IV. — Hydrocèle enkystée du cordon
L’hydrocèle enkystée du cordon n’est pas très rare; elle est la seule qui, avec l’hydrocèle de la tunique vaginale, se trouve décrite dans les ouvrages classiques.
Anatomie pathologique. — Lorsque la maladie est récente, on trouve une poche mince, située en avant ou sur le côté des vaisseaux du cordon, recouverte par la gaine du cordon et par le crémaster. Quand la tumeur est ancienne, ses enveloppes s’épaississent et prennent même la densité du cartilage et se recouvrent de vaisseaux sanguins. Quelquefois l’intérieur est lisse et poli ; Scarpa a dessiné un kyste dont la surface interne était régulière, frangée et comme veloutée. Enfin, il peut y avoir des loges nombreuses communiquant ensemble, ou parfaitement séparées.
Le liquide est clair ou trouble, quelquefois d’un jaune verdâtre, quelquefois rougeâtre et semblable à de la lie de vin ; quelquefois il est épais et prend la consistance du miel.
En général, ces tumeurs sont situées plus près de l’anneau que du testicule, surtout chez les jeunes sujets. Dans l’enfance on les rencontre quelquefois en partie dans le canal inguinal, en partie au dehors. Dans un cas rapporté par A. Gooper, la tumeur était entièrement logée dans le canal inguinal.
Le nombre des kystes est variable. On en voit quelquefois deux, trois et même davantage superposés le long du cordon, figurant une sorte de chapelet. Chacune de ces tumeurs n’acquiert, en général, qu’un volume médiocre. Les tumeurs uniques peuvent, au contraire, prendre des dimensions beaucoup plus considérables; rarement cependant elles dépassent celles d’un œuf de poule; leur forme est oblongue et rappelle celle du testicule. Lorsque la tumeur est volumineuse et s’engage par son extrémité supérieure dans le canal inguinal, elle prend la forme d’un bissac.
Cette tumeur est formée par le prolongement séreux du péritoine, qui s’est oblitéré en deux points.
Symptomatologie. — Les symptômes varient selon le volume et le siège de la tumeur, selon les altérations du kyste et du liquide qu’il renferme.
Le kyste est-il renfermé dans le canal inguinal, il donne.la sensation d’une tumeur dure, mobile, que l’on peut refouler dans l’abdomen, qui peut môme disparaître par le décubitus dorsal. Est-il situé en
IIYDROCKLH ENKYSTÉE DU CORDON. 0-0
partie dans le canal, en partie an dehors, la tumeur est allongée, mobile; quelquefois on la fait rentrer dans le canal ; d’autres fois elle résiste et s’échappe sous les doigts. Est-il hors du canal, il est arrondi ou ovoïde ; quelquefois on peut constater sa transparence à la lumière; mais ce signe manque quand la tumeur est trop petite, ou quand le kyste ou le liquide ont subi des altérations.
En général, le kyste est tellement distendu par le liquide, qu’il résiste sous les doigts sans donner la moindre sensation de fluctuation ; quelquefois, par suite de l’augmentation de la capacité de la poche, la tension devient moins grande, et l’on peut alors sentir la fluctuation.
Presque jamais l’hydrocèle enkystée ne cause de douleur par ellemême; rarement elle est sensible à la pression ; toutefois une pression exagérée fait retentir la douleur jusqu’au testicule. Lorsque la tumeur acquiert un volume considérable, elle tiraille le cordon, détermine des douleurs assez vives qui remontent jusque dans la région lombaire.
Étiologie. — Les causes de cette aflection nous échappent à peu près complètement; on la voit quelquefois compliquer les hernies; l’application d’un bandage herniaire pourrait peut-être, chez quelques sujets, être invoquée; mais dans l’immense majorité des cas, cette hydropisie se développe sans cause appréciable. Malgaigne pense qu’elle est plus fréquente chez les sujets de six à quinze ans ; elle est plus rare chez les vieillards.
Diagnostic. — 11 est, en général, assez simple. Lorsque la tumeur est transparente, on ne saurait conserver de doute sur sa nature; dans le cas contraire, on peut croire à une hernie épiploïque, à une tumeur solide du cordon, à l’existence d’un troisième testicule, à une hydropisie d’un ancien sac hernaire; mais les commémoratifs mettront souvent sur la voie. Si le testicule est sain, il est rare qu’il se développe- sur le trajet du cordon une tumeur solide; dans le doute, cependant, on pourrait faire une ponction exploratrice. La marche de la maladie, la sensation spéciale qu’elle donne au toucher, un pédicule profond, les troubles qu’elle développe du côté du tube digestif, feront presque toujours reconnailre une hernie épiploïque. Nous avons vu plus haut que la pression exercée sur le testicule sain causait une douleur d’une nature toute spéciale, qui manque quand on presse sur une tumeur kystique. Malgré tous ces éléments, le diagnostic est quelquefois difficile, parfois môme impossible, et ce n’est qu’au moment de l’opération que l’on constate la véritable nature de la maladie.
Pronostic. — 11 est peu grave ; les malades le plus souvent ne viennent réclamer le secours de l’art que quand la tumeur prend assez de volume pour gêner par sou poids.
520 AFFlîCTIONS DES OUGANES GÉNITAUX DE l’iIOMME.
Traitement. — Chez les jeunes enfants, on aurait fait disparaître . l’hydrocèle enkystée du cordon par des applications résolutives, telles que la décoction de roses rouges tenant en dissolution un peu d’alun, le chlorhydrate d’ammoniaque; mais chez l’adulte il faut recourir à un traitement plus énergique, à l’opération.
Un grand nombre de méthodes ont été conseillées; nous allons passer rapidement en revue les plus importantes :
1“ La ponction du kyste et la compression avec un bandage herniaire suffisent quelquefois pour amener la guérison de la maladie ; le liquide est évacué et les parois dé la poche s’accollent. Ce moyen pourrait être conseillé seulement comme palliatif, car le plus souvent le liquide se reproduit.
2" Vincision est un moyen plus énergique. On fend avec un bistouri la tumeur dans toute sa longueur, on remplit la poche de charpie afin de faire suppurer les parois du kyste; cette méthode expose à une inflammation très vive, il n’est pas rare de voir des abcès se développer dans l’épaisseur du scrotum.
3® Vexcision totale ou partielle du kyste devrait être réservée pour les cas où les parois de la poche présentent une densité considérable.
4“ La ponction suivie de l'injection iodée réussit tout aussi bien dans cette affection que dans l'hydrocèle de la tunique vaginale ; malheureusement elle n’est pas toujours praticable à cause du peu d’étendue de la poebe, mais c’est le meilleur procédé.
5“ Le séton, constitué par un simple fil ou un tube à drainage qui traverse la tumeur dans son plus grand diamètre, provoque quelquefois une inflammation des plus intenses.
6“ Malgaigne et Ricord ont tenté l’oblitération du kyste parle procédé suivant : ils ont vidé la tumeur au moyen d’une ponction et ont maintenu les parois du foyer rapprochées à l’aide d’une ou de deux épingles qui le traversaient de part en part. Ricord seul a réussi com.plètetement; le malade de Malgaigne a fini par guérir, mais le foyer a suppuré pendant longtemps.