TUMEURS UES DOIGTS
lorsquo tous les doigts de 1h main droite sont fléchis, si la malade veut les étendre, le mouvement d’extension se fait bien et facilement pour tous les doigts, excepté pour l’aunulaire et le pouce. Pour ces derniers, le mouvement d’extension commence d’abord à se faire jusqu’il un certain degré, puis s’arrête tout h coup. Si la malade persiste il contracter les extenseurs, ou si, avec l’autre main ou avec le doigt voisin, elle vient en aide au doigt malade, il se fait un mouvement brusque comme s’il y avait un ressort et comme si un obstacle venait d’être franchi : l’extension devient alors complète. On observe e môme phénomène pendant la flexion. Après un exercice un peu prolongé d’extension et de flexion, les mouvements brusques diminuent d’intensité et même disparaissent, pour reparaître après un instant de repos.
L’exploration attentive de la main fait constater la présence d’un corps du volume d’un petit pois, situé à la base de chacun de ces deux doigts, ,au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne et sur le trajet des tendons fléchisseurs. Ces corps sont lisses et présentent la consistance d’un carlilage; ils sont roulants sous le doigt qui les presse. Pendant les mouvements d’extension et de flexion, on sent ces corps s’arrêter brusquement; puis, si l’effort continue, exécuter un mouvement brusque et rapide, comme s’ils venaient de franchir un obstacle.
Ces corps paraissent siéger dans la gaine des fléchisseurs. Nous pensons qu’ils sont analogues aux corps flottants des articulations et le résultat d’une inflammation et d’un épaississement du tissu cellulaire sous-synovial, qui se rétrécit sur un point et s’isole. L’obstacle que ces corps rencontrent pendant les mouvements des doigts est constitué par les arcades fibreuses qui siègent sur la face palmaire des doigts. Lorsque le doigt commence à se fléchir, le corps roulant éprouve une difficulté à passer sous l’arcade fibreuse; cependant, l’effort continuant, le corps s’engage sous cette arcade et» la franchit rapidement. Pendant les mouvements d’extension, la difficulté étant plus grande (les muscles extenseurs étant moins puissants que les fléchisseurs), l’autre main et le doigt voisin interviennent pour rendre l’extension complète.
Nous avons employé dans des cas analogues des résolutifs locaux (vésicatoires volants répétés, eau-de-vie camphrée, alcool, etc.). Cette médication n’a pas donné jusqu’à présent de résultats très satisfaisants; aussi nous proposons-nous, si ces moyens ne réussissent pas, de recourir à l’incision sous-cutanée de l’arcade fibreuse palmaire.
Peut-être pourra-t-on appliquer ici le procédé queGoyrand (d’Aix) a proposé pour extraire les corps mobiles des articulations. De cette manière on débarrassera la malade de son affection, en môme temps
AFFECTIONS DES MEMBRES SUPÉRIEURS
qu’on enlèvera la nodosité qui pourrait la reproduire. Il est en effet certain que, si l’art n’intervient pas dans cette circonstance, la malade conservera une infirmité qui pour elle est des plus graves, puisqu’elle l’empêche de travailler pour subvenir à ses besoins. Telle était la description donnée par Nélaton en 1856.
D’autres e.xemples ont été observés depuis, et j’en ai rencontré deux cas pour ma part, et dans un cas le mal a fini par disparaître seul. Ce serait une opération sérieuse d’aller à la recherche du nodus développé sur le tendon, et je conseillerai toujours l’abstention; d’ailleurs ces nodosités du tendon paraissent aujourd’hui en relation avec la diathèse goutteuse ou avec un traumatisme, et il y aurait lieu de recourir d’abord au traitement général de la goutte et aux révulsions locales avec la teinture d’iode ou tes pointes de feu.
3“ Nous avons encore observé, disait Nélaton, à la face palmaire des doigts, une tumeur d’une nature singulière, dont nous avons hiit l’extirpation et qui a été examinée au microscope de M. Robin; nous enregistrons encore ce fait, qui est peut-être unique dans la science :
Un jeune Espagnol d’une quinzaine d’années, bien portant du reste, est affecté de trois petites tumeurs échelonnées sur la face palmaire de l’annulaire gauche, et dont le début remonte à quelques mois. Ces trois tumeurs sont sous-cutanées, indolentes, résistantes au toucher ; elles n’entravent pas encore le.s fonctions du doigt. La plus volumineuse atteint à peine la grosseur d’une noisette, et se trouve située au niveau de la première phalange ; elle paraît avoir une certaine mobilité sur les parties profondes, mobilité cependant incomplète et probablement trompeuse.
Les deux autres tumeurs se trouvent, l’une au devant de la deuxième phalange, l’autre au devant de l’articulation métatarso-phalangienne, et paraissent l’une et l’autre évidemment mobiles, roulant sous la peau. Cette mobilité est indépendante des mouvements des tendons fléchisseurs.
Décidé à pratiquer l’ablation de ces singulières tumeurs, et voulant d’un autre côté rendre l’opération aussi simple que possible, éviter les délabrements trop étendus, nous nous proposâmes de la pratiquer en deux fois.
Une première fois nous enlevons avec facilité, à la faveur de deux petites incisions longitudinales, les deux tumeurs mobiles, assez éloignées l’une de l’autre.
Quelques semaines après (le 8 juillet 1856), la cicatrisation étant achevée, nous procédâmes à l’ablation de la troisième tumeur, après une incision longitudinale de la peau de 2à 3 centimètres.
Cette seconde opération fut plus délicate et assez difficile, à cause de l’adhérence intime de la tumeur à toute la portion fibreuse de la