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CHAPITRE V

BRULURES.

Les brûlures sont des lésions déterminées, soit par l’action trop conintrée du calorique sur nos tissus, soit par lecontact de quelques agents limiques capables également d’en altérer les propriétés ou d’en détruire wganisation .

Les composés chimiques qui présentent avec le calorique cette ineste analogie dans les effets qu’ils déterminent, sont désignés sous le ■roe générique de caustiques, expression heureuse qui nous démontre ■ic les anciens, après avoir observé ces effets, les avaient rapprochés - ceux que produisent les corps doiit la température est élevée, et en

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avaient reconnu l'identité presque complète. Celte identité n’est poin aujourd'hui généralement admise. La plupart des auteurs moderne, considèrent les lésions occasionnées par les caustiques comme distincte de celles qui succèdent à l’action du calorique, et en font une classe ; part; mais cette distinction tout arbitraire ne repose sur aucune raiso;. valable. Ces lésions présentent les mômes phénomènes locaux et généraux, les mêmes phénoiuènes consécutifs; le môme traitement leur ee.applicable; en un mot, il existe entre elles une similitude tellemen complète, qu'un praticien exercé ne saurait affirmer, à la simple vu d’une brûlure, si elle est le résultat d’une cause physique ou chimiquQi Nous les réunirons donc dans une description commune.

Mode d'action du calorique et des agents chimiques sur les tissus vioants.-- Le mode d’action des divers agents physiques ou chimiques qui peuver i donner naissance aux brûlures est éminemment variable. Lorsque 1 calorique en est la cause, les effets qu'on observe diffèrent sous 1 rapport de leur intensité ou de leur gravité, suivant qu’ils succèden au rayonnement de la chaleur à des distances variables, à l’action dl recte de la flamme, ou enfin à l’application immédiate des corps conu burants.

Le calorique rayonnant irrite les parties sur lesquelles il se concentre y détermine un afflux sanguin et une rubéfaction ; son action se conü nue-t-elle plus longtemps et avec plus d’intensité, elle occasionne désorganisation des couches les plus superficielles. Cet accident est tré rare, les organes étant presque toujours soustraits au rayonnement cl. calorique avant que celui-ci ait produit un aussi fâcheux résultat. Ma. il n’est pas toujours aussi facile, au milieu des chaleurs de l’été, de : soustraire à l’ardeur des rayons du soleil, qui causent fréquemme» alors des érysipèles, lorsqu’ils frappent une peau fine, délicate, inaccoi' tumée à supporter longtemps leur impression. Ces érysipèles se mo' trent sur les parties découvertes, les épaules, le cou, la face, le eu chevelu. Lorsqu’ils affectent ce dernier siège, on a vu quelquefois l’ii flammation se propager aux méninges et au centre nerveux, et donn lieu aux symptômes les plus graves.

Lorsque l’action du calorique rayonnant est trop faible pour ôl douloureuse, et qu’elle est longtemps continuée ou souvent réitéré ses effets sont moins sensibles, majs cependant faciles encore à co stater. L’épiderme s’épaissit; la peau devient sèche, moins unie, pi fortement colorée; la teinte brune qu’elle revêt est uniforme si e.. succède à l’insolation, mais très inégalement développée lorsqu’elle ( le résultat de la chaleur artificielle, dont l’action ne saurait être au régulièrement répartie, en sorte que les téguments prennent alors aspect marbré. Il n’est pas rare de voir quelques points ulcérés milieu de ces brûlures à marche chronique, qui affectent de préfereu

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(J j les jambes des vieillards toujours assis près des foyers ardents, elles cuisses des vieilles femmes qui font un usage habituel des chaulieiji reltes.

« Quant à la flamme, dit Dupuytren (1), non-seulement elle brûle I instantanément à la manière des corps immédiatement appliqués sur les parties, mais encore elle entraîne facilement les substances animales à partager le mouvement de combustion dont elle est elle-même le produit. Soumises à son action, elles se dessèchent promptement, bouillonnent en quelque sorte, se racornissent, et se consument bientôt, en produisant une flamme nouvelle, qui s^ajoute à la première, augmente son activité, et étend ses ravages. On sait avec quelle prodigieuse rapidité les vêtements enflammés brûlent à de grandes profondeurs les parties qu’ils recouvrent; la lésion est souvent portée au dernier degré de gravité, et la mort en est le plus ordinairement la suite. Un’ est même pas sans exemple de voir se consumer en peu d’heures les corps entiers d’individus frappés d’ivresse ou d’apoplexie, ou d’enfants en bas âge qui ne peuvent s’y soustraire. »

Les corps comburants qu’un accident peut mettre dans un contact immédiat avec les tissus vivants sont gazeux, liquides ou solides (2).

■ Les liquides, une fois appliqués sur les parties vivantes, ne peuvent être instantanément enlevés; en outre, par leur nature même, ils ten-

(1) Lo(^ cil., l. IV, p. 506.

(2) Un courant d’air chaud et peu humide, comme celui qui s’élève d’une lampe à gaz ou à huile, présente un mode d’action analngue à celui de la flamme, mais affaibli par l’air non brûlé mélangé dans le courant. L’effet est peu profond, vu la faible conductibilité de l’épiderme sec.

Un courant de vapeur d’eau en ébullition à 100 degrés brûlerait la main placée près du liquiilc. — Elle brûle par simple contact comme l’air chaud et sec, et de plus par la ^ quantité de calorique dégagé lors du changement d’étal, s’il y a formation de rosée sur

fia main ; un courant de vapeur d’eau apporte donc une grande quantité de chaleur destructive, et son effet sera plus profond encore à cause de la conductibilité de l’épiderme I accrue par une première humectation.

j| Si la main est exposée de plus en plus loin du bain qui émet la vapeur d’eau, l’effet I sera atténué, d’abord par l’air froid interposé, puis parce que le cbangement d’état, le f passage à la forme vésiculeuse, aura déjà eu lieu presque complètement, î Enfin, si la vapeur s’échappe d’une machine à pression, il peut se présenter un phénot mène singulier : à l’orifice de sortie on trouve la température du bain intérieur; mais, à > partir de l’orifice, cette température décroît rapidement, et à quelques décimètres la vapeur sortie ne possède môme pas la température de l’ébullition à l’air libre, c’est-à-dire 100 degrés : on peut y tenir la main impunément. Cet effet singulier est dû à une grande dilatation subite de la vapeur qui n’est plus coercée, dilatation suivie de froid commu toutes les dilatations de gaz, et qui paraît dépasser ici la limite d’équilibre pur une sorte de vitesse acquise qui amènerait dans la masse dilatée une pression moindre qu’une atmosphère et une température moindre que 100 degrés.

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dont à se disséminer au loin : aussi les voit-on donner naissance à des briilures ordinairement très étendues. Une circonstance malheureusement fréquente vient encore favoriser leurs ravages : c’cstleur imhihition dans les vêlements, lorsqu'ils tombent sur des parties recouvertes, imbibition qui a pour elfct de les fixer sur le lieu qu’ils occupent, et de prolonger leur action jusqu'à ce qu'ils soient entièrement refroidis. Cette action, du reste, varie dans son intensité avec la nature des liquides, et • surtout avec leur densité. Ainsi, l'huile brûle plus que le bouillon, le bouillon plus que l'eau. Leur énergie est évaluée par leur température au point de l'ébullition, qui est d'autant plus élevée qu'ils sont plus» denses; d'où il suit que l'eau distillée brûle moins que l'eau chargée de ses sels ordinaires, une dissolution faible moins qu'une dissolution concentrée, etc.

Les corps solides brûlent les parties qu'ils touchent seulement dans ' les limites de leur contact ou un peu au delà. Les brûlures qu'ils occa- • sionnent sont donc, en général, peu étendues en largeur; mais elles ' intéressent les organes dans une plus grande partie de leur épaisseur. Leur action est en raison directe de leur conductibilité, de leur capacité pour le calorique, de leur volume, de la température qu'ils présentent, et de la durée de leur application.

Les agents chimiques capables de déterminer des brûlures, ou les • caustiques, forment une classe très nombreuse. Ainsi que les corps pénétrés de calorique, ils se présentent à l'état liquide ou à l'état solide. Sous cette dernière forme, ils occasionnent très rarement des accidents; . mais l’art utilise quelquefois leur pouvoir désorganisateur pour la cure de certaines affections, tantôt pour réprimer des chairs exubérantes ou de mauvaise nature, tantôt pour établir un exutoire, pour suspendre une hémorrhagie, pour régulariser la cicatrisation d'une plaie, pour modifier la surface d'un ulcère, ou déterminer l'adhérence des parois d'un foyer, etc. Ces brûlures artificielles constituent une méthode de traitement. — Sous la forme liquide, on les emploie assez fréquemment comme moyens curatifs. A l’état de solution peu concentrée, ces liquides déterminent des phénomènes tout à fait semblables à ceux qui succèdent à l'impression du calorique rayonnant ou au contact de l'eau en ébullition. A l'état de dissolution concentrée, ils attaquent aussitôt les parties vivantes, et les font passer sous des combinaisons nouvelles, qui ne sont plus compatibles avec la vie; leur action est alors comparable à celle des corps incandescents. Les uns et les autres frappent de mort tout ce qu'ils touchent; seulement les eschares que déterminent les corps en ignition sont en général brunes et solides, tandis que celles qui sont produites par les acides, les alcalis, les dissolutions salines, sont le plus souvent grises et molles.

11 n'est aucune partie de la surface du corps qui n'ait été quelque-

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fi fois le siège de brûlures. La peau cependant n’est pas également ini- Jj pressionnable dans tous les points de sa surface par l’action du caloricpie ]| et des caustiques. Ceux qui sont cacbés par les vêtements, et dont fi l’épiderme est plus mince, sont lésés par le contact d’un corps chaud fi dans certaines circonstances où d’autres^ protégés par un épiderme il plus épais, auraient résisté. Si quelques forgerons, la plupart des cui- Ijsiniers, etc., jouissent du privilège de saisir dans leurs mains de petits fjl fragments de fer en ignition ou des charbons incandescents, ils doivent cette propriété à la couche épidermiciue dure et cornée qui, chez eux, recouvre le derme de la paume de la main, et les soustrait à l’action de ces corps lorsqu’elle est instantanée.

Classification ou degrés des brûlures. — Non-seulement les divers agents capables de produire des brûlures n’agissent point avec la même intensité, mais chacun d’eux agit d’une manière très inégale sur les différents points qu’il touche, soit qu’il prolonge moins son contact sur certains points, soit qu’il se déplace pour aller atteindi’e d’autres parties lorsque son action est déjà affaiblie, soit enfin qu’il trouve un obstacle dans les vêtements, ou, s’il est solide, qu’il agisse à la fois directement par son contact, et à distance par rayonnement; de là naissent des brûlures qui sont ordinairement accompagnées d’une désorganisation plus ou moins profonde des tissus, et qui diffèrent entre elles par leurs phénomènes imrnmédiats, mais qui diffèrent plus encore par les phénomènes consécutifs qu’elles présentent et le traitement qu’elles récla- I ment. Il importe donc d’établir les caractères de chacune de ces ) variétés.

Quelques auteurs, considérant que les brûlures consistent tantôt dans une simple modification dans les propriétés des tissus, et tantôt dans i leur désorganisation absolue, ont admis deux degrés seulement; mais ( l’altération des tissus n’est point toujours la même, et leur mortifica- 1 tion peut exister dans une étendue variable : aussi le nombre de ces r variétés a-t-il été augmenté lorsque les effets du calorique ont été f mieux étudiés. Fabrice de Hilden, jmité par Boyer, l’éleva à trois; CaF f lisen et Bichat à quatre. Voici comment ce dernier auteur s’exprime t sur ce sujet : « Quand l’action du calorique est poussée à un degré ' trop considérable, elle commence à agir sur la peau, et ses effets sont d’autant plus marqués qu’elle est plus intense. 1“ Le plus faible de ses effets est d’exciter une rougeur sensible, une espèce d’érysipèle ; le calorique agit alors comme un simple rubéfiant; 2“ le second est de tougir la peau, puis d’y produire différentes phlyctènes ; 3" dans le troisième il y a un véritable racornissement, une crispation des fibres du chorion ; û® dans le quatrième et dernier effet, le tissu dermoïde est brillé, noirci, et réduit en un véritable charbon. » Enfin Dupuytren, qui traita aussi le même sujet, ajouta aux quatre degrés admis par

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Bichat deux degrés supplémentaires, l’un qui comprend la mortifica- ; tion des parties sous-jacentes à la peau, et l’autre qui embrasse la car- , bonisation complète de la région brûlée.

La classification des divers degrés de brûlure a donc varié moins dans -i ses bases que dans le nombre. Les deux premiers degrés ont été admise par la plupart des auteurs; les deux suivants ont été longtemps con--; fondus et réunis en un seul sous le nom de déxorgnnisation de la peau. J Bichat, le premier, eut l’heureuse idée de dédoubler pour ainsi direcc'' degré, en distinguant la mortification de la peau en complète et incoin- plète; mais Dupuytren eut le mérite de mieux définir anatomiquementle troisième degré et de bien mettre en relief les caractères propres à i chacun d’eux, et les conséquences qui en découlent pour la cicatrisa- tion et le traitement. Cette précision a fait le succès de sa classification, , qui règne aujourd’hui légitimement dans la science et surtout dans laJ pratique. Les six deijrés qu’elle comprend sont ainsi caractérisés :

1“ Rubéfaction ou phlogose superficielle de la peau sans formation i de phlyctène ;

2“ Inflammation cutanée avec décollement de l'épiderme, et dévelop- -^ pement de vésicules remplies de sérosité;

3° Destruction d’une partie de l’épaisseur du corps papillaire.

k° Désorganisation de la totalité du derme jusqu’au tissu cellulaire; :

5“ Réduction en eschares de toutes les parties superficielles et dess muscles jusqu’à une distance plus ou moins considérable des os;

6° Carbonisation de la totalité de l’épaisseur de la partie brûlée.

Symptomatologie. — Les brûlures présentent des phénomènes locaux v et généraux.

A. Phénomènes locaux. — Ils varient pour chaque degré.

Premier deçjré. — La peau offre une rougeur vive; elle est sèche, non i tuméfiée, en proie à une douleur aiguë et cuisante que soulage le con- tact d’un corps froid.' Si la partie qui en est le siège a été très prompte- ■ ment soustraite à l’action du calorique, la rougeur et la douleur se dissipent dans l’espace de quelques heures, et la peau reprend son état • naturel sans qu’il y ait desquamation de l’épiderme ; mais lorsque l’ac tion de la chaleur a été plus intense ou plus prolongée, les téguments- 'présentent tous les caractères de l’érysipèle qui se termine par résolution : la douleur disparaît la première, l’épiderme tombe et se renouvelle; la rougeur se dissipe ensuite peu à peu, mais ne s’efface entièrement que longtemps après que tous les autres symptômes ont disparu.

Deuxième degré. — Best ordinairement produit, ainsi que le précédent, par le rayonnement de la chaleur, ou par l’impression d’un liquide en ébullition; mais il suppose constamment que l’action du calorique a été plus prolongée ou plus intense. Une douleur vive et brûlante l’accompagne; la peau est légèrement tuméfiée, recouverte de phlyctènes

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qui contiennent une sérosité ordinairement claire, mais quelquelbis trouble ou sanguinolente. Ces phlyctènes sont petites et très multipliées, ou plus considérables, etsemblables aux ampoules qui succèdent ii l’application d’un vésicatoire; les intervalles qui les séparent sont rouges, et olTreut tous les caractères de la brûlure au premier degré.

La marcbe de ces brûlures dillerc suivant que l’épiderme a été conservé ou enlevé, ou mieux suivant que l’inflammation a été modérée ou plus vive. Dans le premier cas, la douleur diminue assez promptement, la rougeur devient moins intense ; si la sérosité a été évacuée, l’épiderme s’affaisse sur le corps papillaire et le protège; au-dessous de cet épiderme il s’en forme un autre qui doit le remplacer; l’ancien épiderme se dessèche, s’épaissit, tombe, et les téguments reviennent à leur état normal dans l’espace de huit à douze jours. Dans le second cas, l’exhalation séreuse qui a produit les phlyctènes continue; mais au lieu de conserver les caractères d’un liquide séreux, elle devient plus trouble, plus liée, lactescente, puriforme, et revêt bientôt les caractères du pus de bonne nature. Les points qui sont le siège de cette exhalation purulente sont recouverts de granulations d’un rouge vif, très apparentes; quelquefois la sécrétion du pus cesse après trois ou quatre jours de durée. Les granulations diminuent de volume et se nivellent, pendant qu’un épiderme nouveau s’étend d’emblée sur toute la surface dénudée qui se dessèche rapidement, ou de la circonférence au centre de la brûlure. La peau reprend encore sa coloration naturelle du dixième au quinzième jour, sans conserver aucune trace de la brûlure. Mais, dans d’autres circonstances moins heureuses, on voit la suppuration se prolonger pendant plusieurs semaines. Cette longue durée a pour effet presque constant de modifier la couleur de la peau, en lui donnant une teinte plus foncée; et comme tous les points de la brûlure n’ont pas suppuré, et que sur ceux qui ont suppuré l’irritation n’a pas été également vive partout, cette coloration brune des téguments n’est pas uniforme ; elle est plus prononcée sur certains points, moins sur d’autres, manque sur quelques-uns, en sorte que la cicatrice de ces brûlures qui ont suppuré quelque temps est toujours plus ou moins apparente.

Troisième degré. — La destruction de l’épiderme, du corps muqueux et de la surface externe du derme se présente sous laforme d’eschares, tantôt molles, tantôt dures, de couleur grise, fauve ou brune, suivant la nature du corps qui en a été la cause occasionnelle. Ces eschares sont entourées parmi cercle rouge, quelquefois surmonté de phlyctènes; elles sont peu douloureuses, phénomène dû à la désorganisation du corps papillaire. Cette absence, ou du moins cet état modéré des douleurs est un des phénomènes immédiats tes plus remarquables des brûlures au troisième degré.

^ÉI,.\TON l'ATII. CII.ll , T. I.

imULURES.

Du lmili(*nie au douzirmc ou quinzu'ïnu* jour, les parties frappcios de mort sont éliminées; leur chute laisse une excavation superficielle au fond de laquelle on aperçoit le derme. Celui-ci est recouvert j)ar des granulations ou bourgeons charnus, (jui versent un pus phleginoneux et grossissent de manière à atteindre bientôt le niveau de la surface ■ cutanée, qu’ils dépassent quelquefois dans l’exubérance de leur développement; lorsque l’excavation est comblée, ils cessent peu ti peu de sécréter le pus, diminuent et pâlissent, puis enfin s’organisent et se recouvrent d’un épiderme nouveau ; mais les papilles et la matière colorante ne se reproduisent pas, en sorte que les cicatrices que laissent i ces brûlures offrent une sensibilité très obtuse, et contrastent par leur ■ coloration plus blanche avec la couleur mate des parties voisines.

Quatrième degré. — La carbonisation de la peau dans sa totalité esti annoncée, comme la destruction partielle, par des eschares molles ou i dures, et souvent variables dans leur couleur, ainsi que celles du degré précédent, moins douloureuses encore à la pression; autour d’elles ett dans les intervalles qui les séparent, lorsqu’elles sont multiples, on : observe de la rougeur, parfois des phlyctènes, des eschares plus super- ■ ficielles, et le plus souvent tous les degrés de la brûlure réunis et ensemble.

Le diagnostic de ces brûlures est quelquefois difficile; elles offrent’ dans leurs phénomènes immédiats la plus grande analogie avec cellesqui précèdent, et n’en diffèrent essentiellement, au moment de leur: production, que par l’épaisseur un peu plus grande des tissus qu’ellesdésorganisent. Ce caractère différentiel est d’autant plus difficile à saisir r que la désorganisation n’est pas toujours complète dans les premiers instants qui suivent l’accident : telle eschare qui semblait limitée à la face externe du derme comprendra la totalité des téguments à l’époque de l’élimination : la vitalité du derme, gravement compromise, mais^ non entièrement détruite, ne peut résister à la réaction inflammatoire, en sorte que beaucoup de brûlures jugées superficielles sont cependant suivies de la destruction de la peau dans toute son épaisseur. Du reste, la difficulté ou l’impossibilité d’établir ce diagnostic avant la chute del’eschare ne présente aucun inconvénient, car c’est après cette chute' seulement que -le traitement commence. Mais, à cette époque, il est d’une haute importance de reconnaître si l’on a à combattre une brûlure du troisième ou du quatrième degré, le mode de cicatrisation de l’un ou de l’autre étant éminemment différent, et les moyens qu’il convient de leur opposer ne variant pas moins.

Lorsque les parties désorganisées se détachent, la peau se montre taillée à [)ic ou en biseau aux dépens de sa face externe; le tissu cellulaire sous-cutané est recouvert de bourgeons charnus qui s’élèvent et remplissent le vide que laissent les eschares. Dès lors la cicatrisation

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cotnnipnco; elle j)Oiht;i s’accomplii" de trois manières différentes : 1“ par organisation de la couche granuleuse dans une etendue égale à celle de la mortincation; ‘i“ par rapprochement et allrontement des ] bords de la peau; 3" en partie parla production d’un tissu de cicatrice, et en partie par le rapprochement des bords de la perte de substance. Üans la première hypothèse, les téguments détruits sont remplacés par un tissu nouveau, de dimension moins grande que l’eschare, parce qu’il se rétracte toujours sur lui-mème. Ce tissu est lisse, uni, plus blanc que les parties voisines, entièrement glabre et à peine sensible aux I irritants ordinaires, mais quelquefois très sensible aux variations h.ygro- . métriques et thermométriques de l’atmosphère. Lorsque les bords de la ) solution de continuité sont mis en contact, les bourgeons charnus s’or- I ganisent encore pour fournir un tissu nouveau, mais seulement dans un j espace linéaire; ce mode de cicatrisation est sans contredit le plus rapide. Dans le dernier cas, la cicatrisation est abandonnée à elle-même; la membrane granuleuse, en s’organisant, se resserre, attire de toutes 1 parts vers elle les téguments et les organes voisins, qui cèdent et se dé- I placent en raison directe de leur élasticité. La cicatrice, par conséquent,

I est moins étendue; mais, comme tous les organes ne cèdent pas éga- I lement, elle est plus ou moins irrégulière, coupée de brides entrecroi- ' sées, radiée sur sa circonférence. Lorsque l’eschare est très petite, ces ' deux derniers modes de cicatrisation sont le plus souvent sans inconvét nient; quelquefois même ils sont avantageux, puisqu’ils ont pour effet : de dissimuler en partie l’espèce de difformité qui résulte de la cicatrice.

: Mais lorsque la perte de substance porte sur une grande étendue, les suites les plus fâcheuses peuvent en être la conséquence : que la cicatrice occupe le pli d’une articulation, le membre sera fléchi, et toute extension sera désormais impossible; si elle est située du côté de l’ex- I tension, un phénomène inverse aura lieu; quelquefois même la puis- I sauce rétractile du tissu de cicatrice sera assez considérable, après avoir . anéanti les mouvements d’une articulation, pour déplacer les surfaces i correspondantes des os. C’est ainsi qu’on a vu des doigts renversés sur f la surface dorsale de la main, et celle-ci renversée sur la face posté- : rieure de l’avant-bras; de là peut aussi résulter l’adhérence réciproque I des doigts voisins, l’occlusion des orifices naturels, la déviation et, par j suite, l’abolition des fonctions de certains organes, des lèvres, des sour- ^ cils, du pavillon de l’oreille, des paupières, etc. Concluons de ces con- |i sidérations que, des trois procédés que la nature emploie pour la guéri- Ü son des brfdures au quatrième degré, le premier, malgré l’inconvenient f qu’il présente d’etaler une large cicatrice, est le plus avantageux, puisli que seul il jouit fin [irivilége de prévenir de grandes difformités.

(JuKiuièiiK; — Les tissus privés de vie forment des eschares pins i ou moins profondes, ordinaireuient dures et sonnant à la percussion,

BHULURES.

pou ou point douloureusos. Si la brûluro occupe un membre et si l’oscbare embrasse dans son épaisseur le tronc artériel principal, la circulation est suspendue dans toutes les parties inférieures. Dans cette circonstance, comme dans celle oii la circulation demeure libre, les eschares sont ébranlées par le choc du sang. Quelquefois, à l'époque de la séparation des eschares, ce Iluide suinte à la surface des parties mortifiées, ou bien il s'écoule en nappe à travers les nombreuses fissures qu’elles présentent. Quelquefois il e.xiste une hémorrhagie cjue la compression peut arrêter sur un point, mais qui ne tarde pas à reparaître sur un autre.

Les parties qui sont le siège d’une brûlure aussi profonde ne tardent pas à se tuméfier. Cet engorgement, qui porte sur un grand nombre d’organes à la fois et qui s’étend au loin, est ordinairement considérable. Une suppuration abondante creuse un sillon autour des eschares; celles-ci, en tombant, exposent le malade à de nouveaux dangers d’hémorrhagie d’autant plus à redouter que l’inflammation a été plus violente et plus précoce. Les phénomènes de la cicatrisation dans ce degré sont semblables à ceux du précédent, avec cette différence cependant que la perte de substance étant plus considérable dans le cinquième degré, la suppuration est à la fois plus longue et plus abondante; que la : cicatrice est le plus souvent vicieuse. Car, pour obtenir une bonne cicatrice, c’est-à-dire une cicatrice aussi étendue en surface que la désorga- • nisation, il faut s’opposer au rapprochement des bords de la plaie, ce • qui entraîne nécessairement une suppuration de très longue durée, et i expose ainsi la vie du malade, dont la conservation ne saurait être mise en parallèle avec les inconvénients d’une cicatrisation vicieuse, quelquê ' dépforables qu’ils soient.

Sixième degré. — Il s’étend rarement à la totalité d’un membre, mais ; il a souvent été observé sur les doigts, les orteils, la main, le pied, et : même sur l’avant-bras et la jambe. Dans tous ces organes, les partiesmolles forment une couche moins épaisse, en sorte que les corps com-burants propagent plus facilement leur action jusqu’aux os, qui sont frappés de mort alors même que cette action n’arrive point jusqu’à eux; car les artères qui présidaient à leur nutrition étant comprises dans la désorganisation des parties molles, ils périssent par privation de sucs nutritifs. Ainsi, dans les brûlures au sixième degré, la nécrose a tou-' jours lieu; elle peut être primitive ou secondaire; le chirurgien sc> trouve ordinairement dans l’impossibilité d’établir cette distinction, mais elle est sans aucune utilité ; il doit se conduire constamment comme si la nécrose était primitive.

Lorsque l’élimination des tissus mortifiés est confiée aux soins de l’organisme, on voit les parties molles se séparer et tomber les premières. Les os mis à nu et dépouillés même de leur périoste ne sont

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éliminés qu’à une époque beaucoup plus tardive ; ils demeurent suspendus à la surface du moignon en conservant les rapports qu’ils nous offrent dans le squelette. Lorsque ces os tombent à leur tour, le moignon achève de se cicatriser et revêt une forme irrégulière.

Pour prévenir les inconvénients nombreux de cette conicité, l’amputation immédiate est ordinairement le seul moyen que l’art oppose aux brûlures de ce degré.

Les six variétés de brfdures que nous venons d’étudier se présentent très rarement à l’état d’isolement sous lequel nous venons de les con.sidérer; presque toujours on les voit se réunir deux à deux ou trois à trois. Le premier degré seul peut exister indépendamment de tous les autres, mais le second ne peut exister sans le premier; le troisième s’allie avec la rubéfaction et la vésication; les eschares du quatrième coexistent avec des eschares plus superficielles, et sont circonscrites par un érythème simple ou accompagné de phlyctènes. Il est utile de reconnaître tous ces degrés et les proportions dans lesquelles ils se combinent, soit pour juger le danger immédiat que la brûlure fait courir au malade, soit surtout pour opposer à chacun d’eux les moyens spéciaux qu’il réclame.

B. Phénomènes généraux. — Trois accidents communs à la plupart des brûlures peuvent tour à tour compromettre l’existence du malade. Au début, la douleur en est le phénomène constant. Plus tard, lorsque la nature travaille à l’élimination des eschares, la réaction inflammatoire inspire des craintes plus ou moins graves, si elle dépasse ses limites ordinaires. Après la chute des eschares, la suppuration pourra devenir une cause d’épuisement, si la brûlure occupe une grande surface ou s’étend à une grande profondeur.

Avant de passer en revue chacun de ces accidents, signalons deux phénomènes particuliers que présentent les sujets affectés de brûlures très étendues. Presque tous accusent dans les premiers instants qui sui- ^ent 1 accident une soit extrêmement vive, d’autres se plaignent d’éprouver un besoin d’uriner excessivement pressant, et se livrent à des efforts inutiles pour expulser quelques gouttes d'urine; si l’on pratique le cathetérisme, on reconnaît que la vessie est vide. A la suite de la malheureuse catastrophe arrivée le 8 mai 18/i2 sur le chemin de fer de I aiis a \ersaillcs, on conduisit dans le service de chirurgie de l’hôpital Necker dix blessés dont sept seulement avaient des brûlures; sur ce nombre, trois présentèrent ce singulier phénomène que Dupuytren nous avait lait plusieurs fois remarquer.

La douleur se lait sentir surtout dans les brûlures au premier et au second degré, au moment de l’accidentelle est portée à son maximum ^ acuité; elle décroît ensuite d’une manière graduelle, comme les ‘lutips [ihénomènes de l’inflammation érythémateuse et érysipélateuse.

BRULL’IIES.

C’est donc seulement dans les premiers jours qui suivent la bridureque la douleur peut ilevenir funeste.; elle est |)roportionnelle à l’étendue en surface que présente la lésion ; lorsque celle-ci occu|)c tout un membre, rirritation qu’entraine la douleur a été quebiuefois assez vive pour occasionner la mort. Ce phénomène est surtout à redouter chez les malades sur lesquels l’épiderine a été enlevé par ij'iiorance ou dans la précipitation imprudente avec laquelle ils ont été dépouillés de leurs vêtements. Il se manifeste sous deux formes dilférentes : quelquefois le blessé est plongé dans une sorte de stupeur qui le rend indiiférent ou étranger à tout ce qui se passe autour de lui ; il ne répond pas quand on l’interroge, ou bien ses réponses sont brusques et brèves; ses membres soulevés retombent comme des masses inertes, et conservent la position qu’on leur donne; la face est pûle, les paupières closes par une demi-somnolence; la respiration est lente et stertoreuse, le pouls petit. Si cet état se prolonge, la mort en est 1e plus souvent la conséquence. Lorsque la douleur est moins aiguë, elle produit une surexcitation générale qui favorise dans son développement la réaction inllammatoire, et se traduit par les phénomènes propres à l’irritation des méninges et des centres nerveux.

Les accidents fébriles qui accompagnent les brûlures se montrent surtout dans les deux premiers degrés, et coexistent alors avec la douleur qui les efface en partie ; mais, comme la douleur et la lièvre traumatique marchent en sens inverse, que l’une diminue tandis que l’autre s’accroît, cette dernière s’isole bientôt, et devient prédominante du quatrième au huitième jour. Dans les autres degrés, elle apparaît à l’époque où l’aréole inllammatoire qui précède l’élimination des eschares commence à se développer, un peu plus tardivement par conséquent; mais alors elle n’est pas provoquée et stimulée par le sentiment de la douleur : aussi offre-t-elle rarement, dans ces divers degrés, ce caractère alarmant qu’elle a quelquefois dans les deux premiers.

Lorsque la mort a été le résultat des effets combinés de la douleur et de l’inliammation, on a trouvé, à l’autopsie, des traces nombreuses d’injection capillaire dans les membranes muqueuses gastro-intestinale et pulmonaire; le mucus qui les imprègne est séro-sanguinolent ; les membranes encéphaliques sont le siège des mômes altérations, la sérosité arachnoïdienne est teinte par le sang. Les cavités articulaires contiennentquelquefois delà synovie mélangée à du sang. Ces phénomènes anatomiques, observés par Dupuytren, sont loin d’être aussi constants et aussi caractérisés que l’avait avancé ce chirurgien célèbre; souvent on ne trouve aucune trace de phlogmasie dans les appareils digestif, respiratoire et encéphalique.

La suppuration est un phénomène étranger au premier degré de la brûlure; mais elle se montre souvent dansle second, constamment dans

BRULURES.

tous lus .autres, lorsque la mort u’en prévient, pas le développement; elle commence quelque temps a|)i*ès la réaction inllammaloire, aussitôt que les bourgeons charnus se sont interposés aux parties molles et aux parties vivantes. La sécrétion du pus a d’abord pour effet de soulever et de détacher peu à peu les eschares ; elle se montre, en général, beaucoup plus abondante à la suite des brûlures que sur les solutions de continuité qui succèdent à une autre cause. Si la lésion occupe une grande surface, Tépuisement peut en être promptement la conséquence; si elle s’étend moins en surface et davantage en profondeur, l’épuisement immédiat est moins à redouter; mais comme la cicatrisation exigera un laps de temps plus considérable, la sécrétion du pus durera plus longtemps, et les effets de sa longue persistance deviendront aussi funestes.

En résumé, les brûlures offrent donc, depuis le moment de leur production jusqu’à celui de leur entière guérison, trois périodes bien distinctes ; la première, caractérisée parles phénomènes locpux propres à chaque degré, sa durée est de trois à quatre jours; la seconde, par la fièvre traumatique : pour les brûlures des quatre derniers degrés, cette période commence avec le tr.avail éliminateur, et se termine à la chute des eschares ; elle s’étend du quatrième au dixième jour ; la troisième enfin, par un travail réparateur. Cette dernière, éminemment variable, peut exiger plusieurs mois. La première période sera plus à redouter pour les sujets jeunes et irritables, et la dernière pour les constitutions faibles et appauvries par des excès ou des maladies chroniques. Les individus d’un tempérament sanguin sont moins exposés à l’excitation générale qu’entraînent des douleurs excessives; ils résistent mieux aussi aux effets débilitants de la suppuration; la réaction inflammatoire peut être vive chez eux, mais il est facile de la modérer par un traitement convenable, en sorte qu’ils présentent des conditions plus avantageuses pour la guérison.

Proxostic. — 11 diffère : 1“ suivant le degré ; 2" suivant l’étendue ; 3“ suivant l’époque. Une brûlure au sixième degré, qui a détruit tout un membre, est une lésion très grave, puisqu’elle occasionne presque constamment la mort, et que, dans les circonstances les plus heureuses, elle laisse le malade impotent. Au cinquième degré, les brûlures nécessitent souvent l’amputation ; elles compromettent l’existence du malade par leurs j)hénomènes immédiats et par leurs phénomènes consécutifs, et, dans tous les cas, elles donnent lieu à des cicatrices vicieuses; le

pronostic en est donc le j)lus souvent très défavorable. Dans le quatrième degi'(!, 1 engorgement innammatoire est moins considérable, la suppui.ifion moins longue et moins abondante; la cicatrisation est plus facile a légulariser ; il est moins accompagné de dangers par conséquent. Le tioisième degré peut être suivi d’une suppuration assez longue, comme

imnx’nEs.

le précédent, mais le derme n’étant point détruit dans sa totalité, la couche qui survit à la brûlure, en s’étendant entre les bords de la solution de continuité, les tient à distance, en sorte que la cicatrieeest régulière et non rétractile, ce qui établit entre ce degré et le précédent une différence capitale. Le deuxième et le premier degré sont redoutables par la douleur qu’ils occasionnent et par les phénomènes fébriles qu’ils provoquent ; leur danger consiste entièrement dans leur étendue ; tous deux déterminent une irritation générale vive, mais le second seul peut amener la suppuration, d’où il suit qu’il est un peu plus grave.

On peut donc dire, d’une manière générale, qu’à égalité de surface, la gravité des brûlures est proportionnelle au degré sous lequel elles se montrent.

Quant au danger que présentent ces lésions dans leurs diverses périodes, il est subordonné à un grand nombre de circonstances très variables; cependant il est permis d’avancer que dans la première et la seconde période il doit être évalué par l’étendue superficielle de la brûlure, et dans les dernières par la perte de substance plus ou moins considérable qu’elle a causée.

Les six degrés, loin d’être isolés, sont presque toujours réunis, d’où il suit que le pronostic doit être subordonné aux dangers et aux inconvénients attachés à chacun d’eux : la théorie porterait donc à admettre que lorsqu’une brûlure est très étendue et composée de plusieurs degrés, des trois premiers, par exemple, elle est moins grave que celle qui occuperait le même siège et la même étendue, et qui serait constituée par un seul de ces mêmes degrés. Voici les raisons que l’on pourrait alléguer en faveur de cette proposition, qui paraîtra certainement paradoxale. Tous les points brûlés au troisième degré sont peu douloureux, et le danger immédiat est ainsi diminué; plus tard, la suppuration aura lieu sur les points brûlés au troisième degré, mais elle n’existera pas sur ceux qui sont brûlés au premier degré, en sorte qu’elle sera moins abondante, et par conséquent l’épuisement bien moins à craindre. Ainsi, la réunion de ces trois premiers degrés rendrait le pronostic moins fâcheux. Cette proposition n’est point applicable aux trois derniers degrés; elle cesse de l’être également aux trois premiers, lorsqu’ils sont concentrés sur un petit espace : dans ce cas, le premier est moins fâcheux que le second, et le second moins fâcheux que le troisième; il en est ainsi toutes les fois que la lésion est assez limitée pour demeurer un phénomène simplement local.

Traitement. — Il est différent pour chaque période et pour chaque degré.

1“ Traitement propre à chaque période. — Les brûlurds étant dangereuses par la douleur qui les accompagne, la réaction vive qu’elles j)rovoquent,

HnULURES.

et la supputation qui la suit, leur traitement sera successive-ment calmant, antiplilogistiquc et corroborant.

Les calmants qu’on peut employer sont : 1“ les corps gras et onctueux, tels que l’huile, le beurre, le cérat ordinaire ou opiacé, appliqués sur des linges fins ou sur du papier Joseph; 2“ le froid, qu’on peut employer de plusieurs manières : lorsque la partie brûlée occupe l’extrémité d’un membre, on la plonge et on la maintient dans l’eau froide ou glacée aussi longtemps que les douleurs persistent à un degré élevé ; si la brûlure a son siège sur le tronc ou sur la tête, on la recouvre de compresses imbibées d’eau froide souvent renouvelées, ou même de vessies remplies d’eau û la glace; 3° tous les liquides astringents, l’encre, l’acétate de i plomb, le sulfate d’alumine ; U° les liqueurs très volatiles, telles que ! l’éther, l’alcool, qui absorbent pour se réduire en vapeur une grande

■ quantité de calorique à la partie malade, peuvent encore être utiles dans les brûlures au premier degré seulement. On en a conseillé et employé beaucoup d’autres dont l’etFicacité n’a pas été aussi généralement constatée. Lisfranc a préconisé la solution de chlorure de

. chaux marquant 3 degrés au chloromètre de Gay-Lussac, et mêlée à l’eau dans la proportion de 150 grammes par litre. Bretonneau et M. Velpeau, à l’aide de bandages compressifs, sont parvenus à faire cesser rapideinent la douleur. M. Anderson fait usage, dans le ipême but, de coton cardé, qu’il applique par couches minces, qu’il laisse sur les parties brûlées le plus longtemps possible, en les maintenant, s’il est néces- : saire, par un bandage convenable. Enfin quelques auteurs anciens ont

■ pensé que le meilleur moyen, pour calmer les douleurs, était de soumettre I l’organe lésé au rayonnement d’une chaleur modérée; ce traitement, I imité de celui de la congélation, est tombé depuis longtemps dans un i, juste oubli.

' Les moyens antiphlogistiques sont locaux et généraux ; comme topiques, on peut employer la plupart des moyens précédemment indi- ^ qués, car en calmant la douleur, ils modèrent l’intlammation. M. le )i docteur Bozot, comparant cette intlammation aune inflammation ordi- Ijnaire, a eu la pensée de recourir aux sangsues appliquées en grand H nombre sur toutes les parties enflammées ; cette pratique compte, dit-

ion, des succès. M. Jules Cloquet, qui l’a plusieurs fois imitée, en a retiré les mêmes avantages. Les moyens généraux consistent dans les évacuations sanguines et un régime plus ou moins sévère. L’emploi des antiphlogistiques sera toujours modéré lorsqu’il existera des perles de substance un peu considérables, ou des brûlures superficielles un peu étendues, afiti de laisser au malade toutes les forces qui lui seront nécessaires au moment de la suppuration.

^ Enfin, dans la troisième période, le régime tonique sera basé sur I état général de la constitution, sur le degré et les dimensions de la

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lii'ùlure. Le cliirurgien devra aussi se rappeler la prédisposition h Tin- (lammation que présente la muqueuse gasiro-inteslinale, afin de près- • crire au malade une alimentation à la fois sueculente et sobre.

2“ Traitement propre à chaque deqré. — Dans le premier deqrê, l’irnmersion immédiate et sullisamment prolongée de la partie dans Teau n sera le moyen le (ilus eflicaee pour combattre la douleur et modérer rinflammation. Si rimrnersion est impossible, on aura recours à l'application de compresses imbibées de liquides froids, et fréquemment ii renouvelées ou arrosées.

Dans le deuxième degré, les plilyctènes seront percées, l’épiderme légèrement comprimé pour favoriser l’écoulement de la sérosité ; il sera dans tous les cas précieusement conservé, comme le topique le plus s naturel et le meilleur que l’art puisse employer pour recouvrir les> papilles mises à nu et douloureuses. Sa conservation est facile, lorsque^^ la brûlure occupe une région découverte; mais lorsqu’elle siège am tronc ou aux membres, et qu’elle est occasionnée par un liquide, de-' grandes précautions deviendront nécessaires pour ne point l’entraîner au moment où l’on dépouille le malade de ses vêtements. Il convient alors de fendre à l’aide de ciseaux toutes les pièces de linge et de drap appliquées sur elle; on les soulève ensuite avec précaution, de manière à respecter l’epiderme. En évacuant la sérosité des plilyctènes et en réappliquant sur les papilles l’épiderme décollé, on modère la douleur, qui cependant demeure encore très vive. Pour achever de la calmer, on mettra en usage dans ce deuxième degré les moyens usités dans le premier. Tous ces moyens peuvent être classés dans l’ordre suivant, qui établit leur degré d’efiicacité : immersion dans l’eau froide ou glacée,

ou irrigation continue ; 2“ liquides astringents et répercussifs : acétate de plomb, enci’e, sulfate d’alumine, etc; 3" liquides volatils : éther, alcool; mais ces divers liquides ne conviennent plus lorsque l’épiderme a été enlevé ou déchiré, car le contact de l’alcool, de l’éther, etc., avec la surface dénudée du corps muqueux, produirait une douleur excessive;

U° topiques gras et onctueux. Ce dernier moyen est surtout applicable aux parties que l’on ne peut remuer que très ditlicilement : de ce nombre sont toutes celles qui supportent le poids du corps dans le décubitus horizontal, la face postérieure du tronc, du cou, des membres. Les mouvements dans les brûlures étant très douloureux, le premier moyen à employer pour calmer ces douleurs est de laisser les parties lésées dans la plus grande immobilité possible; de là il résulte, que les topiques, quoique moins ellicaces, sont cependant plus usités dans les hôpitaux, où ils rendent des services précieux par la durée de leur application qu’il sulîit de renouveler toutes les vingt-quatre heures ! Ces corps gras sont appliqués sur des linges lins qu’on étend au-dessous des membres et du tronc, et dont on ramène ensuite les extrémités sui

HRULUnES.

leurs parties latérales et antérieures; plus tard, si la suppuration se déelare, les linges seront fenêtres, et on les recouvrira d’une couche de charpie, destinée à absorber le pus. Cette cliarpie sera elle-même maintenue par quelques tours de bande. 5" Enfin, dans une dernière I classe, nous rangerons le chlorure de chaux, le bandage compressif, le coton cardé. Les sangsues pourront être utiles aussi; mais leseflels qui I suivent leur application ont été observés dans un trop petit nombre de t circonstances, pour qu’il nous soit permis de les conseiller comme I moyen général.

Dans le tvoisième degvé, ce n’est plus la douleur qu il faut combattre, j mais la réaction générale et l’abondance de la suppuration. Une saignée j est quelquefois avantageuse au début, lorsque cette réaction menace i de dépasser les limites ordinaires de son intensité. Le régime sera i sévère dans les premiers jours ; il deviendra ensuite modérément t tonique. Le traitement local consiste dans l’application d’une couche i de charpie molle enduite de cérat et soutenue par un bandage doux,

; renouvelé soir et matin. Les granulations souvent exubérantes doivent 1 être réprimées par la cautérisation avec l’azotate d’argent fondu; ici I une brfdure artificielle est opposée à une brûlure accidentelle. La pre- I mière réprime et régularise le travail de réparation de la seconde.

Dans le quatrième degré, il y a une perte de substance plus ou moins

■ considérable, une solution de continuité, dont la cicatrisation peut I devenir la source d’inconvénients nombreux et presque toujours incut râbles; tout le traitement doit tendre à diriger convenablement cette

cicatrisation. Il importe surtout de lui donner une étendue égale à celle ) des téguments qui ont été détruits. En conséquence, les parties qui environnent les brûlures seront placées et maintenues dans une position I diamétralement opposée à celle qui pourrait favoriser le travail répara- • teur, en permettant le rapprochement complet ou partiel des bords de la solution de continuité. Si une brûlure occupe le pourtour d’une - articulation du côté de la flexion, le membre sera maintenu dans l’extension, et réciproquement. Si elle est située sur la région antérieure t' du cou, la tête sera fortement renversée en arrière. Lorsqu’elle siège sur des parties habituellement contiguës, l’oreille et la région tempo-

■ raie, par exemple, ou les doigts, les orteils, un corps étranger doit être placé et solidement maintenu dansl’angle deséparation, afin qu’il ne soit point repoussé par le travail organisateur, qui est doué d’une extrême énergie, et présente une grande tendance à unir entre elles toutes les parties recouvertes de granulations, lorsqu’elles sont accolées. C’est

. ainsi qu’on a vu souvent les doigts unis entre eux par une membrane intcrdigitale analogue à celle des palmipèdes, le pavillon de l’oreille uni à la tempo, les bords libres des paupières unis entre eux. La première condition que réclament ces organes pour l’exercice de leurs fonctions

BRULURES.

est risolemcnt; toute adhérence anomale devient pour eux une cause : d’inaction. Pour prévenir les fâcheux ett'els qui en résultent, il importe donc d’apporter dans la direction de ce traitement une extrême surveillance. Les orifices naturels, tels que les narines, le conduit auditif: externe, etc., sont aussi quelquefois envahis par les brûlures, qui en .1 amènent le plus souvent le rétrécissement et même l’oblitération, si 1 on les abandonne à elles-mêmes. On leur conserve leur diamètre nor- ■ mal, en les maintenant dilatés par des fragments de sonde de gomme ■ élastique, et en prolongeant l’usage de ces corps jusqu’à l’époque de ■ la complète organisation du tissu de cicatrice.

Dans le cinquième degré, les mêmes moyens sont applicables ; seule- ment, comme la perte de substance est plus considérable, ils doivent î être plus énergiques. Néanmoins la suppuration étant beaucoup plus' abondante, sa durée plus longue, et ses elfets plus redoutables, le pra--ij ticien sera quelquefois obligé, pour sauver la vie du malade, d’aban- | donner la cicatrisation à sa marche naturelle, quelque vicieuse qu’elle j soit, et même d’en hâter le terme par tous les moyens possibles. I Lorsque la perte de substance est telle que la conservation de la partie devient impossible, l’amputation amdessus de la brûlure constitue dans ■ quelques circonstances une dernière ressource.

Dans les brûlures au sixième degré, ce dernier moyen est le seul qui i demeure applicable.

Combustion spontanée. I

Le corps tout entier peut être consumé par le feu. On l’a vu dispa- | raître ainsi en quelques heures dans des circonstances oit cette com- | bustion paraissait s’être accomplie en l’absence de tout corps incan- I descent. Dans d’autres circonstances plus nombreuses, la destruction 1 1 totale du corps avait succédé au contact d’un corps en ignition ; mais • il existait une telle disproportion entre le peu d’énei’gie de la cause et l’intensité des effets, que ce contact ne pouvait être considéré que comme le point de départ de la combustion de tout l’organisme.

La combustion dite spontanée a été presque constamment observée sur des individus chargés d’embonpoint et adonnés aux liqueurs alcooliques. De cette observation, un grand nombre d’auteurs ont cru pouvoir conclure (jiie les tissus combinés avec l’alcool, peu à peu impré- | gués et saturés de cette liqueur, avaient contracté une grande I prédisposition à s’enllanimcr, et que le contact de ces tissus intlamma- 1 blés avec un seul point en ignition pouvait suffire pour déterminer une 1 condmstion générale. Cette théorie a été combattue par Dupuytren, I qui pensait que les combustions spontanées ne ditferaient point essentiellement de toutes les autres brûlures ; que le calorique en était

constamment la cause première, et que Factivité surnaturelle que cet agent semblait manifester dans cette circonstance tenait à la présence delà graisse qui alimente la combustion, et l’entretient jusqu’à ce que le corps soit entièrement consumé. C’est pourquoi, en arrivant sur le théâtre de l’accident, on trouve la chambre remplie de vapeurs épaisses, les murs recouverts de matières noires, carbonisées, des ruisseaux de graisse, quelques cendres, et parfois quelques fragments osseux, derniers débris d’un corps naguère organisé.

Voici, dit Dupuytren (1), comment les faits doivent se passer le plus souvent: « Une femme rentre chez elle, après avoir pris une dose un peu forte de liqueurs spiritueuses; il fait froid, et, pour résister à la rigueur delà saison, un peu de feu est allumé; on s’assied sur une chaise, une chaufferette placée sous les pieds. Au coma produit par les liqueurs spiritueuses succède l’asphyxie produite par le charbon; le feu prend aux vêtements. Dans cet état la douleur se tait; le sujet est dans une complète insensibilité; le feu gagne, les vêtements s’enflamment et se consument; la peau brûle, l’épiderme carbonisé se crevasse; la graisse fond et coule au dehors; une partie ruisselle sur le parquet, le reste sert à entretenir la combustion; le jour arrive, et tout est consumé. »

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