CRÉPITATION DOULOUREUSE DES TENDONS
que par le mouvement. La température de la région malade n’est pas modifiée; il est môme assez rare de constater de la rougeur ; lorsque celle-ci existe, elle disparaît sous la pression du doigt. On observe une tuméfaction peu considérable, mais constante, dans la direction des gaines affectées.
Le signe pathognomonique de cette affection est une espèce de crépitation qui a été comparée avec beaucoup de justesse au bruit que fait l’amidon que l’on froisse entre ses doigts, ou la neige gelée qu’on écrase sous les pieds. Si cette crépitation présente des variétés quant à son étendue, à sa direction, à son intensité, il n’en est pas moins vrai qu’elle conserve toujours le môme caractère. On peut la constater par la pression, ou mieux en faisant étendre et fléchir le poignet ou le segment de membre mobilisé par le muscle dont la gaine est prise.
L’aï semble ne devoir être confondu avec une autre affection. Cependant on a pu croire à l’existence d’une fracture du radius ; nous avons déjà dit que Desaull conseillait de se mettre en garde contre cette espèce d’erreur. El en 1818, Velpeau a vu à Tours un malade qui portait depuis trois jours un appareil de fracture de l’avant-bras et chez lequel il n’existait autre chose qu’une crépitation douloureuse des tendons. La même erreur a été observée par Wallace, de Dublin (1), Nous n’avons pas à insister sur les caractères différentiels de ces deux affections; il suffit d’être prévenu pour qu’une erreur ne puisse être commise.
Cette affection n’offre aucune gravité; presque toujours elle se termine par résolution. On a vu cependant, par suite d’une prédisposition individuelle, par le fait d’un traitement mal dirigé, la maladie se prolonger indéfiniment et se terminer par un abcès, ce qui est très rare, ou par la dégénérescence fongueuse des coulisses synoviales.
Abandonné à lui-même, l’aï disparaît souvent spontanément. Quand la douleur et le gonflement se montrent avec un caractère d’acuité notable, on prescrit le repos et la compression de l’avant-bras. C’est le traitement le plus long. Si la douleur est vive, la peau chaude, le gonflement considérable, on pose quelques sangsues sur le trajet des gaines enflammées. Lorsque enfin la maladie est passée à l’état chronique, il devient utile d’appliquer quelques vésicatoires volants, des pointes de feu surtout. C’est le traitement le plus court.
Quelquefois il reste après la guérison une raideur dans les mouvements de pronation et de supination, dans ceux de flexion et d’extension de l’articulation du poignet. On prescrit alors des bains émollients, des douches de vapeur, et l’on communique chaque jour au membre des mouvements dont toutes les fois on augmente l’étendue. Mais,
(1) The Lancet, 1836-f837, t. II, p. lOl.
AFFECTIONS DES MEMBRES SUTÉRIEURS
quand on a appliqué deux ou trois fois des pointes de feu, le mal guérit sans cela. La compression ouatée peut être employée, mais elle guérit le mal moins vile.
ARTICLE IV