III. — Ce qu’il faut faire après le combat
Aussitôt après le combat, il faut se hâter de tirer les blessés de l’étroit réduit où ils sont entassés et de les soustraire à l’atmosphère viciée où ils séjournent; ils sont évacués dans la batterie basse, qui se trouve ainsi transformée en hôpital aussitôt que le combat est complètement terminé; car si le feu doit recommencer, il faudra encore attendre.
Lorsque tout est remis en place dans la batterie, qu’elle a été lavée, nettoyée avec soin, on fait monter et garnir tous les lits de fer dont le navire est pourvu ; si leur nombre ne suffit pas, on fait disposer en plus les cadres destinés aux malades; les lits de fer et les cadres des ofliciers sont également abandonnés aux blessés ; enfin, comme dernière ressource, on couche dans des hamacs ceux qui sont atteints le moins gravement. D’ailleurs le chirurgien en chef de la division ne larde pas à visiter tous les vaisseaux qui ont été engagés; les moins malheureux portent secours à ceux qui le sont davantage, et, au besoin, on transforme en hôpital un des vaisseaux qui ont le moins souffert. Quant aux hommes qui ont à subir une opération grave, ils restent dans l’hôpital, où ils sont oiiérés; si cependant ils étaient trop nombreux, on pourrait les opérer dans la batterie.
Ihentôt tous les blessés sont couchés, on a pourvu à leurs premiers besoins ; c’est alors qu’on les examine avec soin, (jii’on pratique les
opérations qui ont pu être différées, et qu’on fait méthodiquement les pansements. Mais s’il survenait du mauvais temps qui mît dans la nécessité de fermer les sabords et les panneaux, l’aération ne serait plus possible; c’est alors que l’bumidité, l’absence de lumière, la viciation de l’air font éclater les plus fâcheuses complications : le typhus, la pourriture d’bOpital, etc.
Est-il possible dans de semblables conditions de conjurer des accidents aussi graves? La ventilation ne pourra jamais être que très imparfaite, et se fera à l’aide de manches à vent établies aux panneaux qui peuvent en recevoir. La plus grande propreté sera recommandée. On évitera les lavages à grande eau, autant que possible. On se servira de la brique sèche et du balai. Au moment du pansement et du repas on étendra autour du lit des toiles à voiles qui seront enlevées immédiatement. Les pièces de pansement devront disparaître. Tous les blessés que leur état permettra de quitter la batterie, devront, autant que possible, aller sur le pont, ou du moins dans la batterie haute. Certes voilà bien des précautions; mais malheureusement elles sont souvent insuflisantes, aussi devra-t-on se hâter de mettre les blessés à terre dès qu’on aura atteint un point de relâche.
Dans tous les cas, l’évacuation la plus prompte possible des blessés vers les hôpitaux munis d’un personnel suflisant et d’approvisionnements spéciaux est une nécessité dont on devra se préoccuper davantage de jour en jour. L’expédition de Crimée a mis cette vérité hors de doute.
§ II. — Combat à terre engagé par les compagnies de débarquement.
Lorsque les navires doivent opérer une descente armée, il devient nécessaire de prendre quelques dispositions qui diffèrent de celles que nous venons d’exposer. Chaque compagnie de débarquement est accompagnée d’un chirurgien et de deux infirmiers, dont l’un porte un sac oi'i se trouvent renfermés les instruments et les pièces de pansement nécessaires. Le chirurgien, comme ceux qui appartiennent à l’armée de terre, donnera les premiers soins sur le champ de bataille, puis le blessé se trouvera dirigé vers l’ambulance; mais comme le plus souvent l’expédition est rapide, cette ambulance se trouve à bord d’un navire désigné à l’avance : c’est le navire hôpital oii les blessés reçoivent les secours que nécessite leur état, ils y sont conduits par des embarcations spécialement destinées à leur transport. 11 est inutile d’ajouter que cette évacuation doit se faire aussi rapidement que possible, et peu à peu, car le moment où l’expédition se rembarque est souvent critique, et la présence des blessés vient ajouter une complication de plus aux embarras de la situation. Cependant quand l’expédition doit s’engager assez loin en avant, il peut être nécessaire d’établir des ambulances provisoires semblal)les à celles do l’armée do terre.