‹ Eléments de pathologie chirurgicale./ [electronic resource] (volume 2)Chapitre 39 sur 225 · VI · texte numérisé non relu

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-<~>8 AFFECTIONS DE L’aPI’AUEIL I.’UINAIRE.

Première espèce. — De môme que les glandes salivaires, le pancréas, etc., peuvent donner naissance à des concrétions calculeuses, de môme la prostate devient le siège de calculs dont le nombre, la forme, la consistance, le volume sont extrêmement variables. Les écrivains du siècle dernier connaissaient parlaitement les concrétions calculeuses développées dans la prostate; Morgagni en cite plusieurs observations très intéressantes.

Leur nombre est très variable; on en trouve quelquefois un seul, d’autres fois deux, trois et môme davantage. Marcel (1) et Fichle (2) en ont compté jusqu’à un cent. M. Cruveilhier (3) dit avoir observé un cas où on ne put les compter, tant ils étaient nombreux.

Leur volume offre les mômes variétés. C’est ainsi que les uns sont à peine gros comme des petits grains de gravier, d’une tête d’épingle, tandis que les autres égalent un noyau de cerise, ou môme un œuf de poule. En général, leur volume est en raison inverse de leur nombre.

Morgagni et M. Béraud ont observé des calculs noirs ; on en a vu de couleur bistre; Fichte, de couleur rouge; le plus souvent ils sont brun marron ou quelquefois blanchâtres.

Ils sont tantôt arrondis ou triangulaires; tantôt ils offrent une irrégularité très grande ; placés dans les conduits de la glande, ils en dessinent les ramifications ; ils prennent donc la forme arborescente. Leur surface est en général lisse, luisante, et taillée à facettes si ieur nombre est considérable. Vidal en a vu deux dont la partie moyenne présentait un rétrécissement comme des cocons de vers à soie.

Ceux qui sont situés dans le parenchymeglandulaire sonten général ombreux, et d’un volume très peu considérable ; quelquefois ils se trouvent sous la membrane muqueuse uréthrale. M. Béraud a vu deux calculs situés de chaque côté du vérumontanum, et se prolongeant par des branches jusque dans les conduits prostatiques. Le calcul gauche était moins volumineux que le droit. La muqueuse qui les recouvrait était si mince, que le moindre frottement aurait pu la rompre et rendre ces calculs libres dans l'ui’èlhre par une de leurs •surfaces; ils n’étaient point mobiles, car, après l’incision de la membrane muqueuse, le calcul restait encore dans sa situation à cause de ses prolongements. Les calculs se montrent beaucoup plus souvent dans les conduits prostatiques que dans les canaux éjaculateurs.

Quelquefois on rencontre dans la prostate de petites concrétions ^irrondies, qui pourraient faire croire à des calculs prostatiques. Ce ne

(1) Des a/feclions calculeuses, Irad. de Iliffault, 1833, in-8°.

(2) Wurtemb, Corresp., 1852, pl. 38.

(3j Analoinie palliologique du corps humain, livr. 17, 22, 26, 30, in-folio, avec 'planches.

sont autre chose que des concrétions des veines de la prostate, des phlébolithes. On les trouve surtout sur les parties latérales de la prostate, vers le col de la vessie, là où les plexus veineux piostatiques viennent se porter vers les vésicules séminales. L existence de ces coi ps est assez fréquente. M. üenonvilliers (1) en a rapporté une observation intéressante.

Enfin, quand les tubercules passent à 1 état crétacé, on pouirait croire à des calculs.

Les calculs de la prostate trouvent leur origine dans le produit de sécrétion de cette glande, ou dans le sperme, ou dans ces deux liquides. Il serait difficile de déterminer, dans l’état actuel de la science, quels sont les caractères qui pourraient faire distinguer leur origine quand ils ont atteint un certain développement, car alors on ne sait plus si la poche qui les contient a été formée aux dépens des conduits éjaculateurs ou des conduits prostatiques.

Leur structure est fort remarquable : les uns, en général blanchâtres, d’une consistance peu grande, sont amorphes ; mais le plus souvent ils sont formés de couches concentriques ayant pour noyau de petites granulations.

MM. A. Robin et Béraud ont constaté que ces calculs offraient les caractères suivants:

« De toutes les glandes sans exception, la plus communément affectée de calculs est, sans aucun doute, la prostate. Sur trois sujets ayant dépassé l’âge de trente-cinq ans, il en est généralement deux dont les conduits prostatiques renferment un certain nombre, et quelquefois beaucoup de calculs que nous allons décrire.

» Ces faits s’observent, soit dans les prostates qui ont le volume normal, soit dans celles qui dépassent les dimensions ordinaires. Notons, cependant, qu’il est exceptionnel de trouver une prostate hypertrophiée dans laquelle ces calculs invisibles à l’œil nu, ou à peine perceptibles, ne soient très abondants. Les calculs dont nous décrivons la structure, et que l’on peut considérer en quelque sorte comme normaux, tellement ils sont communs dans des prostates saines, offrent un diamètre qui varie depuis deux centièmes de millimètre jusqu’à celui d’une tête d’épingle. Notons que ces derniers ne se rencontrent guère que chez les individus ayant atteint ou dépassé l’âge de cinquante ans, ou chez ceux qui ont une hypertrophie de la prostate ou bien des calculs phosphatiques. Un supplicié, âgé de quarante-cinq ans, avait sa prostate un peu volumineuse, mais nullement malade; les conduits étaient tellement remplis par ces concrétions, que celles-ci y formaient de petites masses d’un jaune d’ambre demi-

(1) Bull, de la Soc. anal., 1833, p. 76.

transparent, facile à apercevoir sur la coupe de l’organe. Or, en dissociant ces petites masses dans une goutte d’eau, on pouvait y apercevoir des calculs d’un millimètre et un millimètre et demi de diamètre.

» Voici maintenant quelle est la structure intime de ces calculs; leur forme est très variable: quelquefois ovoïdes, arrondis ou prismatiques triangulaires, ils sont plus souvent quadrilatères ou polyédriques à angles arrondis, lorsqu’ils atteignent un dixième de millimètre ou un millimètre. Leur coloration est le plus souvent presque nulle, lorsqu’ils sont très petits, d’un jaune d’ambre, tantôt pâles, tantôt foncés, lorsqu’ils sont visibles à l’œil nu. Nous verrons bientôt que c’est à une particularité assez remarquable de structure que, dans de certains cas, ces calculs offrent, à l’œil nu, une coloi’ation noirâtre qui peut les faire comparer à des grains' de tabac, tandis que, sous le microscope, vus par transparence, ils offrent une coloration rougeâtre, semblable à celle de l’bématoïdine.

D Ces calculs se composent presque toujours d’un petit noyau central, souvent granuleux, plus formé que le reste du calcul. Dans les cas où ces concrétions sont de coloration noirâtre ou rougeâtre, ce noyau, granuleux ou non, offre particulièrement la coloration que nous venons d’indiquer, et semble être formé par de l’hématosine provenant de quelques épanchements sanguins. On trouve quelquefois dans l’épaisseur de ce noyau, auprès de sa surface, soit des cellules épithéliales, soit des noyaux de l’épithélium prostatique englobés dans son épaisseur.

» Il est une particularité de structure qui donne à ces calculs un aspect d’une élégance toute spéciale, et dont aucune autre concrétion n’offre d’exemples aussi tranchés. Amour du noyau, la masse des calculs est en effet composée d’un nombre plus ou moins considérable de couches concentriques régulièrement disposées, les plus grandes et plus extérieures autour des plus petites et plus internes.

A De l’épaisseur et de la régularité de ces couches concentriques peuvent résulter sous le microscope des variétés d’aspect presque infinies. Plus les calculs sont volumineux, plus sont épaisses les couches concentriques, plus larges sont les intervalles interposés aux lignes qui les séparent. Dans ces cas, la substance de ces couches concentriques est finement granuleuse, au lieu d’être tout à fait homogène comme dans les calculs invisibles à l’œil nu. Lorsqu’on vient à comprimer ces calculs entre deux lames de verre, ils se brisent, éclatent en quelque sorte de la surface jusqu’au noyau, qui tantôt résiste, tantôt est déprimé lui-même. 11 est commun dans ces conditions de voir les couches concentriques se séparer les unes des autres et s’exfolier en quelque sorte. Quel que soit le volume de ces calculs, tant qu’ils sont encore

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