, saine en apparence, est épaissie, érodée, et peut offrir des ulcérations. Elles ont une marche sans cesse croissante qui finit par compromettre la santé générale.
Uhistologie démontre que cette affection est, au début, un œdème lymphatique avec lacunes multiples plus ou moins grandes, suivi des lésions de la dermatite diffuse chronique (hyperplasie des éléments du derme, état embryonnaire).
On ne doit pas confondre l’éléphantiasis simple de la vulve avec cet état scléreux que l’on rencontre chez certaines femmes, et qui n’est que symptomatique du chancre infectant et des accidents secondaires de la vulve. — Desjardins a soutenu, après Spillmann, sa thèse sur ce sujet (I), et Aimé Martin l’a considéré comme un œdème dur, analogue à celui qui se produit sur le prépuce des hommes dans les mômes conditions (2).
Cet œdème dur, qui est histologiquement représenté, comme l’éléphantiasis, par l’hypertrophie avec hypergenèse des éléments dermiques et sous-derrniques (d’autres en placent le siège dans les lymphatiques), s’accompagne toujours d’accidents syphilitiques, qui font défaut dans l'hypertrophie simple, et en pareil cas la chirurgie ne doit pas intervenir.
En effet, cette hypertrophie scléreuse, qui, dans l’exemple figuré dans l’ouvrage de E. Churchill, rappelle par sa forme celle d’une poire et est ligneuse au loucher, disparaît presque toujours sous la seule in-
(I) Desjardins, De l'œdème scléreux el sypliililique de la vulve, 1870. pij A. Martin, in Ann. de gynécoL, déc. 1878, p. -lül.
fluence des soins hygiéniques (1); cependant il n’est pas très rare, comme l’a montré II. Gellard (2), que l’hypertrophie persiste à l’état de tumeur éléphantiasique susceptible d’acquérir par la suite un développement considéj’ablc.
Le seul traitement est l’extirpation des parties hypertrophiées, mais les rechutes sont à craimii'e : cependant, malgré la fréquence de ces récidives, cette affection est justiciable de la chirurgie et doit souvent être opérée, car, à cause de son développement rapide, elle peut par son volume entraver la marche et les fonctions sexuelles. Dans un cas observé par L. Labhé (3), où ce chirurgien opéra une hypertrophie de la grande lèvre gauche, la femme avait déjà subi la môme opération à droite, et rien n’était de nouveau apparu au bout de deux années.
Si les masses sont pédiculées, comme dans le cas de Rigal (de Gaillac) (4), où elles représentent un gigantesque scrotum descendant jusqu’aux genoux, on pratique l’excision en circonscrivant deux petits lambeaux, destinés à reconstituer les grandes lèvres après guérison; on enlève la tumeur, et l’on termine par des sutures métalliques.
L’emploi du thermo-cautère dans l’extirpation des portions hypertrophiées rend le plus grand service et met à l’abri des hémorrhagies, à redouter quand on fait usage d’un autre procédé.
Le clitoris peut être, indépendamment du reste de la vulve, le siège de tumeurs de nature diverse, le plus souvent pédiculées ou pcdiculisables, de volume variable, pouvant dépasser celui d’une orange. Elles sont fréquemment dénaturé fibro-adipeusc, roses plutôt que rouges à leur surface et parfois parcourues par des sillons qui semblent les partager en lobes. S’il existe un pédicule, une. ou plusieurs pinces hémostatiques sont appliquées sur la portion la plus étroite, et la clitoridectomie s’elfectue même par l’instrument tranchant sans écoulement considérable de sang. — On peut également employer encore à cet effet et avec grand avantage, soit le thermo-cautère, soit l’anse galvauo-caustique, soit la ligature élastique ou métallique extemporanée.
b. Esthiomène (sp-r/jç éaGiôpevoç). — A côté de l’éléphantiasis de la vulve nous placerons une autre affection qui offre la plus grande analogie avec elle : c’est Vesthiomène de la vulve. — Certains auteurs consi-
(f) L. Jullien, Traité pratique des maladies vénériennes, 187'J, p. 730.
(2) H. Cellard, De V éléphantiasis vulvaire chez, les Européennes, thèse inaue n» 320, Paris, 1877.
(3) L. Labbé, Ann. de gynécoL, oct. 1880, p. 241.
(4) Gillelte, Chirurgie journalière des hôpitaux de Paris (répertoire de thérapeutique chirurg.), p. 560. J. -R. Baillière, 1878.
NÉLATüN. — PATH. CUIR.