CHAPITRE
PLAIES
ARTICLE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
On donne le nom de plaie k toute solution de continuité des parties molles, produite instantanément par une violence extérieure.
Un agent vulnérant, après avoir divisé les parties molles, peut conserver encore assez de force pour porter son action jusqu’aux os placés plus profondément, et causer une solution de continuité du tissu osseux ; mais celle-ci sera produite, tantôt par un mécanisme semblable k celui qui a présidé k la division des parties molles, tantôt par un mécanisme essentiellement différent, c’est-k-dire par la rupture des fibres osseuses (voyez le chapitre des Fractures) ; de ces deux modes de solutions de continuité, le. premier seul mérite le nom de plaie, le second a pris celui de fracture.
Tous les agents physiques ou mécaniques peuvent produire des plaies, lorsqu’ils sont dirigés sur un des points de notre corps avec une violence capable de surmonter la résistance de nos tissus; cette résistance est d’autant moindre que les corps vulnérants agissent par une surface plus étroite: aussi les plaies résultent-elles le plus souvent de l’action d’instruments armés de pointe ou de tranchant ; les corps k surface
'1/|2 l'LAIKS.
aiTondie en sont plus rareinonl la cause. La plupart des animaux avec lesquels riioinnic se Irouve habituellement ou accidentellement en cf)iitact peuvent aussi produire des plaies, lorsqu'ils tournent contre lui les armes naturelles qu'ils possèdent, telles que : aiguillons, dents, cornes, sabots, etc.
Les plaies, relativement à leurs causes, présentent de nombreuses ditiérences, et, sous ce point de vue, elles forment plusieurs groupes bien distincts: 1“ Les coupures, produites par dos lames dont le trancbaiit glisse à la surface de nos organes en les comprimant ; elles s'étendent surtout en longueur, et ont pour caractère de présenter deux lèvres saignantes, légèrement curvilignes, et réunies à angle aigu: ces [)laies sont les plus fréquentes ; ce sont elles que nous adopterons, avec tous les auteurs, pour type d’une description générale. 2“ Les piqûres, qui s'étendent surtout en profondeur, peu en surface, et dans lesciuelles il y a refoulement des tissus autour de l'instrument vulnérant, écartement des fibres plutôt que division : elles succèdent à l'action des corps qui s'introduisent dans nos tissus en pressant à la manière des coins. 3“ Les plaies contuses. Ici la production de la plaie offre des phénomènes plus compliqués. Lorsqu'un corps dont la surface est arrondie vient frapper ■ un des points de l'économie, il comprime toutes les parties molles sous- ^ jacentes avec une force qui a son maximum d'intensité au centre d'ap- j plication de la surface vulnérante. S’il agit avec une très grande violence, i voici les phénomènes successifs qui se produisent : les fluides refluent circulairement autour du centre de pression ; les capillaires, trop distendus, se rompent; les parties molles sous-cutanées, moins résistantes que la peau, se divisent les premières, puis ensuite la peau, et cette division des parties molles a beu surtout par l'action combinée de l’écrasement et de la déchirure : aussi les plaies contuses ont-elles pour caractères ordinaires de présenter des lambeaux multiples qui les rendent irrégulières, et une teinte livide due à l’infiltration du sang. /i“ Les plaies par arrachement, (.\\x\ se rapprochent des plaies contuses par leur extrême irrégularité, mais qui s'en distinguent essentiellement i)ar l'absence de toute contusion. 5" Enfin, les plaies envenimées, dangereuses par la présence d'un venin, d'un virus, ou d'un poison déposé dans leur intérieur, et soumis aux lois de l'absorption.
Les plaies diffèrent aussi entre elles par leur direction, par leur forme, par leur étendue et par les maladies et les accidents qui peuvent » les compliquer.
La direction des plaies peutôtre parallèle, perpendiculaire ou oblique soit à l'axe du corps, soit à l'axe des parties intéressées.
Leur forme est extrêmement variable; souvent elle n’off'reaucim,rapport avec celle de l'instrument vulnérant. Voici le résultat des recherches faites par Sanson sur ce phénomène, qui intéresse à la lois le
r.ON'SlDKRATIONS GÉNÉRALES.
diagnostic des plaies et la médecine légale : « 1" Quand un instrument piquant et tranchant sur ses bords pénètre perpendiculairement à la surface des téguments, et que ceux-ci sont également tendus dans tous les sens, la plaie représente assez bien la forme de Tinstrument, aux dimensions près, la solution de continuité étant en général moins longue que l’instrument vulnérant n’est large, et offrant au contraire plus d’écartement qu’il n’a d’épaisseur. 2® Quand le même instrument pénètre obliquement dans les tissus, ou quand les téguments sont inégalement tendus, la forme de la plaie ne représente plus celle de l’instrument : par exemple, l’un des bords pourrait s’écarter et devenir concave, tandis que l’autre resterait droit. 3® Si l’instrument vulnérant n’est tranchant que d’un coté, les parties peuvent rester en place vers l’angle correspondant au tranchant, mais elles reviennent constamment sur elles-mêmes vers l’angle correspondant au bord mousse, et la plaie alors prend une forme triangulaire, et se resserre de manière à conserver des dimensions tort inférieures à celles de l’instrument vulnérant. /i® Mais lorsque celui-ci est dépourvu de tranchant et seulement armé d’une pointe, il est alors impossible, dans la plupart des cas, de reconnaître à l’aspect de la forme de la plaie l’instrument qui l’a produite ; cela est si vrai, que le même instrument, quand il porte plusieurs coups, fait souvent des plaies de formes différentes. »
Les plaies sont uniques ou multiples; on a pu en observer un très grand nombre chez quelques maniaques qui se sont complu dans ce genre de mutilation. Un aliéné, dont l’observation est consignée dans les Mémoires de l' Académie de chirurgie, s’était fait dix-huit plaies sur la partie antérieure de l’abdomen, dont huit étaient pénétrantes; néanmoins il guérit. Sur un cordonnier, observé par Dupuytren, on put compter trois cent soixante plaies faites avec le tranchet. Chez un autre aliéné, qui avait un canif à sa disposition, le nombre des blessures fut estimé par pouce carré, et évalué à huit ou neuf cents.
Les différences essentielles des plaies sont relatives à leur état de simplicité ou de complication. Les plaies sont s/nvjî/es, lorsque la réunion est la seule indication qu’elles présentent; compliquées, lorsqu’une autre maladie ou quelque accident vient se joindre à elles, et exigent un traitement différent. Parmi ces complications, il en est qui apparaissent au moment même de la blessure, ou peu de temps après, et d’autres, au contraire, qui se montrent plus tard : de là la distinction des complications en primitives et consécutives. Au nombre des premières, il faut compter l’hémorrhagie, la douleur, la paralysie, les corps étrangers; les complications consécutives sont les hémorrhagies consécutives, l’inflammation, la pourriture d’hôpital, le tétanos et la résorption purulente.
.Nous étudierons d’abord les plaies simples par instruments tranchants;