II. — Ce qu’il faut faire pendant le combat
a. Tr'ansport des blessés. — Nous pourrions faire des remarques analogues au sujet de la question de transport des blessés du point des batteries où ils ont été atteints à l’endroit on les secours doivent leur être portés.
C’était et ce sera peut-être encore quelque temps assez difficile à préciser, tant que les vaisseaux et frégates de l’ancienne marine seront employés dans les combats de mer.
Les obstacles à la soustraction rapide des hommes devenus une gêne pour les manœuvres des voiles et de l’artillerie sont en effet nombreux : encombrement des panneaux qui servent aussi au passage des projectiles ; peu d’étendue de quelques-unes de ces ouvertures ; direction souvent incommode pour l’arrivée au poste des chirurgiens, etc.
Le choix du mode de transmission du pont ou des batteries dans la cale n’est pas non plus aussi facile qu’on le suppose, quand on n’a pas l’expérience des choses de la mer.
On s’est longtemps servi d’une sorte de lit suspendu très simple et peu encombrant, désigné sous le nom de cadre; mais, comme l’a fait
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observer M. llochard, cet appareil est assez peu maniable dans les panneaux étroits de nos vaisseaux modernes.
« Le cadre réglementaire, ditM. Uochard, suffisait à bord des navires il voiles ; mais il est difficile à manœuvrer dans les panneaux étroits de nos vaisseaux modernes, il est trop long et vacille trop facilement. S’il n’est suspendu que par un seul cartabu, il penche dans tous les sens; s’il est pendu par les deux bouts, il subit encore des oscillations latérales; enfin s’il est soutenu par les quatre coins, il descend verticalement et d’aplond), mais à la condition qu’on ait le soin de maintenir les cartahus au même degré de tension et qu’on apporte dans cette manœuvre une précision difficilement compatible avec le désordre du combat et les mouvements de roulis et de tangage. »
On pourrait cependant, pour obvier à ces inconvénients, adopter la disposition dont M. Herclion, chirurgien-major de VAlfiésiras, a pu constater les avantages par de nombreuses expériences. etdontM.Hochard a fait l’éloge dans ses leçons (1).
A défaut de cadres, certainement préférables, principalement dans les cas de fractures ou de blessures graves (le malade étant transporté couché), on pourrait se servir de fauteuils.
« Les fauteuils, dit M. Rochard, sont plus légers, tiennent moins de place et peuvent être suspendus par un seul point; il est j)lus facile d’y asseoir le malade et de l’en tirer que de le coucher dans un cadre et de le relever. Ce mode de transport, qui offre quelque analogie avec les cacolets, n’est pas nouveau, du reste, c’est celui qu’indique Forget dans son Traité de médecine navale. » Les panneaux ordinaires sont plus que suffisants pour laisser passer deux fauteuils; ceux-ci se servent alors réciproquement de contre-poids. Lorsque le panneau est très long et très étroit, les deux fauteuils sont mis bout à bout, les pieds tournés l’un vers l’autre ; si le panneau est moins long et plus large, les deux fauteuils sont placés l’un à côté de l’autre et suspendus à une même traverse pourvue de deux poulies.
Répétons que la transformation radicale qui s’opère en ce moment même dans toutes les marines du monde et la protection mieux assurée des combattants enlèvent peut-être un peu d’intérêt à ces détails.
A l’aide des moyens que nous venons d’indiquer, on pourra faire face à toutes les éventualités : mais nous dirons avec M. Rochard : « 11 est cependant des circonstances où cela ne suffirait pas. Qu’on suppose, par e.xemple, un vaisseau serré de près par plusieurs autres et recevant de tous les côtés à la fois des volées meurtrières ; le nombre des blessés s’élèvera rapidement à un chifiVe tel que, malgré toute la diligence possible, on ne pourra les faire descendre tous. Si cette situation eriti-
(t) Ouvrage cité, p. 28.
CONSI DKUATIONS GKNKllALES SUR LES AAIBULANCES.
que se prolongeait, le meilleur parti à prendre pour débarrasser les batteries serait peut-être de cesser le feu pendant quelques instants, d’ouvrir le plus grand nombre de panneaux possible, et d’employer les hommes des pièces à descendre rapidement les blessés par toutes les voies à la Ibis, en les passant de main en main. »
b. Secours à donner aux blessés. — Nous n’avons que peu de chose à dire sur les soins à donner pendant le combat. Dans la plupart des cas, pour peu qu’une affaire soit sérieuse, les chirurgiens, encombrés par les blessés qui se succèdent incessamment, ne peuvent donner des soins immédiats qu’à ceux dont l’existence se trouverait compromise par le moindre retard. 11 leur est, en effet, bien difficile d’agir dans un élïoit réduit, où tout manque, l’air, la place et la lumière; cependant des amputations considérables et même des désarticulations totales des membres ont pu être pratiquées avec succès dans de pareilles circonstances, aggravées d’un état fâcheux de la mer. Examiner avec soin tous les hommes qui arrivent au poste, remplir les indications les plus urgentes, faire coucher les hommes atteints de lésions graves, renvoyer au feu, après un pansement préalable, ceux qui peuvent servir encore (ces derniers seront, si faire se peut, examinés et pansés dans le fauteuil et remontés aussitôt, afin d’éviter l’encombrement), voilà tout ce qu’il est ordinairement possible de faire pendant l'action.