II. Physiologie pathologique et Pathogënie
Depuis Celse jusqu'à l'époque moderne (période symptomatique), quatre signes principaux, bien qu'inconstants, ont caractérisé cliniquement l'inflammation : rougeur^ gonflementy chaleur et douleur,
A ces quatre termes qui la définissaient aussi classiquement, mais qui pouvaient s'appliquer, l'un ou l'autre, jusqu'à un certain point, à d'autres états morbides (congestion, œdème), on ajouta plus tard le désordre fonctionnel et la fièvrCj afin d'éviter la confusion.
INFLAMMATION AIOUË
Quant aux théories qui ont r^é pendant cette période primitive, elles n'ont pour nous qu'un intérêt purement historique. Ne reposant que sur des hypothèses, ou hien sur des connaissances erronées, elles expliquaient l'iaDam- ' mation par le passage anormal du sang des veines ilans les artères, par exemple (Celse), ou bien des capillaires dans les lymphatiques et les vaisseaux séreux (Boerhaave, Hoffmann). Seul, le fameux axiome : « tt&t atimulm, ibi fluxus » leur a survécu, et nous retrouvons cette même donnée étiologique et palhogéuique, reprise sous une autre forme, dans l'aFllux sanguin anormal, l'irrilahilité de firown et de Broussais, et, plus près de nous, dans la théorie
»oellulaire (irritabilité formatrice de Virchow). La période hi^tologiqiie a commencé le jour ou les recherches micrographiques, en faisant connaître les modifications intimes des parties enflammées, ont permis de mieux déterminer la nature et le point de départ du processus morbide; de là les déCnilions anatomiques modernes et les diverses théories qui les ont inspirées.
I, Théorie vaaculaire, de l'exsudation et des hlastémes (Schwann, Rokitansky, Robin, Lebert, etc.).
Depuis longtemps déjà (Kallenbrùnner, 1825) (1 ), onadmettait comme troubles exclusifs et caractéristiques du processus, le resserrement, puis la dilalalîoo des petits vaisseaux et la stase sanguine ; mais les travaux de léoole Française et de l'école Viennoise ont surtout vulgarisé cette doctrine, que l'inflammatioa consiste essentiellement dans des troubles dreutatoires, auxquels succèdent des phénomènes exsuda-
de phyaiologie, t. JV.
tif$; les modiCcations des éléments anatomiques sont secondaires et consécutifs.
Le phénomène initial et constant de Tinflammation, dans les tissus vasculaires, est la congestion active, en même temps qu'il y a afflux de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques. Si l'on examine, après l'avoir irrité, le mésentère d'une grenouille, on constate, tout d'abord, une accélération du cours du sang à son niveau ; au resserrement des petits vaisseaux, succède la dilatation avec allongement et flexuosité des radicules artérielles, puis des capillaires. Les veinules se dilatent plus lentement et sans s'allonger. Cette ectasie se faisant irrégulièrement , les vaisseaux prennent un aspect moniliforme, et le courant sanguin, ralenti dans les parties ampuUaires, s'accélère au niveau des étranglements. Bientôt des stases se produisent en plusieurs points ; les éléments cellulaires du sang s'accumulent, dilatent les vaisseaux à leur maximum, et les globules blancs s'accolent à la face interne des veines. Dans les voies collatérales, où la circulation tend à se rétablir, la congestion augmente, et peu à peu, la stase devient complète. À la suite de ces phénomènes, le plasma sanguin transsude à travers les parois vasculaires, pour former le blastèmey liquide spécial, qui pourra se résorber, ou donner naissance, par genèse^ à des leucocytes (pus), ou à des éléments embr^'oplastiques (tissu connectif).
Quant aux tissus privés de vaisseaux sanguins, leurs lésions inflammatoires sont consécutives à des troubles de circulation, dans le territoire vasculaire qui assure leur nutrition.
e cellulaire. — Kûsa, le premier, en attribua une influence primordiale à la cellule du tissu conjonclif ; mais la théorie cetlulaire ne vit réellement le jour qu'après les remarqfuables travaux de Virchow. Généralement adoptée de 1859 à 1867, elle fut alors amoindrie dans quelques-uns de ses termes par les expériences de Cohnheim (1), conQrmées quelques années plus i tard par MM. Vulpian et Hayem, en France, et depuis, par de nombreux anatomo-pathologistes de tous les pays.
Pour Virchow et ses élèves, l'élément tondamental, pnmitif et constant de Tinllammatlon, consiste dans une . suractivité nutritive de la cellule du tissu conjonclif (2j, , dont les agents irritants sont la cause et le point de départ ; dans les parties privées de vaisseaux, tels que le centre de la cornée, les cartilages, etc., la modification cellulaire constitue exclusivement le processus inflammatoire. Fig. 1.
Au point où l'irritation vient d'être produite, le microscope montre les cellules gonflées entrer en prolifération (segmentation du noyau et du protoplasma), M ' multiplier (Virchow et His) (3), et revenir à i'élat embryonnaire (Ranrier). Puis, par une série d'évolutions différentes, les jeunes cellules donneront naissance à du tissu cica-
(1) Cohnlieim. înllammalion et suppuration (Archives de Vir^-'hou), XL, 1867),
(2) GrAMGt (Gatette mtdieaU de Paris, 1S73), admet que )« tuméfaction trouble cellulaire du début de l'inflamination, a poar siège In granulation élémentaire ou niicrozyma.
(3) Cornil, Riinvier, Recklingliausen, Slricker et J. Reaaut ont vu «e diviier et proliférer les cellulei épitliélialea des Béreuaes, de la membrane de Defceinet, les cellules fixes du liasu coDjoQCtif, etc.
tridel, OU à du pus, ou à des néoplasies inflammatoires. C'est ainsi que Recklingbausen et Hoffmann, après avoir t«nu ploncrée, pendant deux jours, dans du sérum, k une température convenable, la cornée d'un animal préalablement cautérisée, puis détachée du globe oculaire, ont constaté la présence, au point irrité, de globules blancs qui ne pouvaient évidemment provenir des vaisseaux sanguins.
L'agent irritant est-il appliqué au niveau d'un tissu vasculaire ? le désordre cellulaire est toi^ours primitif, et consécutivement, comme pour répondre à l'appel nutritif ijuc ferait la prolifération cellulaire, apparaît la fluxion, puis
(1) Raymond, Analomit pathologique du ij/tlime A. Delahaye et E. Lecroanier, éditeurs, Paris, 1886.
INFLAMUTION AIQUB
iTexsudation, telles que nous les avons décriles précédemment.
X capillaires eux-mêmes sont le siège de la
nlion cellulaire; les cellules endothéliales se gonflent
i noyaux se multiplient.