TUMEURS DES DOIGTS
gaine tendineuse, qu’il fut complètement impossible d’épargner, et que l’on dut ouvrir largement en mettant à nu le tendon, sous peine de ne pas enlever toute la tumeur. On rapprocha, à l’aide du sparadrap, les deux lèvres de la plaie an-devant du tendon dénudé, et l’on soumit le doigt à une irrigation continue.
Disons tout de suite que, malgré la dénudation des tendons, la cicatrisation s’opéra en quelques jours et sans compromettre aucunement les mouvements du doigt. Plus de trois mois après l’opération, les mouvements s’opèrent facilement, les usages des tendons sont entièrement recouvrés, et il n’y a pas apparence de récidive.
La tumeur, examinée à l’œil nu, est d’un gris rosé, offre une surface lobulée bien circonscrite, nullement adhérente aux téguments, fortement adhérente au contraire à la portion de gaine synoviale qui a été enlevée avec elle, et dont la surface, parfaitement lisse, est facilement reconnaissable. Il est aisé de reconnaître également que la production morbide était tout extérieure à la gaine tendineuse, et ne pénétrait nullement dans sa cavité.
Voici quel fut le résultat de l’examen : La moitié environ de la masse du tissu est composée de noyaux libres fibro-plastiques, sans cellules proprement dites de cette espèce. Tous les noyaux étaient ovoïdes allongés; la plupart manquaient de nucléole. On trouvait avec eux quelques corps fusiformes fibro-plastiques, mais peu nombreux. Les noyaux sont disposés les uns par rapport aux autres à peu près tous dans la même direction, et enchevêtrés avec les corps fusiformes dans le sens de la longueur de ceux-ci, dont la direction est également parallèle à celle des noyaux. Ainsi ces tumeurs doivent être appelées fibro-plastiques^ et seraient appelées aujourd’hui myxome.
Angiomes des doigts.
On a observé sur les doigts, principalement à la pulpe et à la face palmaire, des tumeurs d’origine traumatique, auxquels convient le nom d’angiome. Ce sont des tumeurs qui se développent après une plaie, aux dépens d'un bourgeon charnu.
La tumeur, généralement du volume d’un pois, est rouge violet; sa surface est lisse, et cependant elle saigne au moindre contact et elle est douloureuse à la pression.
Les tumeurs se détruisent quelquefois seules à la suite d’une inflammation suppurative, mais le plus souvent elles durent en donnant lieu à des hémorrhagies jusqu’à ce qu’on les ail détruites, soit avec le fer rouge, ce qui est meilleur, soit avec la pâte de Vienne qu’on laisse en place quinze à vingt minutes.
Tophus des doigts.
Les goutteux présentent des tumeurs qui peuvent acquérir le volume d’un pois. Ces tumeurs, agminées parfois, renferment des concrétions calcaires d’urale de soude et de chaux décrites par les médecins. Ces lésions sont faciles à reconnaître; elles n’exigent aucun traitement autre que celui de la goutte. Quelquefois ces tumeurs sont situées dans l’épaisseur de lapeau, s’ouvrent seules, et l’on voit comme une petite masse de craie dans un enfoncement du tégument (1).
On rencontre sur les côtes de la face palmaire des doigts des tumeurs sébacées qui ne sont pas toujours reconnues ; le diagnostic de ces tumeurs est cependant facile : la tumeur, très ronde, mobile avec la peau, présente, non de la fluctuation, mais une dépressibilité caractéristique.
Une curieuse observation a été présentée à la Société de chirurgie
par Mirault, d’Angers (2). Il s’agissait d’une jeune fille chez laquelle les doigts de la main droite se développaient successivement de façon à prendre la forme marquée sur la figure 89.
(1> Féréol, Bullet. Soc. méd. des liôpit., 1884.
(2) Mirault, d’Angers, Bullet. Soc. de chirurg., 1862, p.261, et Verneuil, Gaz. hebd., 1863, p. 113.
Kyste sébacé de la face palmaire des doigts.
Hypertrophie éléphantiasique des doigts.
FiG. 89. — Hypertrophie éléphantiasique des doigts.