AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES MUSCLES
tion. Dans tous les cas, il reste le traitement comme moyen de diagnostic; car la rétraction syphilitique disparaît le plus souvent sous ^influence d’un traitement spécifique, tandis que les autres espèces résistent à ce moyen.
Le traitement est celui des affections tertiaires de la syphilis, on prescrira surtout l’iodure de potassium à la dose de 1 ou de 2 grammes par jour.
g XIX. Tumeurs syphilitiques des muscles.
Les tumeurs syphilitiques des muscles peuvent se rencontrer dans les tendons et dans le corps charnu du muscle.
A. — Tumeurs syphilitiques des tendons.
Les tumeurs syphilitiques des tendons sont plus fréquentes que celles de la portion charnue des muscles. Elles peuvent se montrer dans tous les tendons; celles du tendon d’Achille ne sont pas très rares, nous en avons constaté une dans l’épaisseur du tendon du triceps crural.
A leur début, ces tumeurs sont solides et paraissent consister en une hypertrophie du tissu du tendon avec épanchement plastique dans l’intervalle des fibres. Dans quelques cas ces tumeurs se ramollissent et suppurent; la continuité des fibres tendineuses est respectée, celles-ci semblent seulement écartées par le foyer purulent; dans d’autres circonstances, la tumeur devient de plus en plus dure, l’ossification s’en empare : M. Bouisson a vu celle-ci s’étendre à toute la longueur du tendon du muscle petit psoas; d’autres fois elle se limite à la partie malade, où elle forme une espèce d’os sésamoïde accidentel.
Ces tumeurs siègent le plus souvent à la surface du tendon; plus rarement elles en occupent le centre. Elles provoquent une douleur plus ou moins vive qui s’accroît dans l’exercice du muscle auquel correspond le tendon affecté.
Les tumeurs syphilitiques des tendons réclament le traitement des affections syphilitiques tertiaires, c’est-à-dire l’iodure de potassium à la dose de 1 à 2 grammes par jour.
B. — Tumeurs syphilitiques des muscles.
Les tumeurs syphilitiques des muscles ont été, comme nous l’avons déjà dit, étudiées avec soin par M. Bouisson, auquel nous empruntons la plupart des faits consignés dans cet article.
Anatomie pathologique. — Quel est le point de départ des tumeurs syphilitiques développées dans le corps charnu des muscles? En enva-
hissent-elles crabord les fibres charnues, ou bien le tissu cellulaire qui réunit les éléments contractiles du tissu musculaire ? Il est ditiicile de se prononcer sur ce point, car dans tous les cas où il a été possible d’examiner ces tumeurs on a trouvé tous les éléments anatomiques envahis; cependant l’analogie permet de supposer que l’alïection débute par le tissu cellulo-fibreux. Quoi qu’il en soit, nous considérerons, avec M. Bouisson, trois degrés de cette alléction.
Dans le premier degré, [le muscle est le siège d’un gondement circonscrit; si l’on fait une section sur la partie malade, on trouve quelques faisceaux musculaires décolorés au milieu d’un épanchement plastique d’apparence grisAtre.
Dans le deuxième degré, la matière épanchée se ramollit, se transforme en un liquide visqueux fdant, semblable à une solution de gomme; cependant lorsque la maladie marche avec rapidité, c’est-à-dire prend la forme aiguë, on trouve au centre de la tumeur de véritable pus ; les libres musculaires ramollies se détruisent. L’inflammation présente tous les symptômes d’un phlegmon arrivé à la période de suppuration ; la peau prend une teinte d’un rouge brun, s’amincit, se perfore, pour donner passage h un pus mal lié ou à une sorte de bourbillon central gangréneux, et il reste une ulcération profonde à bords taillés à pic, à fond grisâtre, offrant une coloration violacée. Puis au bout d’un temps variable, mais toujours long/ et sous l’influence d’un traitement convenable, la plaie change d’aspect, et bientôt on trouve une cicatrice blanchâtre plus où moins régulière.
Dans le troisième degré, les tumeurs non suppurées s’indurent, elles passent à l’état cartilagineux et même osseux ; ces productions sont styliformes, laminées, suivant la disposition des muscles qui ont participé à l’altération.
Les tumeurs syphilitiques peuvent à la rigueur envahir tous les muscles ; elles ont été observées sur les muscles grand fessier, trapèze, sterno-cléido-mastoïdien, biceps brachial, deltoïde, vaste externe, jumeaux, etc.; les lèvres et la langue, organes essentiellement musculaires, paraissent surtout prédisposées à ce genre d’affection. Nous aurons à revenir plus loin sur les tumeurs syphilitiques de la langue.
Symptomatologie. — On constate dans l’épaisseur du muscle une tumeur ovoïde dont le volume peut acquérir celui d’une orange, à laquelle on peut imprimer des mouvements en divers sens, lorsque le muscle est relâché, mais qui devient fixe si le muscle entre en contraction. Quelquefois indolentes, elles sont d’autres fois le siège de douleurs : celles-ci se montrent ou s’exaspèrent dans la contraction du muscle. La consistance de ces tumeurs est variable : pendant la première période elles ont une dureté assez médiocre ; puis, ou bien elles deviennent fluctuantes, ou bien la consistance augmente, et elle est en rapport
Al’FECTlONS SYPIIILITIOUES DES MUSCLES, avec les translbnnations que nous avons indiquées i)lus haut. 11 n’existe pas de changement de couleur à la peau, celle-ci ne contracte pas d’adhérence avec la tumeur ; les changements de température, de l’état hygrométrique de l’air, la chaleur du lit provoquent souvent des exacerbations dans la douleur.
Les tumeurs syphilitiques des muscles sont souvent accompagnées de rétraction musculaire, mais nous devons dire que souvent il y a tumeur sans rétraction, et nous avons vu qu’il pouvait y avoir rétraction sans tumeur. Quoi qu’il en soit, ces tumeurs sont causes de troubles fonctionnels en rapport avec leur volume et de l’importance des muscles ; on observe en outre des désordres qui tiennent à la pression que la tumeur elle-même exerce sur les organes circonvoisins : c’est ainsi que dans un cas de tumeur syphilitique du muscle sterno-cléido-mastoïdien, nous avons constaté une raucité de la voix, raucité qui rappelait assez bien le timbre de la voix des goitreux. La trachée paraissait un peu déviée, mais il n’en résultait aucun trouble notable dans la respiration; la déglutition n’était pas non plus sensiblement gênée.
La marche de ces tumeurs est en général très ente, et ce n’est souvent que longtemps après leur début que les malades viennent réclamer les secours de l’art.
Diagnostic. — 11 est fort difficile, lorsque la maladie existe seule, c’est-à-dire n’est pas accompagnée d’accidents syphili tiques concomitants ; à la vérité il reste les antécédents, mais on sait combien il est difficile d’obtenir des renseignements exacts; chez un certain nombre de malades, les accidents primitifs passent inaperçus; mais il est nombre de personnes, des femmes surtout, qui ne peuvent se résoudre à faire connaître la vérité. Aussi est-on quelquefois obligé pour arriver à la connaissance de la véritable nature de la tumeur de prescrire un traitement spécifique qui fait disparaître les tumeurs syphilitiques, tandis qu’il est sans action sur les autres.
Quant à spécifier le siège précis de la tumeur, le chirurgien se trouve quelquefois dans l’embarras, il peut néanmoins arriver à un diagnostic exact en faisant contracter le muscle; nous reviendrons d’ailleurs sur ce point en décrivant le diagnostic des tumeurs cancéreuses des muscles.
Pronostic. — Les tumeurs syphilitiques des muscles sont l’indice d’un état diathésique sérieux; aussi, en ce sens, doivent-elles être considérées comme graves. Néanmoins, en face des guérisons extrêmement nombreuses que l’on obtient à l’aide d’un traitement rationnel, cette aftection ne doit pas être regardée comme dangereuse lorsqu’elle est reconnue; il n’en est plus de même lorsque ces tumeurs sont abandonnées à elles-mêmes; par suite de leur développement, de leur ramol-
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lissenicnl et des ulcérations qui en sont la conséquence elles peuvent provoquer des désordres étendus qui arrivent quelquefois à compromettre des fonctions importantes.
Traitement. — Le traitement des tumeurs syphilitiques des muscles est celui des accidents tertiaires de la syphilis, c’est-à-dire l’iodure de potassium; ce médicament sera prescrit à la dose de 1 à 2 grammes par jour; quant au traitement local, il est souvent inutile; cependant sur une tumeur volumineuse on pourra recourir à la compression ; lorsque la tumeur sera abcédée, on l’ouvrira avec le bistouri; l’ulcère sera pansé avec des plumasseaux de charpie imbibée avec du chlorure de chaux ou enduite d’une pommade d’iodure de potassium.
ARTICLE Vil.