MALADIE KYSTIQUE DU TESTICULE
Adénome testiculaire. Kystes multiloculaires du testicule.
La maladie kystique du testicule, découverte par A. Cooper (2), étudiée par Curling (3), objet d’une nouvelle étude du docteur Conche (4), n’est pas une maladie essentielle, et l’on ne doit s’en tenir ni à l’opinion exclusive de Curling, ni à celle de M. Conche. En effet, le premier croit qu’il s’agit d’une lésion spéciale ordinairement de nature bénigne ; l’autre range les maladies kystiques parmi les cancers, surtout lorsqu’il y a en môme temps que les kystes des productions cartilagineuses et des tumeurs perlées ou de l’épithélium, ce qui a été assez souvent observé.
La maladie kystique du testicule est une expression symptomatique qui désigne : 1" l’adénome du testicule; 2“ les chondrosarcomes du. testicule. Cette dernière tumeur sera étudiée avec le cancer, il nousreste donc seulemetà parler de l’adénome testiculaire.
Le terme d’adénome du testicule a été employé pour la première
(1) Dosnrés, Diagnostic des tumeurs du testicule. Th. Paris, 1861. , , ^ ,
(2; A. Cooper, Obs. on the structure and diseascs of testis, p. 7'J (à la !■ acuité de nie-
iciiic de Paris). ... « i-
(3j Curling, Maladies du testicule, avec les annotations de M. Gosselin. 1 ans, loo/.
(4) Conche, Maladie kystique du testicule. Lyon, 1805.
ADÉNOME TESTICULAIRE.
fois par moi pour désigner une tumeur übro-kystique du testicule chez un adulte Agé de cinquante-huit ans, qui portait dans le scrotum du côté droit une tumeur datant de six ans et qui était restée absolument indolente. La tumeur enlevée pesait 3 kilogrammes passés et était constituée par des kystes multiples séparés par de fortes cloisons fibreuses. L’examen histologique a montré que les kystes renfermaient des masses fibreuses analogues aux fongosités articulaires et que les cloisons renfermaient des éléments fibreux et des éléments fibroplastiques figurés. Le malade a bien guéri (1); il est mort, deux ans après, d’une maladie du cœur, il n’avait pas eu trace de récidive.
Ce fait n’est pas unique. On peut en rapprocher un certain nombre de tumeurs décrites sous le nom de maladies kystiques du testicule par Curling et d’autres chirurgiens. Toutes les maladies kystiques du testicule et qui ont été suivies et qui n’ont point récidivé, qui ne renfermaient que des kystes et du tissu fibreux, peuvent être rangées au nombre des adémones. Boyer avait comparé ces kystes aux kystes multiloculaires de l’ovaire (2). Cette comparaison est juste, et de môme que les kystes de l’ovaire qui ne récidivent pas après l’ablation peuvent être appelés des adénomes de l’ovaire, de même les maladies kystiques du testicule sans mélange de tissu cancéreux qui ne récidivent pas peuvent être appelées des adénomes du testicule.
La tumeur, lorsqu’elle est petite, ne renferme que des peti ts kystes (3) et des cloisons plus grosses ; elle présente des loges dont le volume varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’un œuf de pigeon; le liquide est quelquefois transparent, légèrement coloré, d’autres fois épais, visqueux, albumineux, plus rarement teint de sang. On a vu ces kystes renfermer des caillots. De la paroi interne des kystes volumineux, dit Curling, naissent quelquefois des végétations polypiformes qui remplissent plus ou moins leur cavité. Entre ces tumeurs qui sont unies par du tissu cellulo-fîbreux plus ou moins dense, on trouve parfois de petites masses d’enchondrome, qui apparaissent comme des corps perlés sur la surface de la tumeur. Ces masses comme cartilagineuses paraissent se développer primitivement dans l’intérieur des tubes dilatés ; elles peuvent devenir assez abondantes pour oblitérer les kystes et former la plus grande partie de la tumeur. On voit comme cette description se rapproche de celle du kyste multiloculaire de l’ovaire.
Mais les faits publiés semblent démontrer que des kystes multiples
(1) Dcsprés, Traile du diagn. des lumeur^, p. 351. Paris, 18G8; Bull, et Méni. Soc. de chir., 1875, t. I, p. 755.
(2) Boyer, Trailé des mulad. chie., t. X, p. 218. Paris, 1831, et Béraril, Des dîners engorgements du testicule. Th. concours, 1831.
(3) Velpeau et Jouon, Bull. Soc. anal., 185';).
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existent dans un certain nombre de cancers du testicule, l’enchondrome, le chondrosarcome et môme l’épitliéliorae. La formation de kyste est alors un épiphénomène, cela explique pourquoi les auteurs qui admettent la maladie kystique du testicule comme une espèce à part sont obligés de distinguer une variété bénigne et une variété maligne,
La maladie kystique due à un adénome se rapporte donc à des faits nets où les malades ont leur mal depuis longtemps ; mais, même dans certains cas où le mal a eu une évolution longue, comme dans l’observation de MM. Salleron et Conche, où la lésion remontait à huit ans (1), on peut encore penser qu’il s’agissait d’un adénome dans lequel se serait opéré ce que nous voyons dans les tumeurs du sein, la métamorphose de l’adénome en un adéno-sarcome.
Quelle est l’origine de ces kystes? Sont-ils formés, comme le veut A. Gooper, par la dilatation des tubes séminifères oblitérés? Se forment-ils de toute pièce? On ne sait. Curling pense qu’ils dérivent d’un état morbide des conduits du corps d’Highmore.
Nous pensons qu’il s’agit d’une hypertrophie kystique de la glande, en un mot d’un adénome dont le mode de formation n’est pas encore connu et est de nature bénigne. On a observé cependant des cas de récidives après l’ablation de semblables tumeurs, M. Gosselin en rapporte un exemple emprunté à la pratique de Roux. M. Conche a signalé tous les cas de récidive et il en était arrivé à dire que la maladie kystique du testicule était toujours un cancer. Il y aurait donc deux espèces de kystes, les uns bénins, les autres malins; dans la cavité de ces derniers on a constaté en effet l’existence de cellules à noyau. Curling pense qu’un certain nombre de cancers aft’ectent quelquefois, à leur début, la même forme que la maladie kystique du testicule.
Symptomatologie. — Cette affection se développe lentement et sans douleur, puis au bout de quelques mois apparaît une tumeur ovale élastique, à peine sensible, tantôt lisse, tantôt bosselée; fluctuante lorsqu’il existe une certaine quantité de liquide dans la tunique vaginale. Lorsqu’elle est très volumineuse, elle gêne par son poids et provoque du malaise, des tiraillements dans la région lombaire. Elle n’est lobulée que quand elle est ancienne et volumineuse, et s’est développée avec une grande lenteur.
Diagnostic. — Il est souvent fort obscur. On ne confondra pas celte affection avec l’hydrocèle de la tunique vaginale; la forme delà tumeur, la fluctuation, la transparence, mettront souvent à l’abri de l’erreur. C’est surtout avec le cancer cartilagineux que les kystes du testicule peuvent être confondus. Les commémoratifs, la marche de
(1) Conche, Maladie kystique du leslicule. Lyon, 1ÉG5, p. tO.
SrERMATOCÈLE.
la maladie, l’état du cordon spermatique, la nature des douleuis mettent quelquefois sur la voie. Il faut se rappeler que la maladie kystique marche moins rapidement que le cancer et que la tumeui présente souvent, en tous cas à âge égal, des saillies beaucoup moins prononcées. Dans les cas douteux, on pourra avoir recours h la ponction exploratrice qui videra une poche et laissera les autres intactes (voy. plus loin Cancer).
Traitement. — Toute médication interne et externe est impuissante contre une semblable affection. Lorsque la tumeur devient gênante par sa masse, il faut de toute nécessité recourir à l’ablation du testicule surtout en cas de doute à l’égard du cancer.
D. — Spermatocèle. — Kyste intermittent de l'épididyme.
Rétrécissement des conduits épididymaires.
A côté des kystes du testicule il faut signaler le spermatocèle, une affection rare dont beaucoup de- cas ont été confondus avec Virritabile testis. Il y a quelques observations, l’une, citée par Curling, où il est question d’une tumeur intermittente très douloureuse pendant le coït et qui grossissait après chaque accès, c’est-à-dire après le coït. Le mal était survenu à la suite d’une orchite.
Une autre observation due à M. Morillon’(l) est encore instructive : il est question d’un malade qui avait des spermatocèles d’une durée de trois à quatre jours huit ou dix fois par an. Le malade se marie, les tumeurs ne se produisent plus. Il devient veuf, le mal reparut à des intervalles éloignés.
Ces tumeurs intermittentes siègent sur l’épididyme et sont dues sans contredit à quelque rétrécissement des conduits avec dilatation d’un ou de deux conduits ; elle existent sans apparence d’inflammation. L’anatomie pathologique de ta lésion manque, mais la marche clinique du mal ne peut laisser aucun doute; le traitement ne peut être ici que palliatif, le mariage améliorera certains malades, mais ne les guérira pas tous.
E. — Hydatides des testicules.
Les hydatides du testicule sont fort rares. Dupuytren et Larrey en
Ç) Obs. citée in Bottaro, Diagnostic différentiel des tumeurs de la glande testiculaire. Tli. Montpellier, 1857
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auraient observé chacun deux cas; A. Cooper parle d’un kyste indépendant, probablement acéphalocysle, qu’on trouva par hasard en disséquant un testicule et qui tenait à l’épididyme.
Nous n’avons que bien peu de chose à dire sur cette affection, qu’il est fort difficile de reconnaître, et qui ne peut disparaître le plus souvent par aucun mode de traitement. Si ces tumeurs étaient limitées au cordon et à la tunique vaginale, il serait peut-être possible de les énucléer ; dans le cas contraire, et si elles venaient à trop gêner par leur poids, il faudrait recourir à la castrai ion.
Nous rapprocherons dps hydatides des testicules les cas suivants, remarquables surtout par leur singularité. Baillie a vu un testicule auquel adhérait un kyste contenant une filaire de Médine ; un entozoaire de la même espèce existe dans un kyste situé à la partie inférieure du canal déférent, sur une pièce déposée au musée de Hunier. Une tumeur analogue est déposée au musée du Collège des chirurgiens d’Édimbourg; le ver de Guinée était mort et s’élait converti en une substance analogue à de l’adipocire (1).
§ V. — Tumeurs fibreuses, cartilagineuses, calcaires du testicule.
I. Tumeurs fibreuses. — Il n’est pas rare d’observer des malades chez lesquels le testicule est atrophié; l’organe dans la plupart des cas est passé à l’état fibreux.
Ce nouveau tissu est constitué ; 1® par les prolongements émanés de la tunique albuginée; 2“ par la transformation des tubes séminifères; 3® par la matière sécrétée entre ces tubes pendant l’inflammation. Tantôt ce tissu est mou, tantôt il est dense, serré, résistant, analogue aux corps fibreux de l’iitérus. En général le testicule est diminué de volume.
Celle dégénérescence fibreuse ne s’accompagne ni de douleur ni d’aucun symptôme autre que l’induration de l’organe ; elle ne nécessite aucun traitement. La castration est complètement inutile.
II. Tumeurs cartilagineuses. — L’enchondrome du testicule n’est pas extrêmement rare. Quelquefois les masses cartilagineuses se développent dans l’affection que nous avons décrite plus haut sous le nom de maladie kystique du testicule, d’autres fois il existe une transformation cartilagineuse de tout l’organe. DiThs un cas disséqué par Pa"et (2), on trouvait entre autres altérations une série de petites tumeurs cartilagineuses s’étendant le long du cordon; une dissection
(1) Curling, loc. cil., p. 430.
(2) Pagcl, Med. chinirg. Tranincliom, t. XXXVIII, p. 247.