V. ~ Varicocèle
On donne le nom de varicocèle à une tumeur formée par la dilatation variqueuse des veines spermatiques.
Anatomie pathologique. — Si on dissèque les veines spermatiques sur un sujet affecté de varicocèle, on les trouve dilatées, allongées, plus flexueuses qu’;\ l’état normal, quelquefois elles descendent jusqu’au-dessous du testicule et remontent jusque dans le canal inguinal; en même temps elles paraissent plus nombreuses, les capillaires vei-
VARICOCKLIÎ.
neux ayant pris part à la dilatation; quolcjucfois leur nombre est tellement considérable, qu’elles enveloppent complètement la glande. Les veines propres du testicule participent elles-mêmes à la dilatation. Il est généralement admis que le testicule correspondant à la varicocèle diminue de volume et s’atrophie. Mais l’atrophie complète est rare. Cette question de volume relatif et d’atrophie n’intéresse que médiocrement les malades : ce qui les touche plus directement ici, c’est la conservation ou la diminution de l’aptitude génitale. En interrogeant les nombreux sujets qui l’ont consulté pour des varicocèles, Nélaton s’était assuré que l’existence de ces varicocèles n’avait diminué en rien leur aptitude aux fonctions de la reproduction, et qu’en admettant qu’il y eût atrophie du testicule, cette atrophie est dans tous les cas bien restreinte, puisque l’activité fonctionnelle du testicule reste la même.
Symptomatologie. — La varicocèle se développe en général avec une extrême lenteur, aussi la maladie, à son début, passe-t-elle presque toujours inaperçue des malades; ils accusent une sensation de pesanteur dans le testicule, un sentiment de malaise qui se propage tout le long du cordon et remonte jusqu’au rein; ces symptômes augmentent après un exercice peu violent; le malade porte alors la main au scrotum afin de donner au testicule une position plus favorable dans le pantalon ; le scrotum est relâché, allongé, la peau semble plus fine, plus transparente, la sécrétion de la sueur est plus abondante.
Si on palpe le cordon, on sent une tumeur molle, pâteuse, dépourvue d’élasticité, donnant au doigt la sensation d’un paquet de ficelle mouillée. Lorsque la varicocèle est considérable, on peut suivre ces vaisseaux jusque dans le canal inguinal et au-dessous du testicule; la tumeur forme alors deux pyramides adossées par leur base, la partie la plus large correspond au testicule que l’on a souvent de la peine à retrouver au milieu de ce paquet vasculaire.
Cette tumeur diminue par le froid, par le repos dans le décubitus dorsal ; elle augmente par la chaleur et par la position verticale. D’après Landouzy, les malades éprouveraient du soulagement immédiatement avant et pendant le coït; ce soulagement serait suivi d’une exacerbation des symptômes: la contraction tonique des bourses et la plus grande activité de la circulation pendant l’orgasme vénérien expliqueraient ce phénomène.
La douleur et la gêne que cause la varicocèle sont extrêmement variables : on trouve en effet des malades qui ont les bourses énormes, et qui ne se livrent pas moins sans trop de gêne aux exercices les plus violents; par opposition on en voit d’autres qui souffrent prodigieusement de varicocèles très petites.
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Abandonnée à elle-môme, la varicocèle a peu de tendance à faire des progrès, si le malade évite la fatigue, s’il porte un suspensoir bien fait. Dans les conditions contraires, il peut augmenter de volume, prendre des proportions énormes; les veines de la cloison, celles desdartos et des téguments se dilatent à leur tour; Landouzy a vu ces veines sousculanées avoir le volume de la veine crurale. La tumeur peut descendre jusqu’à la partie moyenne de la cuisse, offrir les dimensions de la tête d’un fœtus à terme ; mais au bout d’un certain temps la maladie tend à rester stationnaire ; elle diminue et disparaît même chez les vieillards, ainsi que l’a montré Malgaigne; en effet, l’état variqueux des veines funiculaires coïncide avec l’époque où l’homme possède au plus haut degré la puissance génitale; la varicocèle est une maladie propre à la seconde période de l’adolescence, et tend à disparaître au fur et à mesure que l’on avance dans la vie.
Une phlébite de varice peut compliquer la variococèle et, chose curieuse, elle n’en entraîne pas l’oblitération.
Étiologie. — La varicocèle se montre le plus communément de quinze à vingt-cinq ans; Malgaigne a vu des varicocèles qui s’étaient développées beaucoup plus tard, mais alors sous l’influence d’une hernie, et surtout sous celle de la pression du bandage.
Le côté droit y est infiniment moins sujet que le gauche. Cette fréquence à gauche, reconnue de tout temps, a été attribuée à diverses causes. J.-L. Petit alléguait la pression exercée sur les veines spermatiques par les matières fécales accumulées dans l’S iliaque du côlon. Morgagni, A. Gooper ont accusé la disposition de la veine spermatique, qui à droite se rend dans la veine cave ascendante dans une direction presque parallèle à celle de ce vaisseau, et, conséquemment, dans un sens favorable au cours du sang, tandis qu’à gauche, elle se jette à angle droit dans la veine émulgente, c’est-à-dire dans une direction perpendiculaire au courant sanguin ; Vidal insistait beaucoup sur ce point.
Il existe un certain nombre de faits qui tendraient à démontrer que l’hérédité peut être invoquée comme cause prédisposante de la varicocèle.
Les causes efficientes sont tout aussi obscures : on a invoqué la masturbation, l’abus des plaisirs vénériens, la danse et l’équitation ; mais rien ne prouve que ces causes aient une action sérieuse. Les contusions, les inflammations du cordon et du testicule ne semblent pas agir plus énergiquement. La cause la moins contestable est la pression d’un hrayer trop fort ou mal appliqué; et encore cette cause agit bien moins souvent qu’on ne serait tenté de le croire. Des tumeurs abdominales comprimant les veines spermatiques, de grosses hernies non contenues, l’obésité (A. Cooper), à raison de la graisse accumulée
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dans le mésentère et l’épiploon, qui presserait ainsi sur les veines, une ceinture ou des pantalons trop serrés, ont paru quelquefois exercer une fâcheuse influence. La plupart de ces causes semblent favoriser l’accroissement d’une varicocèle déjà existante; mais rien ne démontre qu’elles soient réellement efficaces pour produire la maladie.
Diagnostic. — Il est en général facile, car aucune tumeur ne se présente avec ce caractère de se laisser pour ainsi dire effiler entre les doigts: la seule affection que l’on pourrait confondre est une hernie qui, comme la varicocèle, diminue par la station horizontale, augmente parla station verticale et peut être réduite parle taxis; mais si après la réduction on applique le doigt sur l’anneau, la hernie ne sort pas, tandis que les veines vidées par la pression ne lardent pas à se remplir; le diagnostic ne présenterait de difficultés sérieuses que dans les cas où la maladie serait compliquée d’un engorgement du cordon, d’une hernie épiploïque; mais un peu d’attention permettrait toujours d’arriver à reconnaître la dilatation des veines spermatiques.
Pronostic. — En général il est peu grave, quelquefois cependant il cause des douleurs assez vives pour empêcher les malades de se livrer à leurs travaux; il n’est pas rare d’observer des individus cheziesquels la présence de ces tumeurs exerce une influence morale des plus pénibles, et cause l’bypochondrie. Avec le temps le mal guérit. Malgaigne, nous l’avons dit, a remarqué que les vieillards n’avaient plus de varicocèle: le temps les a guéris.
Traitement. — Il est palliatif ou curatif (1).
Traitement palliatif. — Lorsque la variocèle est légère on se contente de faire soutenir les bourses dans un suspensoir bien fait; on évite ainsi la sensation de pesanteur et de douleur, et on prévient l’excoriation des bourses et de la cuisse.
Afin de diminuer la profondeur des bourses, Hervez de Ghégoin avait conseillé de repousser les testicules près de l’anneau, et de maintenir les bourses serrées à l’aide d’un lien. A. Cooper conseille d’exciser une portion du scrotum et de réunir les bords de la plaie à l’aide de points de suture; nous ne saurions accepter cette opération qui expose à des abcès du scrotum, il arrive môme quelquefois que le testicule descend et vient faire saillie à la partie inférieure entre les lèvres de la plaie. Le mal d’ailleurs récidive sûrement.
Le meilleur moyen palliatif est le suivant: le testicule cl le cordon veineux sont refoulés vers l’anneau, on saisit la portion pendante du scrotum et on la lient suffisamment serrée dans un tube élastique qui
(1) Consultez Laiidouzy, De la varicocèle {Journ. tics Conn. méd. cliir., 1838, n°* 1 et 3). Nous disons lu varicocèle et non le varicocèle; car, graininaticalement, jiartoul les deux radicaux tic varicocèle sont féminins.
XKI.ATON. — l’ATII. C.llllt.