V. Symptomatologie
Des symptômes fonctionnels, locaux et généraux, sont la conséquence de toute phlegmasie.
A. Symptômes fonctionnels. — Essentiellement variables, ils consistent dans raltération, la suppression totale ou partielle du rôle physiologique de Torgane ou du tissu
(1) On a cherché à expliquer le mécanisme des inflammations à frigore (pleurésie, pneumonie, entérite), par des troubles vaso-moteurs réflexes^ à la suite de l'altération des nerfs sensitifs cutanés (théorie nerveuse); ou par une perturbation des fonctions cutanées (l'ourcault, liillrotli) , sorte d'intoxication due aux produits excrémentitiels non éliminés (théorie humorale.)
30 PATHOLOGIE CHIRURGICALE OENERAI.E
affecté; leur description appartient à l'étude des inflammations localisées ; notons cependant les désordres fonctionnels, d'origine réflexe ou non, que Ton constate fréquemment dans la sphère d'organes voisins ou éloignés, en association vasculaire ou ner\'euse avec la partie enflammée (délire, vomissements, convulsions, etc.).
B. Symptômes locaux. — Des quatre symptômes locaux les plus saillants de l'inflammation : rougeur, chaleur^ tumeur et douleur, le dernier est le plus constant; les trois autres ne s'observent que dans les régions vasculaires superflciellcs ; ils ont d'ailleurs besoin d'être corroborés l'un par l'autre.
Il est peu de phlegmasies dont le début et presque toute la durée ne soient marqués par le phénomène douleur; nous excepterons celles qui occupent les parties paralysées. Ses caractères et son intensité sont en rapport avec l'acuité du processus, avec la nature des tissus, leur richesse en fllets nerveux , et leur étranglement , une fois qu'ils sont tuméflés, par des plans résistants, tels que les aponévroses ou bien les faisceaux flbreux (arthrites aiguës, ostéites, panaris et phlegmons profonds, etc.). Il suffît d*énumérer pour les décrire, la douleur pulsative, particulière aux tissus enflammés parcourus par des vaisseaux artériels; la douleur lajicinante de la pleurésie; la douleur téréhrante des abcès osseux ; la douleur gravative ; la douleur continue ou intermittente, etc. Quel que soit d'ailleurs son caractère, on se rend bien compte que la sensation douloureuse puisse être ressentie , non seulement au niveau de la partie malade, mais encore dans le voisinage ou à distance, puisqu'elle est déterminée par la
INFLAMMATION AlOVË
compression du tronc des nerfs sensilifs, et par l'irritation ou la déchirure de leurs extrémités terminales (douleurs périorbitaires de la kératite ; douleurs thoraco-brachiales des abcès profonds axillaires). Nous n'accorderons pas une importance exagérée à ce symptôme, comme indication de l'intensiEé ou de la marche du processus phlegmasique j mais, lorsque ce dernier évolue profondément, la douleur est souvent, avec la fièvre, le premier si^e qui nous éclaire.
Lorsque les parties enflammées sont vasculaires, et accessibles au regard et au toucher, nous constatons trois autres aymplâmes, appelés cardinaux ; ce sont la rougeur, la tuméfaction et la chaleur.
La rougeur est due à l'arrivée du sang , en proportion plus ou moins forte, dans les petits vaisseaux dilatés, ;fiuiB à la stase, à l'extravasation des globules rouges, par t^pédëse ou par déchirure des capillaires, et enfin à la néoformation de vaisseaux, Cette coloration varie du rose au rouge sombre, se présente sous forme de plaques, d'arborisations, de piquelé, etc., suivant les tissus, et disparaît momentanément par l'application du doigt, & moins que les parois vasculaires ne soient rompues en beaucoup de points.
Résultat de la réplélion des vaisseaux dilatés, de l'eiau- 'dation inQammatoire, et de la prolifération dos éléments des
ius, la tuméfaction, peut être superficielle ou profonde,
\ffuse ou circonBcrite.
Enfin l'application de la main sur la partie maladu permet
l'observer: 1" une augmentation de la température {chaleur);
une induration, produite par la fibrine coagulée au milieu
éléments anatomiques prolifères; 3° un peu d'empAle-
ment sur les limites de l'induration ; 4* parfois des battements artériels. CSeux-ci sont perçus par le malade lui-même (douleur pulsative), ainsi que la sensation d'une chaleur sèche et mordicante.
L'élévation de la température locale est, de plusieurs dixièmes de degré (Péter), supérieure à celle des parties similaires, mais non à la température centrale (Jacobson) ; et elle est attribuée, à la surabondance du sang artériel, à l'élévation de sa température propre, lorsqu'il y a de la fièvre (Béhier et Hardy, Baerensprung), et à l'exagération des phénomènes biologiques, au niveau de la partie enflammée.
A côté de ces signes classiques, le chirurgien notera quelques autres phénomènes locaux , différents suivant les tissus, mais dont quelques uns se rencontrent d'ordinaire. C'est ainsi que les parties transparentes deviennent opaques (kératite), que les tissus , à l'exception des os , augmentent de densité, tout en diminuant de cohésion ( phlegmasies aiguës), etc.
c. Symptômes généraux, — Ils ne font défaut que lorsque l'inflammation est très limitée ou chronique ; ou bien lorsque le malade est dans un âge avancé (pneumonie latente) ; ils consistent dans la fièvre dite inflammatoire simple , c'est-à-dire I dans un ensemble de désordres de caloriflcation , de nutrition, de circulation et d'innervation (Jaccoud). Voyez Fièvre traumatique,